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N° 257
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Création. Naïda en dix jours


Rebelote… Il y a cinq mois, des musiciens (H. Bajjou et A. Rizki de Dayzine, O. Belhami de H-Kayne, M. Rafi de Darga) participaient à une résidence de création du Bureau International de la j0eunesse, en Belgique, mêlant musique, danse, stylisme et vidéo. Avec l’appui du ministère de la Culture, Casablanca tente la même expérience, baptisée Naïda. Après une résidence de dix jours, 60 jeunes artistes de différents pays présenteront un spectacle commun et multidisciplinaire, au Théâtre Mohammed VI à Casablanca le 11 février. “Nous privilégions
des artistes amateurs ou en voie de professionnalisation”, explique Hicham Bahou, du Boulevard, qui gère la sélection et l’accueil des participants. À la clé donc, une belle ligne sur leur CV et l’occasion d’échanger avec leurs pairs, mais encore, insiste Hicham Bajjou, “Le projet n’est pas tant focalisé sur le résultat que sur l’expérience humaine. On doit créer un spectacle très vite, ce qui favorise la spontanéité et l’improvisation… Et tout le monde regarde dans la même direction”. Parmi les musiciens marocains sélectionnés, notez Mahmoud Bassou et plusieurs membres de Ganga Vibes, DJ Toto (Fez City Clan), Bouhsine Foulane (Amarg Fusion), Nizar Najmi (Syncop), le rappeur Masta Flow ou encore Zakaria Rafi. Côté mode, c’est le créateur autodidacte Bechar El Mahfoudi, instigateur du Festimode, qui se charge des invitations, toujours dans l’esprit “de mêler étudiants et stylistes confirmés… Si on veut qu’un mouvement de masse émerge autour du prêt-à-porter, nous devons être ouverts sur les autres disciplines”. The show must go on !


Sortie. Le plaidoyer vert

Il y a d’abord l’histoire d’un homme. Un ex-futur président des Etats-Unis - Al Gore - qui, au lendemain de sa défaite aux présidentielles 2000, se reconvertit en maître-conférencier, prend son bâton de pèlerin et s’en va prêcher sa cause écologique à travers le pays, pendant cinq ans. Cette même cause qu’il défendait, vainement, du haut de son prétoire, il y a 6 ans face à Georges W. Bush. Ensuite il y a la vérité que nous sert ce documentaire de David Guggenheim en suivant ce même Al Gore, le “militant vert” dans son périple. Angoissant, terrifiant. Sous l’effet de serre, la planète plonge dans un cycle de catastrophes naturelles, les icebergs fondent, les ouragans se multiplient, des Etats entiers sont engloutis sous les eaux. Armé de documents scientifiques, d’animations 3D et d’une construction documentaire qui vous maintient en haleine, La vérité qui dérange est - c’est le cas de le dire- un courageux plaidoyer pour la cause écologique. A voir absolument. Du reste, si ça remet Al Gore sur la course présidentielle, tant mieux pour lui. Il a aura travaillé cinq ans pour.

Au Mégarama.



Nouvelle scène. La sauce Marock

13 janvier 2007, Marock est née. Non, pas le film de Leila Marrakchi, mais l’association de Marockmagazine.com, le webmag créé il y a quatre ans par un étudiant en journalisme et devenu depuis un cyber-squat alternatif de la génération l’Boulevard. Après avoir organisé le festival Rock Tunisia en collaboration avec des rockeurs tunisiens, les soirées Lost in Casablanca et quelques autres gigs, le webmag se lance donc officiellement dans l’évènementiel non lucratif. Plan d’attaque ; un concert des légendaires punks The exploited pour avril. Du reste, des ateliers de musique permanents seront ouverts à tout intéressé à partir de mi-février.


Tournage. Aïcha Kandicha, le film

Une femme est accusée de meurtre. Condamnée par toutes les preuves, elle soutient pour seule défense que le crime est l’œuvre de Aïcha Kandicha. Son avocate, perplexe de par son pragmatisme professionnel, mais confiante en l’innocence de sa cliente, part à la recherche de la vérité. Une histoire entre femmes racontée par un homme, conteur de son état. C’est une jolie trame que nous brode Jérôme Cohen Olivar, pour approcher la légende de Aïcha Kandicha. “Une très belle idée d’autant qu’elle ne tombe pas dans la facilité de la fiction pure”, commente Assaâd Bouab, qui campera le rôle du conteur dans ce deuxième long-métrage de Jérôme Cohen - à son actif un long, cool crime, sorti aux USA. Et ce dernier d’expliquer : “Ceux qui s’attendent à un film d’horreur ou gore risquent d’être déçus. J’ai grandi dans un monde de femmes où toutes ces légendes de notre mémoire collective sont présentes. J’ai voulu raconter cet univers à ma manière, par un jeu de personnages”. Rendez-vous fin 2007 pour la sortie ciné.


