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DJ Key. Pour l'amour des platines
N° 258
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saâdi

Hip Hop.
DJ Key. Pour l'amour des platines


(DR)

DJ et réalisateur de clips vidéo, Khalid Douache, alias DJ Key, s'est imposé comme un acteur incontournable de la scène Hip Hop marocaine. Portrait d'un artiste qui a fait de sa passion un métier.


A26 ans, DJ Key est déjà une référence dans le milieu artistique underground marocain. Il suffit de scruter son parcours pour comprendre pourquoi... Fondateur de Funky Noise, société de production dédiée au Hip Hop, Khalid Douache a déjà à son actif plusieurs “mix-tapes” et clips vidéo, ainsi que la mise sur pied d'une
école de DJing. “Ce sont des artistes comme lui dont a besoin la scène musicale marocaine pour dépasser le stade artisanal. Des artistes talentueux, mais également sérieux et carrés dans leur travail”, affirme Momo Merhari, co-organisateur du fameux Boulevard des jeunes musiciens.

Vive le système D !
En 1994, bien avant que le genre artistique ne devienne mainstream, DJ Key s'intéresse déjà au Hip Hop. D'abord via sa facette dansée, le Breakdance, avant de se lancer le DJing. Fan de quelques figures historiques du rap américain (Run DMC, GrandMaster Flash ou encore De La Soul), Khalid a bien conscience qu'il aura des difficultés à assouvir sa passion des platines. Surtout que, question matos, c'est un peu le désert au Maroc. Qu'à cela ne tienne : le DJ fait marcher le système D. “J'ai fait importer des platines professionnelles et fait le tour des disquaires et des boîtes de nuit du pays pour dénicher de bons vinyles”, se rappelle-t-il.

C'est d'ailleurs à cette même période qu'il commence à “mixer” dans les night-clubs du royaume. Mais un peu à contrecœur. Dans un univers où la House est reine, DJ Key, dont les goûts sont estampillés Hip Hop, n'est pas vraiment dans son élément. “Les boîtes, ce n'est pas trop mon trip. Je préfère de loin les grandes scènes, comme celles du Boulevard ou du Festival de Casablanca. C'est là que je peux jouer la musique que j'aime”, confie-t-il. Et c'est justement sur scène, en solo ou accompagné de rappeurs, que DJ Key donne le meilleur de lui-même. Un talent auquel le rappeur casablancais Bigg apporte sa caution, en précisant que Khalid est le seul DJ avec lequel il peut monter sur scène.

Un bourreau du travail

En 2001, Khalid Douache monte l'association Original Hip Hop, à Agadir, sa ville natale. Objectif ? Promouvoir un courant artistique qui n'intéresse alors que rarement les organisateurs d'événements musicaux. L'association réussit à organiser des concerts à Agadir, Marrakech, et Casablanca, mais arrive aussi à initier des échanges avec des villes françaises.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? DJ Key décide de s'attaquer aux ondes en proposant une émission thématique aux radios locales, et crée une société de production dans ce but. C'est ainsi que Funky Noise voit le jour. Un projet applaudi par la plupart des rappeurs, qui voient en cette société “une initiative dont le Hip Hop marocain avait grandement besoin, autant pour la production de clips vidéo que pour le DJing”, dixit Bigg.

C'est que DJ Key a eu la judicieuse idée de greffer à la structure de Funky Noise une DJ School, rêve qu'il caresse depuis sa jeunesse. “Avec mon associé, nous nous sommes rendu compte que nous avions l'expérience et le matériel nécessaires pour pouvoir enseigner l'art du DJing”, argumente-t-il. L'école, qui a ouvert ses portes en juillet 2006, propose trois types de formation (Hip Hop, Musique assistée par ordinateur et formation virtuelle) et accueille actuellement une dizaine d'élèves, dont deux filles. Un effectif qui devrait augmenter dans les mois à venir. “Funky Noise est l'une des boîtes avec lesquelles il faudra compter à l'avenir”, affirme Mehdi Benslim, fondateur du label Click Records, qui produit notamment Bigg, Steph Ragga Man, ou encore Khansa Batma.Mehdi Benslim et DJ Key viennent d'ailleurs de mettre leurs efforts en commun pour développer la scène locale. “DJ Key est le partenaire idéal. C'est quelqu'un de créatif et de travailleur, et qui peut faire de la qualité avec très peu de moyens”, poursuit Benslim.

