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N° 257
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB découvre ce qu’est un fan du Dakar. Et il va vous faire part de ses conclusions.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Si vous êtes un lecteur régulier des aventures de Zakaria Boualem, vous savez que notre héros est à Ouarzazate, pour des raisons professionnelles. Si vous avez loupé l’épisode précédent, maintenant vous le savez, donc tout le monde est content, et merci. Tout le monde, sauf le Guercifi, qui s’ennuie ferme. Sa mission sur place concerne une sombre histoire de base de données clients que je me refuse catégoriquement à vous rapporter plus en détail, par peur de vous faire fuir, vous et le brave annonceur qui se trouve sur votre droite. Le reste du temps, Zakaria Boualem se consacre à la méditation contemplative dans et devant un café. Il est ainsi attablé sur le boulevard principal de la ville, dans un de ces magnifiques établissements qui font passer la moindre boisson pour un “thé nomade” ou un “café berbère”. Mais là n’est pas la question. Juste derrière Zakaria Boualem, également attablés devant des “ness-ness touareg”, une équipe de touristes, que Dieu les multiplie. C’est une équipe bizarre, constituée de motards suréquipés. Ils suivent le rallye Paris-Dakar, qui d’ailleurs ne s’appelle plus Paris-Dakar, mais on s’en fout un peu. Ce ne sont pas des concurrents puisque ces derniers sont barricadés dans un bivouac surveillé comme un espace Schengen. Non, ce sont de simples motards qui suivent la course là où elle passe. Des fans du Dakar, qui sont très fiers de leur statut. À l’écoute de leur conversation, Zakaria Boualem découvre ce qu’est un fan de Dakar, et il va sans plus attendre vous faire part de ses conclusions.

Le fan du Dakar est une créature étrange. Il ne porte que des vêtements qui affichent en caractères disproportionnés des marques d’huiles, de carburants ou de pneus. Il est difficile de trouver le moindre centimètre carré sur son corps qui soit dépourvu d’un logo hideux. Le plus étonnant, c’est qu’il paye pour porter ce type de blouson ou de bottes. En passant, cette attitude prouve que le fan du Dakar n’a pas d’amis car s’il en avait, ils lui feraient remarquer qu’il a l’air un peu idiot, déguisé en panneau publicitaire. Le fan du Dakar considère que le Maroc est une sorte de parc naturel magnifique qui possède l’unique inconvénient d’abriter des Marocains. Il traverse le pays chaque année comme un zoo, en observant les espèces locales : “Ohhh, un Marocain blond ! ça doit être un nouveau modèle… Ahhh, un noir, c’est cool… Regardez celui-là, il porte des Nike, c’est extraordinaire !”. Le fan du Dakar roule très vite, massacre les dunes qu’il traverse parce qu’il est venu pour ça. Zakaria Boualem est convaincu que si les magnifiques dunes de Chegaga avaient été américaines, on les aurait clôturées, puis baptisées “National park of Chegaga”, on aurait sommé chaque touriste de payer chi 25 dollars pour y mettre les pieds, plus 10 dollars par caméra et 100 dollars pour une heure de moto, et merci. Sans compter quelques panneaux pour expliquer qu’il faut respecter le “National park of Chegaga”, assortis d’une série de menaces pour quiconque oserait jeter un mégot sur une dune. Mais chez nous, non. Du coup, les fans du Dakar se croient tout permis. Illustration concrète au café de Ouarzazate, où l’un d’entre eux estime que le “café berbère” est trop cher. Pour info, il coûte 4 dirhams. Le fan du Dakar proteste, hausse la voix devant le serveur complètement incrédule. Zakaria Boualem ne peut plus rester silencieux devant une telle grossièreté. Il se tourne et explique aux touristes qu’ils peuvent partir et que c’est lui qui les invite. Devant leur réaction stupéfaite, il parle de solidarité entre les peuples et qu’il est naturel d’aider les plus démunis d’entre nous, c’est comme ça que ça se passe au Maroc. C’est son orgueil qui a parlé, les lecteurs réguliers le connaissent bien, cet orgueil, et les autres aussi maintenant. Les touristes acceptent l’invitation et enfourchent leur bghel mécanique pour continuer à nous casser les oreilles.

 
 
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