Cinéma. Compét’ amazighe

Consommé à domicile et absent des grands écrans, le film amazigh passe inaperçu. Sans doute plus pour longtemps. L’association Isni N’ourgh a décidé de mettre un coup de projecteur- très rétro- en organisant à Agadir, du 1er au 10 mars, un grand prix du film amazigh. 25 longs-métrages (parmi les œuvres produites de 1990 à 2006) seront en compétition, jugés par un jury où l’on retrouve, entre autres, le réalisateur Jamal Belmajdoub. Dans la foulée, une caravane cinématographique prendra la clé des champs (du 10 au 20 mars) pour des projections sur grand écran à destination des habitants des douars de la région d’Agadir, de Smara et Marrakech. “On veut leur donner l’occasion de voir ces films dans les conditions d’un cinéma et de rencontrer les acteurs”, précise Rachid Bouksim, président d’Isni N’ourgh. Avant le film, les habitants auront droit à une bande annonce anti-piratage. Vivant à des dizaines de kilomètres du premier ciné, il n’est pas certain que le message leur parle beaucoup.


Rap. H-Kayne dans la 4ème dimension

Des ruines à la sortie de Meknès, Hicham est assis, Azzedine tague un mur décrépi, Othman marche sur une pierre magique… Les ruines reprennent vie, un couloir s’ouvre dans l’espace temps, un chant issaoui s’en échappe. Les trois lascars d’H-Kayne suivent la musique et tombent sur Adil qui anime une “nouba” des Mille et une nuits. Ainsi débute le clip de Issawa Style, un flot d’images en 3D réalisées par Nabil Rami de Orzone, une boîte de production spécialisée dans les animations virtuelles. Cinq mois de travail, beaucoup de matos mis en œuvre, mais le bout du tunnel est proche : “Le clip sera prêt fin janvier et visible, entre autres, sur raptivist.net” promet Rami. Au-delà de ce débouché habituel pour la scène rap marocaine, Issawa Style version 3D sera aussi proposé aux chaînes musicales françaises et arabes. Afin qu’H-Kayne prenne une autre dimension...


Label. La caserne aux rappeurs

Fin février, l’armée grandissante des rappeurs tangérois aura droit à sa propre caserne, Kachla Records, label initié par les parrains du rap riffi, les Zanka Flow, manifestement décidés à s’installer sur “le territoire” du rap chamali. “Le but, dans un premier temps, est de profiter de notre expérience dans le milieu pour orienter les nouveaux talents tangérois, et leur épargner les obstacles par lesquels on est passés. Ensuite, de promouvoir la culture rap sous toutes ses formes”, résume Thug Face. Traduction : du conseil, de la production musicale, des cours de breakdance et de graffiti, un studio d’enregistrement à la disposition des jeunes groupes. Et pour finir, une équipe technique pour assurer les tournages des clips. La première signature du label sera le clip “Bghini oula krehni” de Muslim.


Album. Gangsta swab rap

Après avoir fait leur premier pas –au sens premier du terme- avec le maxi L’Khetwa- les Casa Crew pondent L’Besma, littéralement l’empreinte. Un skeud d’environ 18 tracks, signé Clic Records, aux sons et textes transversaux où ça va des petites histoires de la scène rap marocaine, à la question du Sahara, en passant par la pauvreté et la corruption, le tout avec le swab et sans vulgarité “parce que nos parents écoutent notre musique”, argumente Shaht man. Côté musique, l’album va du son “Casa crew made” - style propre à la bande vaguement inspiré par le gangsta rap - au Crunk adapté aux dancefloors. Beaucoup de featurings sont aussi à compter, entre autres avec l’engagé Bigg, et les très hardcore Zanka Flow. L’opus sera dans les bacs fin février.


