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France. Le cadeau empoisonné aux chibanis
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

La carrefour enchanté
de Guéliz, à Marrakech.
(ADIL RABIH)

Improvisation. Danse contre la montre


Il y avait de la paresse dans l’air, ce lundi matin à Marrakech. Pendant une heure, le rond-point Guéliz a du se soumettre au fantasme d’un enfant de la ville, chorégraphe de son état, qui, faute de pouvoir remonter le temps, a voulu le ralentir. Pour lancer la deuxième édition de “On marche…”, Taoufik Izzediou, co-fondateur de la compagnie de danse contemporaine Anania, a rameuté une cinquantaine de danseurs, chorégraphes, breakeurs et performeurs, de 17 à 70 ans, les a traînés jusqu’au rond-point Guéliz, un lundi à dix heures du matin et a lancé
son plan d’attaque against time : traverser à la marche une distance de 150 mètres, en l’espace d’une heure, tout en improvisant une chorégraphie sous des airs de aïte - chant très lent du répertoire de deqqa marrakchiya - joués par quelque 24 musiciens, des vétérans du métier, gardiens du Marrakech paresseux d’autrefois. A fou, fou et demi. En proposant l’idée aux autorités de la ville, Anania a trouvé preneur, même que les agents de circulation affectés audit carrefour se sont amusés au jeu - qui n’aimerait pas arrêter cette machine infernale ? “Je voulais ralentir le temps, mais je voulais aussi donner de la visibilité à la danse contemporaine”, précise le chorégraphe, “je me disais que le public serait fait de passants qui resteraient sur place chacun pendant 5 minutes. Finalement, le spectacle les a accrochés. C’est plus que ce que j’espérais”.


Sortie. Parfum d’inachevé

Un gosse de riches tue, accidentellement, une fille de pauvres. C’est parti pour un drame social de deux heures. L’accident mortel est, bien entendu, au carrefour de toutes les histoires croisées qui peuplent le film. Le schéma est en effet très simple : d’un côté un paisible village de pêcheurs, de l’autre une famille bourgeoise dont le luxe est trop visible pour être “tranquille”. Entre ces deux mondes, l’accident agira comme un catalyseur qui révèle à chacun sa vraie nature… Pour son deuxième film, après le plutôt agréable Mona Saber, Abdelhai Laraki a choisi de filmer un sujet d’actualité : le destin d’un gros trafiquant de drogue. En parallèle, une somme d’histoires : l’amour contrarié entre un pêcheur et l’institutrice du village, les dérapages d’un jeune homme pourri par l’argent facile, etc. Le propos est ambitieux, le résultat final peut se laisser voir malgré certaines longueurs. Même s’il n’est pas le film de l’année, Parfum de mer reste un travail honnête conduit par des comédiens de qualité (Majd, Khouyi, Marouazi, etc).

Parfum de mer, au Mégarama.



Cinéma. En route pour Ouagadougou

La vague blanche, premier long métrage de Mohamed Ali El Mejboud, produit par la Film industry, a été retenu en compétition officielle du Festival du cinéma panafricain de Ouagadougou, du 24 février au 3 mars au Burkina Faso. Egalement sélectionnés, les documentaristes Jawad Rhalib et Mourad Boucif, respectivement pour El Ejido, la loi du profit et La couleur du sacrifice, ainsi que Rachida Saâdi, Mohamed Ahed Bensouda et Fouad Challa dans la sélection de courts. Le Fespaco consacre en outre cette année un focus au cinéma marocain, avec les films de Mohamed Ismaïl, Noureddine Lakhmari, Abdelmjid Rchich, Jilali Ferhati et Kamal Kamal. Bon vent tout le monde !


Beau livre. Raconte-moi Casablanca

28 août 1926, au port de Casablanca. Sur la photo, Abdelkrim Khattabi, trois mois après s’être rendu aux troupes françaises, s’apprête à être déporté à la Réunion sur le paquebot Abda. Une image parmi tant d’autres, extraite du récent ouvrage que le médecin français Robert Chastel - installé à Rabat depuis 1966 - consacre à Casablanca, et à ses petites histoires, des fondements du port d’Anfa au Maréchal Lyautey, en passant par les filles de joie de Bousbir… Après un livre sur Rabat en 1993, l’homme récidive, avec la même recette : une narration chronologique (beaucoup plus fouillée dès le début du vingtième siècle), des images et cartes postales anciennes (environ 200) dont une poignée d’inédites, et une rigueur toute pragmatique : son texte est une synthèse de plus de 150 ouvrages consacrés à la ville au long du siècle dernier. On y note entre autres l’arrivée du premier télégraphe, le lendemain des journées sanglantes de 1907, ou des premières diligences, en 1910… Une mine d’or et un petit peu d’Histoire

Robert Chastel, Témoignages et chuchotements, histoire de Casablanca des origines à 1952.



