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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)

Iran. Ahmadinejad drague les latinos

Mahmoud Ahmadinejad
et Hugo Chavez.
(AFP)

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad vient d'effectuer une tournée en Amérique latine, où il était en quête du soutien de pays “amis”. Avec l'assistance du tonitruant Hugo Chavez.


La moisson a été bonne. Très bonne même. Mahmoud Ahmadinejad pouvait rentrer à Téhéran satisfait de sa tournée en Amérique latine. Même si sur le chemin du retour, son escale en Algérie chez Bouteflika a été annulée... En effet, la visite du président iranien chez les “Latinos” n'avait rien de banal. Pendant ces quatre jours, Ahmadinejad est parti loin de ses terres, à la recherche d'alliés anti-américains.
Sanctionné par l'ONU pour son programme nucléaire, Téhéran tente de mettre fin à son isolement diplomatique. Et la chasse aux alliés anti-impérialistes a été fructueuse.

Il faut dire qu'Ahmadinejad a bien choisi son terrain d'expérimentation. Qu'y a-t-il de commun entre le dirigeant iranien et les ténors de la révolution bolivarienne ? D'abord une haine tenace envers les Etats-Unis, qui n'a pas attendu la guerre en Irak pour se manifester et qui se renforce à mesure que la situation y empire, mais aussi l'aspiration des peuples sud-américains et iranien à une plus grande reconnaissance de leur souveraineté. Le timing choisi pour cette tournée n'est pas anodin non plus : elle intervient au moment où débarque au Proche-Orient la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, soucieuse de gagner l'adhésion de pays arabes au nouveau plan irakien de Bush.

Première étape, le Venezuela. Samedi 13 janvier, c'est Hugo Chavez qui recevait à Caracas, en grande pompe, son “frère” Ahmadinejad, comme il l'appelle. “Bienvenue, combattant des causes justes”, lui a-t-il lancé. Plus que des amis, les deux hommes sont de solides alliés. Nationalistes, populistes, étatistes, armés par la Russie… Chavez et Ahmadinejad ont beaucoup en commun. Chavez, qui vient de décrocher son troisième mandat de président avec 63% des voix, s'est déjà rendu à Téhéran quatre fois depuis 2000. Mieux, le Venezuela a été le seul pays a voter contre la résolution de l'AIEA, en septembre 2006, qui reprochait à Téhéran d'avoir “violé ses obligations” envers le Traité de non-prolifération. Chavez clame haut et fort que “le nucléaire est le droit de l'Iran”. Le matamore sud-américain a d'ailleurs demandé un “appui décisif” au programme nucléaire iranien lors du sommet des non-alignés de La Havane. En réponse, Ahmadinejad lui a proposé l'aide technique et scientifique de son pays.

Le pétrole, nerf de la guerre
Cette fois, les dirigeants des quatrième et cinquième pays exportateurs de brut sont allés plus loin. Leur anti-américanisme viscéral les a poussés à se serrer les coudes. Pas moins de 11 accords de coopération ont été signés entre les deux pays ! Et quand la pression de l'Occident se fait forte, les deux compères sortent leur arme fétiche : le pétrole. Et menacent de fermer le robinet… Illustration : Caracas et Téhéran ont décidé de faire front commun pour faire repartir à la hausse le cours du pétrole. En clair, l'Iran et le Venezuela vont “décupler leurs efforts” pour faire baisser la production de pétrole au sein de l'Opep et enrayer la chute des cours du baril. Le prix du baril a chuté de 15 % cette année, du fait d'un hiver étonnamment doux aux Etats-Unis, réduisant la consommation d'or noir. “Nous savons qu'il y a trop de pétrole sur le marché”, a déploré Chavez.

Les deux leaders vont aussi créer une entreprise pétrolière mixte appelée IranVenzOil, chargée “d'explorer, produire et commercialiser le pétrole”, ainsi qu'un fonds d'aide au développement de 2 milliards de (pétro)dollars. Ce dernier sera destiné à financer des projets de développement en Afrique et en Amérique latine. “Ce fonds va devenir un mécanisme de libération, mon frère”, a déclaré avec emphase Chavez à Ahmadinejad.

Quelques heures avant la rencontre, le tonitruant président vénézuélien avait donné le ton en annonçant la nationalisation des secteurs de l'énergie et du pétrole dans son pays. Un coup dur pour les compagnies étrangères (Exxon Mobil, Chevron, Total, British Petroleum, Statoil) qui exploitaient le brut dans le bassin de l'Orénoque. Les compagnies pourront toutefois rester, à condition d'être minoritaires.

