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N° 258
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Tout unanimisme a des relents de fascisme”

Antécédents
Najib Refaif
Chroniqueur – directeur
de l’unité fiction à 2M
(TNIOUNI / NICHANE)

1952. Naissance à Fès Jdid.
1977. Licence en sciences politiques, intègre le journal Al Maghrib.
1989. Chroniqueur à La Vie économique.
1990. Anime une émission culturelle à 2M.
2000. Directeur de l’information à 2M.
2001. Directeur de l’unité fiction à 2M.

Smyet bak ?

Bouazza ben Mohamed.

Smyet mok ?
Safia Zerradi.

Nimirou d’la carte ?
Je suis incapable de le retenir (il fouille dans son cartable) A 20 93 23.

Vous êtes titulaire de la carte de presse numéro 78. Cela veut dire que vous êtes plus professionnel que le n°3359 par exemple ?
Plus vieux, surtout. Au début des années 80, on ne montrait pas cette carte. A l’époque, il valait mieux la planquer. Ce n’était pas encore un sésame ou alors un sésame pour d’autres portes.

Vous avez commencé en tant que journaliste culturel. C’était une manière de prendre votre revanche sur vos origines modestes ?
Pas vraiment. C’était surtout une manière de ne pas bosser dans ce journalisme dit politique de l’époque. N’oubliez pas qu’Al Maghrib était un journal adossé à un parti de l’administration. J’ai donc toujours planqué mes études en sciences politiques, et me suis gardé mes convictions pour moi-même. En plus, on a beaucoup plus de liberté en culture qu’en politique. A l’époque, il y avait beaucoup de culture dans le peu de journaux qu’il y avait. Et Al Maghrib était l’un des rares journaux à passer des articles
culturels en une.

Votre famille a émigré de Bejaâd à Fès. C’est ce qu’on appelle l’ascension sociale ?
Ou l’exode rural. C’est une longue histoire. Ma grand-mère a quitté Bejaâd, mon grand-père l’a suivie et c’est comme ça que j’ai vu le jour à Fès Jdid.

Vous avez honte de dire Fès tout court ?
Non, mais la distinction est d’ordre social et culturel. Je n’appartiens pas à la bourgeoisie fassie, ni à cette médina ancestrale. J’aurais aimé naître dans un petit village, pouvoir y retourner. Finalement, mon quartier est devenu mon village. C’est humain : on a toujours besoin de revenir dans cet espace intime de son enfance.

Vous avez apparemment appris le cinéma en aidant des ados juifs fassis à avoir leurs tickets du samedi après-midi. Ça ne fait pas trop de clichés tout ça ?
à ma connaissance, les juifs sont toujours forts en cinéma. Voyez Woody Allen et les grandes majors. En fait, mes copains juifs avaient toujours besoin de quelqu’un pour leur acheter les billets, pour ne pas pécher lors du Shabbat. J’endossais donc le péché et gagnais un billet gratuitement. Le Shabbat était une aubaine pour moi. C’est pour ça que je suis pour toutes les religions.

Vous avez une vie bien remplie, vous avez contribué à la création de plusieurs journaux. Si vous deviez retenir une seule erreur de parcours, ce serait laquelle ?
Je revendique toutes mes expériences. Mais pour répondre à la question, je choisirais un journal où je ne suis resté qu’un mois pour incompatibilité d’humeur et d’humour.

Ok, vous ne voulez pas dire lequel. à 2M, vous avez été directeur de l’information, mais ça a duré moins d’un an. C’était trop sérieux pour vous ?
Oui, ça explique aussi mon passage à la fiction. J’ai découvert que la réalité dépassait la fiction. Sans être une erreur de parcours, disons que ni le moment, ni le contexte politique n’étaient propices pour faire une information sereine.

Vous êtes accusé d’appartenir à une organisation secrète nommée “le parti d’en rire”. Vous savez ce que vous risquez avec ça ?
S’éclater la rate ou se fendre la pêche. On risque quoi, encore ?

3 ans avec sursis, par exemple…
Mieux vaut aller en prison en rigolant que la queue entre les jambes.

Votre “parti” revendique “le droit à l’indignation”. C’est plutôt faible comme arme !
L’arme des faibles est la résignation. L’indignation est une manière de rester debout, vivant. Un journaliste, que peut-il faire à part s’indigner en informant ?

Que vous inspire l’expression “Al Ijmaâ Al Watani” ?
Tout unanimisme comporte en lui-même des relents de fascisme. Une démocratie doit accepter les diversités d’opinion tout en assurant un consensus autour de certaines valeurs universelles.

Vous draguez toujours en offrant des livres d’art ?
J’en offre toujours, mais pas pour draguer.

Dans ce cas, une personne au moins l’a considéré comme de la drague…
Vous savez, un livre d’art, ça coûte cher. Il faut bien l’amortir. Quant à cette personne, disons que c’est un malentendu qui s’est transformé en “bienentendu”.

Si pour une fois, vous vous lâchiez et nous disiez ce que vous pensez vraiment de la télé marocaine aujourd’hui ?
La télévision est à l’image du pays. Avec beaucoup de potentialités, mais des carences en matière de méritocratie et de vision à long terme.

 
 
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