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Par Nadia Lamlili
Achoura. Des jouets a tous prix
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à Derb Omar, le marché du jouet
est en pleine effervescence.
(DR)
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Achoura, traditionnelle fête des enfants, fait toujours recette. Mais surtout dans les quartiers populaires, où les jouets bon marché inondent les étalages.
Ce lundi matin, le quartier des vendeurs de jouets de Derb Omar est pris d'assaut. C'est la cohue entre les cartons. Les grossistes barricadent l'accès de leurs magasins pour faire barrage à l'hystérie collective liée à l'achat de jouets. À une semaine de l'Achoura, les détaillants s'approvisionnent en masse afin de répondre à une demande de plus en plus grandissante. Pistolets et épées d'aspect futuriste, |
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consoles de jeux et poupées de différentes tailles sont exposées. Les tarifs démarrent à 10 DH. Avec un tel prix d'appel, nul besoin de cogiter longtemps sur la provenance de la marchandise. Un jouet sur deux vient de Chine, d'après les chiffres de l'Office des Changes. Si on ajoute la part des voisins de l'Empire du Milieu (Taïwan, Thaïlande
), ce sont 62% du marché marocain du jouet qui sont détenus par les producteurs asiatiques.
Les produits made in China arrivent même à se trouver une place sur les étalages de quelques franchises européennes. Nous allons bientôt recevoir un arrivage de produits asiatiques, dont le prix ne dépasse pas les 150 DH, affirme un vendeur dans une franchise française spécialisée dans le jouet à Casablanca. C'est ce type de produits et dans cette gamme de prix qui marchent pendant l'Achoura, ajoute-t-il en montrant une rangée de jouets au fin fond du magasin : des pistolets et des masques d'animaux pour les garçons, des ustensiles de cuisine en miniature pour les petites filles.
Achoura ? Connais pas
Pourtant, les grandes enseignes ne semblent pas accorder une grande importance à l'Achoura. Normal, le gros du business ne se fait pas pendant cette fête. Le prix des jouets proposés et la typologie de la clientèle ont favorisé la naissance d'un marché plus haut de gamme, qui progresse sans grand souci durant toute l'année, connaissant un pic pendant les fêtes de fin d'année. Dans les grandes villes, le jouet n'est plus associé aux fêtes. Les parents le conçoivent de plus en plus comme un outil pédagogique pour leurs enfants, nécessaire pour leur développement personnel, analyse Hassan Tijani, responsable commercial de King Toys. Contrairement à d'autres magasins spécialisés, cette enseigne marocaine a lancé une promotion de 15% sur tous ses produits à l'approche de l'Achoura. Et ça marche : les ventes progressent en effet de moitié pendant ladite fête. Nous agissons sur deux segments : le haut de gamme importé d'Europe, qui se vend très bien pendant les fêtes de fin d'année, et le moyen de gamme, alimenté par les produits asiatiques et qui marche bien durant l'Achoura, explique le responsable commercial.
Sur l'avenue 2 Mars, une franchise française n'a prévu de réductions que sur un petit rayon de jouets : -50% sur les pistolets lasers et les modèles réduits de voitures pour les garçons. Pour les filles, le magasin brade plutôt des micros de karaoké. Les prix des poupées, pourtant les plus demandées pendant cette période, ne bougent pas. Petites bourses s'abstenir ! Barbie, Dora et la toute dernière Charlotte aux fraises vous nargueront de loin. Les Winx, six petites fées légèrement vêtues, se vendent chacune à 350 DH. Et pour chaque princesse, il faut acheter les accessoires qui vont avec, et qui coûtent parfois plus cher que la poupée elle-même. Barbie a son cheval, son ranch et dispose même d'un téléphone sans fil. Un vrai téléphone qui coûte 800 DH. Après l'achat, prière de prévoir une nouvelle ligne téléphonique dans la chambre de la fillette. Quant aux garçons qui veulent imiter papa au volant, le magasin leur propose de grosses voitures électriques à 4000 DH pièce. Les plus frimeurs opteront pour le 4x4 Mercedes ou la Ferrari rouge, à 7000 DH. Du délire !