Ciné-histoire. Gracias Las Palmas

Invité d’honneur du Salon du cinéma, il y a tout juste une semaine à Paris, le Septième art marocain s’apprête à accueillir les hommages du festival de Las Palmas. Un ouvrage en espagnol, rassemblant une dizaine de collaborateurs internationaux, sous la houlette d’Alberto Elena, commissaire d’une rétrospective qui sera consacrée au cinéma marocain par ledit festival en mars prochain. À l’affiche, une quinzaine de longs parmi lesquels Wachma (Trace), de Hamid Bennani, qui remonte à 1970, La plage des enfants perdus (Jilali Ferhati), Badis (Abderrahmane Tazi), Ali Zaoua (Nabil Ayouch), ou encore Mille Mois (Faouzi Bensaïdi), et une huitaine de courts avec notamment Leïla Marrakchi, Leïla Triqui, Tala Hadid ou Hamid Faridi.


Le livre.

L’un, Régis Debray, est agnostique et philosophe, l’autre, Claude Geffré, dominicain et théologien. A travers un dialogue dense, les deux hommes passent le fait religieux au crible d’une culture hors du commun. Monothéisme, polythéisme, rapports de l’homme et des sociétés avec le sacré, naissance, passé et devenir du religieux, relations interconfessionnelles… Tout est abordé. Le pape de la médiologie, R.D., veut élucider mystères et paradoxes de la transmission, le chantre de l’herméneutique, C.G., s’appuie sur une foi éclairée et une connaissance approfondie des textes sacrés. Leurs deux discours, plus complémentaires qu’antithétiques, et qui s’accordent à penser que le fait religieux a encore de beaux jours devant lui, méritaient mieux que ce titre un peu racoleur.

Avec ou sans Dieu ?
Régis Debray, Claude Geffré Bayard. 180 DH




Humeur.
À corps et à écrits

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

On a tous des lectures honteuses, une passion avilissante pour des textes qu’on n’avouerait jamais à des bien pensants. En vrac : à des progressistes débattant de la laïcité, à sa copine croyant à la modernité du Maroc, et surtout à sa mère. Pour certains, le mal est bénin. Ils sont juste accros aux mots fléchés du Matin du Sahara. Pour d’autres, l’amour des œuvres indécentes (voire indignes) les pousse à lire Rachid Nini. Mais les vrais voyeurs, amateurs de scabreux, brut de décoffrage sans commentaires poilus, ne jurent que par les faits divers d’Aujourd’hui le Maroc. Il n’y est question que d’hommes trucidant leurs femmes à coups de couteaux, de beuveries entre amis de toujours qui finissent en massacre à la hache, de jeunes filles abusées dans la fleur de l’âge (toujours derrière un bosquet), de vieilles paysannes violées post-mortem par des adolescents gardiens de moutons. à titre d’exemple, dans Aujourd’hui le Maroc du 12 janvier dernier, on raconte l’histoire d’un imam adultère qui copulait avec sa maîtresse dans un lieu de culte. C’est tellement vrai, écrit sans recul journalistique, quasiment traduit du rapport de police initial, qu’un habitant des villes peut en tirer beaucoup d’enseignements rassurants. Primo, il se sentira moins décadent qu’il ne le pense ou qu’on le lui fait penser. Deuxio, il y découvrira que la crise du logement est un problème citadin. à la campagne, les imams ne souffrent pas de l’absence de “pritch”...



Nightlife in Casablanca
Les happy people et clubbeurs casablancais ont désormais droit à leur propre guide. Casafever.com, un portail spécial fêtards et 100% participatif. Traduisez, vous placez vous-même vos infos, soirées, photos et potins. Le lancement est prévu le 22 janvier.


Le live Gnawa Diff’
Pour leurs dix ans de carrière, les Gnawa Diff’ signent leur premier DVD live. Deux heures de concert, enregistrées fin novembre à l’Elysée Montmartre à Paris, agrémentées de quelques confidences de Amazigh Kateb et sa bande. Sortie annoncée pour avril.


Impro au rond-point
Lundi 22 janvier à 10 heures du matin, une quarantaine de danseurs et chorégraphes envahiront le rond point Guéliz à Marrakech pour une heure d’improvisation autour de la marche. L’invitation est lancée par la compagnie chorégraphique Anania en ouverture de la manifestation de danse contemporaine “On marche…”.

 
 
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