Usine à clips
En moins d'un an et demi, DJ Key a réalisé quatre clips vidéo et travaille actuellement sur trois autres. Son premier clip, créé pour le groupe Meknassi H-Kayne, a changé la donne dans la sphère Hip Hop marocaine. Visionnée plus de 20 000 fois sur le site Youtube.com et téléchargée 36 000 fois sur le portail Raptiviste.net, la vidéo de F'mo Hadak a donné à de nombreux rappeurs marocains l'envie de se lancer dans la réalisation de vidéos professionnelles.

En 2006, DJ Key revient en produisant le clip de Ma Haine de Jo, et Men Zenka l'Zenka de Casa Crew. Les grands noms du Rap marocain y apparaissant en tant qu'invités de marque, preuve que l'homme fait l'unanimité au sein du milieu.

Pourtant, DJ Key prend bizarrement du recul par rapport à ses qualités de vidéaste. “Sincèrement, la vidéo ce n'est pas mon truc. Je ne me considère que comme un amateur : j'ai encore beaucoup de choses à apprendre”, répète-t-il. Ce n'est pas ce que pense Bigg, qui compte lui confier la réalisation de ses deux prochains clips : “Il a toujours de très bonnes idées qu'il arrive à faire passer. Je sais que je n'ai pas à m'inquiéter”. Même son de cloche du côté de Mehdi Benslim. Satisfait de la vidéo de Bladi (titre interprété par Azed, Ahmed Soultan et Bigg), il vient de demander à DJ Key de réaliser la vidéo de L'bayda Nayda, prochain single de Steph Ragga Man, en duo avec Ahmed Soultan. “Nous allons distribuer ces vidéos aux chaînes télé marocaines, en espérant qu'elles les diffuseront”, explique le dirigeant de Click Records. Elles seront également disponibles à partir de février sur www.itoubmusic.ma, qui sera la première plateforme de téléchargement de musique gratuite et légale au Maroc. Entretemps, DJ Key ne chôme pas ! En plus des cours quotidiens qu'il donne au sein de sa DJ School, il travaille d'arrache-pied sur l'installation d'un plateau de tournage dans les locaux de Funky Noise. Et dire qu'il ne croit pas en ses talents de vidéaste…



Underground. Un docu pour le dire

Quand DJ Key décide de réaliser un documentaire, pour faire découvrir au public français l'envergure du mouvement Hip Hop “made in Morocco”, cela donne Maroc Street Life. Une plongée de 17 minutes dans l'univers artistique underground marocain, touchante par sa sincérité et son authenticité. Là aussi, Key a fait appel à son sens de la débrouillardise : il dû emprunter, ici et là, les caméras pour filmer son périple de deux mois à travers les villes du pays. Le documentaire comporte des interviews d'artistes localement célèbres, comme Fnaire, H-Kayne ou Bigg, mais aussi des rappeurs, des DJs et des breakdancers à la notoriété moins affirmée. Tous y passe : le Hip Hop, la société marocaine, le milieu artistique et bien évidemment le piratage. Diffusé à trois reprises en France et deux fois sur les écrans marocains, Maroc Street Life est un documentaire à voir absolument. Il sera projeté le 24 février prochain lors de la cérémonie de remises des prix des Mghrib Music Awards, au Théâtre Mohammed V de Rabat, ainsi que le 7 avril prochain à Dijon, dans le cadre du Tribu festival. Plus d'infos sur le site www.djkey.ma

 
 
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