L'Axe du bien
Le vrai objectif est ailleurs : l'Iran veut rompre l’embargo diplomatique et se faire des alliés dans son bras de fer contre l'Amérique et l'UE. Téhéran, qui ne peut plus compter que modérément sur ses alliés russes et chinois, cherche à diversifier ses soutiens pour défendre son programme nucléaire. Grâce à Chavez, Ahmadinejad veut connecter tous ces nouveaux relais sud-américains pour cimenter un vrai front anti-américain, qualifié d'“Axe du bien”, par le trublion vénézuélien. Ahmadinejad a rencontré pendant sa tournée tous les “protégés” du président vénézuélien, élus depuis 13 mois en Amérique latine.

Après Caracas, le président iranien a été reçu à bras ouverts au Nicaragua par Daniel Ortega, l'ancien guérillero communiste revenu au pouvoir à la fin de l'année 2006. Le leader sandiniste a pourtant mis de l'eau dans son vin. Ancien adversaire acharné des Etats-Unis pendant la Guerre froide, Ortega a proposé à Washington un “dialogue formel” et un accord de libre-échange. Cela n'a pas empêché les deux hommes d'être sur la même longueur d'ondes. Ortega a montré à Ahmadinejad les bidonvilles de Managua. “Les deux peuples ont des intérêts communs, des ennemis communs et des défis communs”, a précisé le président iranien. Des ambassades seront ouvertes dans les deux pays et divers accords de coopération (énergie, pêche, logement…) ont été conclus. De plus, Ortega a rejoint Cuba et la Bolivie au sein de l'Alliance bolivarienne, le bloc économique lancé par Chavez. Ce dernier assure d'ailleurs à Ortega un approvisionnement en pétrole bon marché. Un geste qui pourrait inspirer l'Iran. Sur le continent catholique andin, la dimension religieuse d'Ahmadinejad n'a pas choqué les populations locales : les mêmes causes, les mêmes combats priment. Mais la presse sud-américaine s'est parfois émue du discours violent du président iranien.

Dernière étape : Quito, Equateur. Ahmadinejad a assisté lundi à l'intronisation du nouveau président, Rafael Correa. Ce dernier était entouré des ténors de la gauche sud-américaine fraîchement élus ou réelus, du prince héritier d'Espagne, symbole de l'ex-puissance coloniale… et du leader persan. Mélange surprenant ? Pas tant que ça. Correa est hostile à un accord de libre-échange avec les Etats-Unis et au renouvellement du bail de la base militaire américaine sur la côte pacifique du pays. L'Equateur devrait même rejoindre l'Opep, après 15 ans de défection. À cette occasion, Ahmadinejad a rencontré un autre adversaire de Washington, le président bolivien Evo Morales. Un autre champion de la cause indigène et de la nationalisation des hydrocarbures.



Médias. Les critiques de la presse iranienne

Pour Ahmadinejad, cette tournée chez les ténors latinos était stratégique. Pourtant, le président iranien s'est fait étriller par certains journaux et des députés de son propre pays pour sa visite en Amérique latine, alors que la tension monte dans le Moyen-Orient. “Alors que Condoleezza Rice, le dossier iranien en main, mène des consultations avec les pays arabes et musulmans voisins de l'Iran, le président iranien chante la victoire du socialisme en Amérique latine, aux côtés des enfants spirituels de Simon Bolivar et des enfants de Fidel Castro”, écrit le quotidien réformateur Etemad Melli.
“Les Etats-Unis nous encerclent. Nos relations avec les pays arabes de la région (l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis) se relâchent. Croyez-vous vraiment que des gens comme Chavez, Correa et Ortega peuvent être des alliés stratégiques de l'Iran ?”, poursuit le quotidien en interpellant le président. “Ces amis de gauche sont bons pour des discussions de café, pas pour déterminer nos priorités sécuritaire, politique, internationale et économique”, ajoute Etemad Melli. Mais le quotidien conservateur Ressalat a défendu la démarche du président, en affirmant que sa présence “dans l'arrière-cour des Etats-Unis et l'accueil très chaleureux ont mis en colère le président Bush et ses amis”. Plusieurs députés, y compris conservateurs, ont également critiqué cette tournée, alors que le gouvernement a pris du retard dans la préparation du budget.

 
 
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