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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri

Proche orient. Le Liban face a ses démons

(AFP)

Au Liban, une grève générale s'est transformée en journée de violences, approfondissant les divisions dans ce pays meurtri.


Une grève générale, trois morts et plus de 130 blessés : près de six mois après la guerre qui l'a déchiré cet été, le Liban continue à s'enfoncer dans la crise. Le ciel de Beyrouth s'est de nouveau obscurci cette semaine avec les colonnes de fumée noire qui se sont élevées des rues jonchées de pneus en feu et de carcasses de voitures brûlées. Mardi 23 janvier, l'opposition, menée par le Hezbollah, a appelé à une journée de grève générale pour protester contre le gouvernement de
Fouad Siniora, dont elle réclame la démission. Dès l'aube, des milliers de sympathisants de l'opposition sont descendus dans les rues, bloquant les principaux axes du pays, notamment les entrées de Beyrouth et la route de l'aéroport international. Très vite, les tensions ont dégénéré entre partisans des deux camps, qui se sont affrontés à coups de pierres et de bâtons. Malgré l'intervention des forces de sécurité et l'armée, les violences ont fait trois morts et 133 blessés dans l'ensemble du pays. Trente-quatre vols ont été annulés à l'aéroport de Beyrouth, unique aéroport civil du pays. Et si un certain nombre de Libanais sont allés travailler, la majorité d'entre eux sont restés terrés chez eux, à suivre l'évolution des événements à la télévision.

Division persistante
Si l'opposition a réussi à paralyser l'économie et les institutions du pays, elle n'a néanmoins pas mis le gouvernement de M. Siniora à genoux. La crise politique, qui a atteint un nouveau palier avec la grève, avait éclaté en novembre, lorsque les ministres pro-syriens avaient démissionné en accusant la majorité de refuser un gouvernement élargi avec un droit de veto.

Au lendemain de la journée de violences, les deux camps ont crié victoire. Et malgré le retour au calme, les déclarations de part et d'autre laissent augurer de nouvelles turbulences. Alors que le camp du gouvernement et de la majorité anti-syrienne ont dénoncé un “coup d'Etat”, les chefs de l'opposition ont qualifié la journée de grève de “succès”. “La balle est maintenant dans le camp du pouvoir qui, s'il s'obstine, sera confronté à une nouvelle escalade”, a averti l'opposition en annonçant mardi soir la suspension de la grève. Un peu plus tôt, Fouad Siniora avait assuré que son gouvernement ne tolèrerait pas la poursuite des “atteintes à l'ordre public”. Pour Samir Frangié, député et partisan du gouvernement, l'opposition “a échoué (...) parce qu'elle a dû, pour relancer le mouvement de protestation, utiliser des méthodes violentes, en n'hésitant pas à mener le pays au bord de la guerre civile”. Quant au quotidien de gauche As-Safir, il estime que “l'épreuve est passée, mais (que) le Liban a été au bord de la catastrophe, car les lignes de démarcation datant de la guerre civile sont réapparues”.

Des soutiens pour Siniora
Ces violences sont intervenues deux jours avant la tenue à Paris d'une conférence internationale d'aide au Liban, destinée à renflouer l'économie libanaise, étouffée par une dette publique de 41 milliards de dollars, en échange d'un programme de réformes. Nul n'est cependant dupe que “la conférence arabe et internationale” de Paris vise autant à donner un ballon d'oxygène à l'économie qu'à soutenir le gouvernement de Fouad Siniora. Le premier ministre a accusé l'opposition de se livrer à un “chantage”, visant à “saboter” la conférence. Les Etats-Unis ont d'ores et déjà assuré le gouvernement libanais d'une “énorme démonstration de soutien” lors de cette conférence, et le président français Jacques Chirac a promis que la France accorderait un prêt de 500 millions d'euros au Liban à des conditions très avantageuses. Pendant ce temps-là, l'opposition, elle, continue de rejeter les réformes proposées par le gouvernement.

 
 
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