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Photo. L'oeil du voyageur
N° 257
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Jean Berry

Photo. L’œil du voyageur

Tagourant, en 2006.
“Une métaphore : faire dialoguer
deux générations, deux univers
différents. Unis pour une simple
raison : les hommes sont
partout les mêmes”.

Jeune photographe casablancais, Fouad Maâzouz vit son art comme une accumulation de rencontres. Découverte, en clichés, d'un artiste qui photographie comme il voyage.

Fouad Maazouz : retenez bien ce nom. Du haut de ses vingt-neuf ans, ce jeune Casablancais est en train de s'imposer comme l'un des photographes marocains les plus talentueux de sa génération. À la fois globe-trotter et chasseur de clichés, il tire de ses voyages des images comme autant d'instants volés, photographiant les villes, son temps et ses contemporains, sous toutes les latitudes. Originaire de Derb Soltane, cet ex-étudiant en arts graphiques découvrit l'objectif grâce à
son prof de photographie, Mohamed Mali, auquel il continue de jurer allégeance.

Et son œil singulier a été salué par les plus grands : il a exposé à Paris aux côtés de Joel-Peter Widkin et rencontré Ralph Gibson, l'un de ses maîtres, avec David la Chapelle ou Wolfgang Tillmans. L'an dernier, un pan de son travail sur la jeunesse marocaine (dont TelQuel publie ici des extraits) a reçu le premier prix européen du programme «Regards croisés», une exposition collective qui circulera ces deux prochaines années dans une cinquantaine de pays. “J'ai photographié une catégorie un peu oubliée de jeunes. Ceux qui travaillent sur la mer notamment, et qui rêvent de voir l'autre côté, de franchir le cap, d'aller au-delà des frontières. Mon message n'est pas de sensibiliser ou de dire : 'voilà, ça existe'. Je le vois plutôt de manière autobiographique. Moi aussi je fais partie de cette génération. Moi aussi j'ai rêvé et je rêve encore…”

Au fil des expositions, au Palais Valentini à Rome ou au siège de l'Union Européenne à Bruxelles, bientôt en Israël, en Egypte et en Turquie, Fouad Maazouz promène son regard singulier, éloge à la simplicité et à la rencontre. “La technique ou la photo elle-même ne m'intéressent pas tant que l'idée qu'il y a derrière : la rencontre. Comment obtenir la confiance, en tant qu'étranger, dans un pays qui m'est étranger, alors que je suis en train de photographier un étranger ? Peu m'importe la catégorie sociale, la génération. L'essentiel, c'est l'acte humain. La photo n'est ni le photographe ni le sujet photographié, c'est la rencontre entre les deux”.

Comme d'autres photographes marocains exilés dont il s'inspire - Noureddine El Ghoumari à Londres, Salman Ezzamoury en Hollande - Fouad Maazouz devient aujourd'hui l'un des ambassadeurs d'un Maroc coloré, de ses richesses et de ses contradictions. “Le Maroc c'est mon nid. C'est Fouad Maazouz qui a réalisé le travail que vous avez sous les yeux, mais partout ailleurs, c'est simplement le travail d'un jeune Marocain. Je suis marocain et fier de l'être, Mgharba tal' Moute…”, précise-t-il, reprenant au passage le rappeur Bigg. “Dans les événements artistiques, on parle aussi de géographie, d'économie, de la jeunesse, du pays… Tu deviens une petite fenêtre devant l'œil de l'autre”. Une bien belle fenêtre.



Calendrier. Expositions

À l'Eglise du Sacré-Cœur, Casablanca. “Regards de Marocains sur le monde”, jusqu'au 27 janvier. Clichés sur l'Allemagne, aux côtés des travaux de Leïla Ghandi (sur la Chine), Aïcha Attaleb (Bruxelles), Zhor Mekouar (Saint-Malo) et Mohamed Fariji (Barcelone).
À Bab Mansour (Meknès) avec l'Institut Goethe, du 25 janvier au 1er février. “Journal de voyages” (Allemagne, Italie, Autriche, USA, Danemark…)
À l'Institut français de Marrakech (Salon national d'art photographique), jusqu'au 24 février. “Portraits”.
À la Villa des Arts (Rabat), jusqu'au 31 mars, dans le cadre du programme “Regards croisés” de l'Union Européenne, au côtés des expositions de Leïla Ghandi, Anas Bennani, Khalid Jalal et Yasmine Tahiri.

 
 
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