Les jouets des pauvres
Changement de décor. Nous sommes à Derb Soltane. Dans la rue, les enfants font un bruit assourdissant avec leur tâarijas et bendirs, qui ont toujours la cote dans les quartiers populaires. Les commerçants ambulants étalent leurs marchandises par terre, vendues à des prix défiant toute concurrence : 15 DH pour un paquet de trois petites poupées, 5 DH pour un pistolet à fléchettes. Qui dit mieux ? Une femme, entraînant derrière elle une ribambelle d'enfants, persiste à marchander et arrive quand même à grignoter 1 DH. Et grâce à la fée contrefaçon au passeport chinois, les moins nantis peuvent aussi s'offrir de vrais faux jouets de marque. La Barbie à 250 DH est vendue ici à 70 DH. Une réplique bon marché du chien-robot de Sony est à 13 DH. Il marche, aboie et ses yeux sont traversés par un trait de lumière. Sans la contrefaçon chinoise, les enfants du peuple n'auraient pas de jouets, commente Youssef, marchand à la sauvette.
Et parmi les best-sellers, les bons vieux pistolets à billes et autres pétards figurent toujours en bonne place
malgré le danger manifeste qu'ils représentent. Selon le Pr Laïla Raïs, secrétaire générale de l'Association de prévention des maladies oculaires de l'enfant, les traumatismes oculaires augmentent sensiblement pendant l'Achoura. Il y a trois ans, l'hôpital du 20 août à Casablanca a reçu 95 cas de traumatismes nécessitant une hospitalisation. Suite à des campagnes de sensibilisation, il en reçoit actuellement une dizaine, mais le danger persiste avec la commercialisation des pistolets à billes et des fameux pétards. Ce sont de véritables armes, qui peuvent occasionner des cataractes, des hémorragies ou carrément l'éclatement de l'il, explique cette spécialiste qui compte resaisir les autorités par écrit, pour les pousser à sévir contre la vente de ces produits dangereux.
En dépit du contrôle normatif imposé aux importations, les jouets à risques inondent le marché. Abdellah Nejjar, directeur de la normalisation au ministère du Commerce, persiste à dire que les enfants n'encourent aucun danger : Les jouets sont vérifiés selon plusieurs critères dont la toxicité, la dangerosité des mouvements les composant et leur résistance à l'arrachement. Quid alors des pétards, accessoire incontournable d'une Achoura réussie ? Issus de la contrebande (toujours en provenance de Chine), leur circuit reste, paraît-il, incontrôlable. Pas leur vente, en principe. Pourtant, à Derb Omar, une boîte d'une douzaine pétards se vend 3,50 DH. Au vu et au su de tout le monde. |
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Fulla. La poupée islamiquement correcte
Quand elle veut sortir, elle porte le hijab ou une Abaya. Mais une fois chez elle, elle troque ces habits pour un jean et un tee-shirt on ne peut plus modernes. Mais elle n'a pas de maillot de bain dans sa garde-robe, ni de petit ami. Elle, c'est la poupée Fulla, qui voit sa popularité grandir auprès des fillettes marocaines, sans pour autant faire un tabac, comme c'est le cas au Proche-Orient. Fulla se vend bien, car elle est proche de nos valeurs familiales, contrairement à une Barbie. Mais les gens ne la lient pas forcément à une affirmation de l'identité arabo-musulmane, explique un commerçant. Dans les magasins marocains, Fulla ne dispose pas des nombreux accessoires qui l'accompagnent dans les étals égyptiens ou syriens : pas de céréales, ni de montres ou de ou bicyclettes estampillées Fulla. Mais cela ne saurait tarder, tant l'engouement pour la petite brune se confirme. Pendant l'Achoura, elle trône ainsi en tête des ventes d'un magasin de jouets au quartier casablancais du Maârif. Rançon du succès, la poupée islamiquement correcte, produite par la société syrienne NewBoy, se retrouve à son tour victime de la contrefaçon. Les marchés sont ainsi inondés de copies made in China, aux prix logiquement plus bas. |
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Répartition des importations de jouets en 2006
Selon l'observatoire de la franchise, le marché marocain des jeux et jouets (quasi exclusivement d'importation) est estimé à environ 700 millions de dirhams par an. Il est caractérisé par une nette domination des détaillants spécialisés, qui s'orientent naturellement vers les pays d'importation les moins chers. D'où la prédominance des produits chinois. En revanche, les franchises spécialisées s'approvisionnent directement auprès des maisons mères en Europe, essentiellement en France, en Espagne et en Italie. En raison de prix plus élevés, ce marché reste assez restreint, mais arrive toutefois à grignoter le tiers des importations.
Chine : 54%
Europe : 35%
Asie sans Chine : 8%
Amérique du Nord : 2%
Autres : 1%
Source :Office des Changes
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