Atelier. Docu en clair

“Une société qui manque de miroirs peine à se projeter dans la fiction”. C’est là tout le sens des ateliers mensuels que Ali Essafi, invité par l’IF Meknès, anime au lycée Paul Valéry et à l’Ecole supérieure de technologie (EST) : faire découvrir le documentaire comme père fondateur du cinéma, garant de sa justesse. Le réalisateur berkani, auteur des sensibles Général, nous voilà et Ouarzazate Movie a concocté un choix de projection spécial “document’art” : après son dernier Al-Jazeera, des voix arabes, seront visionnés Transes (jeudi 15 février à 15h), le film culte de Ahmed El Maânouni qui remonte la source des Ghiwane et Les Fibres de l’âme (jeudi 22 mars à 19h), de son complice Hakim Belabbès, back from Chicago rien que pour vous ! Puis, peut-être, Quand les hommes pleurent et Ragued de Yasmine Kassari, Un nid dans la chaleur de Hakim Belabbès, Close up du maître Kiarostami… Vous ne regarderez plus le réel comme avant…


Association. Le refuge de l’art

Un réfugié n’est pas un fuyard, mais un être digne : c’est ce que clame Roger Lélo, sculpteur congolais et demandeur d’asile de Rabat, via l’Association Asarem qui rassemble, depuis septembre, des artistes réfugiés au Maroc. Portée par dix membres fondateurs originaires du Congo, de RDC et de Côte d’Ivoire, l’Asarem a déjà exposé à Bouznika, à l’Ecole américaine de Rabat et à Al Akhawayn. Peintures, sculptures sur bois, argile, pierre ou ivoire, tissages et marionnettes de ces artistes unis contre précarité et obscurantisme seront à découvrir en février à l’Ambassade de Grande-Bretagne et en mars au lycée Descartes. Soutenus par le Comité d’entraide international (CEI) du Pasteur Brown et le Conseil des migrants, l’Asarem en appelle aussi à votre aide pour trouver un local. Soyons solid’art !

Roger Lélo
Tél. : 074 44 75 60 ;
asarem2006@yahoo.fr



Salon. Le livre se livre

Abdallah Taïa et Frédéric Mitterand, Bernard Werber et ses fourmis, Gisèle Halimi présentée par Ghita El Khayat et Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l’Orient, seront parmi les invités du 13e Salon du livre de Casablanca, dont le programme vient d’être dévoilé. Une bibliothèque de 300 titres y sera dédiée aux “nouvelles tendances” de la création marocaine. Egalement au menu, la Wallonie et Bruxelles en invitées d’honneur, des rencontres autour des femmes (en politique, au travail, en littérature), de la culture amazighe ou des beaux-arts. Et comme le livre et les arts, il faut commencer tout petit, un espace réservé aux bambins proposera ateliers de BD, films d’animation, calligraphie tifinagh ou encore contes populaires. Pas d’excuses, l’entrée est gratuite pour les moins de 12 ans et les étudiants.

Du 9 au 18 février à l’Office des foires de Casablanca.



Album. Pamplemousse Vibes

Epaulés par Issam Kamal, le guitariste des Mazagan et après quatre années de labeur, les Ganga Vibes récoltent enfin leur “Pamplemousse”. Un premier opus autoproduit de huit titres que le combo promet pour mars 2007. Côté son, explique Mahmoud Bassou, vocaliste du groupe, “l’influence reste assez variée, entre une moitié du groupe très portée sur le Thrash et le Grindcore, et l’autre moitié qui est plutôt adepte des écoles Burning Spear, Bob Marley et J. Pastorius”. En attendant la sortie, trois membres de la bande feront partie de la joyeuse bande de Naïda, la résidence d’artistes multidisciplinaire, en démarrage début février. Un petit échauffement avant de plier bagage pour le Festival des musiques universitaires de Belfort en avril 2007.


Bac. Option ciné, mention TB !

En juin prochain, trois ans après sa création par quatre enseignants du lycée Lyautey, passionnés de Septième art, l’option cinéma sera présente au Bac pour la première fois. De la Seconde à la Term, près de 80 élèves ont été “recrutés sur entretien sans prise en compte du niveau scolaire, précise Didier Folléas, mais en veillant à ce que leur intérêt soit derrière la caméra et non devant”. Ils découvrent histoire du cinéma, écriture, son, image, lumière, réalisation, rencontrent des professionnels – Ali Benkirane, Ali Essafi, Nabil Ayouch, le directeur photo des Frères Dardenne... L’épreuve du Bac sera la réalisation à deux d’un film docu ou fiction de 10 mn… Mais pas de stress, nous ne sommes qu’en janvier !


Le livre.

Le “petit embryon bien minuscule et faible” du roman de Abderrahmane Nazih ne retient pas longtemps la compassion du lecteur : in utero déjà, c’est un parfait salaud ! Fils d’une prostituée, élevé par une maquerelle, le héros est irrémédiablement condamné dès sa conception. Il ne devient pas sordide parce que la société y contribue, il l’est avant même d’avoir vu le jour. Et c’est bien ce qui dérange et crée un malaise. L’auteur évite l’écueil du misérabilisme larmoyant, certes, mais son propos caricatural perpétue les clichés. Ignore-t-il que toute société regorge d’“honorables enfants de putain” et qu’ils sont bien souvent les fils de femmes tout à fait ordinaires et de pères parfaitement identifiés !! ?

Un honorable enfant de putain, Abderrahmane Nazih ; Afrique Orient




Humeur.
Fort Alamo

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Le café est situé sur la route Oulad Ziane à Casablanca, à un endroit où l’avenue est infranchissable pour un piéton et le vacarme des voitures assourdissant pour les clients attablés. Sa terrasse offre une vue plongeante sur un cimetière. Et sans crainte ni vergogne, le propriétaire a appelé son café : Le Romantique. Mort et amour, des mots qui s’entrechoquent, guimauve et asticots, des concepts qui se télescopent. Pourtant, l’établissement ne désemplit pas le week-end et attire invariablement son lot de couples. La raison en est simple. C’est une alcôve aux allures de château fort imprenable. De la terrasse très haut perchée, la vue est dégagée à 360 degrés et permet de voir arriver de loin les éventuels vengeurs masqués, garants de la vertu de la fille attablée avec vous. Ce café ferait tache dans un roman à l’eau de rose. Mais les héroïnes de ces romans de gare n’ont jamais eu à se cacher d’un frère à cheval sur les mœurs. Et les riches héritiers d’Harlequin n’ont jamais été attaqués au couteau par un cousin éloigné et hirsute, protecteur autoproclamé de la vertu de sa cousine. Sinon, ces gentlemen feraient comme tous les clients populaires de ce café. Ils se choisiraient une table avec vue sur le cimetière et ses locataires. Avec les défunts, on est au moins certain d’une chose, ils n’iront pas colporter tous vos faits et gestes. Ils sont tous muets comme des tombes, trop occupés à discourir avec la mort pour se soucier de qui est assis avec vous. C’est moins classe que dans Barbara Cartland, mais c’est plus sûr…



Hamid Faridi sur Le vélo
L’avant-première du premier long-métrage de Hamid Faridi, Le Vélo, avec notamment Siham Assif, se tiendra en février. Après sa mention spéciale du jury à Tanger pour le court Histoires de bonnes femmes, le réalisateur, issu du milieu de la pub, a choisi les thèmes de la famille et de l’héritage.


Les Indigènes à L.A
Indigènes partent à la conquête de Los Angeles. Le film de Rachid Bouchareb figure parmi les 5 nominés pour l’oscar du “Meilleur film étranger”, à côté de The lives of others, Pan’s labyrinth, After Wedding” et “Water. Verdict le 27 février.


Rencontres classiques
Du 1er au 4 mars, Marrakech devra troquer ses qraqebs contre des archers de violon pour accueillir sa toute nouvelle – et raffinée - manifestation culturelle. Les rencontres musicales de Marrakech, premier évènement entièrement consacré à la musique classique, seront inaugurées le 1er Mars par l’orchestre philharmonique du Maroc.

 
 
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