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N° 259
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Galerie. Une villa nommée culture

Tournage d’un téléfilm pour
e compte de la seconde
chaîne marocaine.
(DR)

Avec son étonnant musée virtuel, ses galeries novatrices et son architecture originale, la Villa des Arts de Rabat est un espace culturel unique en son genre. Visite guidée..


La lumière du jour qui s'éclipse pour laisser place à un néon bleu, des ponts d'eau virtuels qui bougent sous les pieds du visiteur, des pétales de fleurs, tout aussi fictifs, qui s'écartent sur son passage… Et soudain, un écran s'illumine : un homme en djellaba et une femme en caftan se relayent pour accueillir le visiteur. “Bienvenue au musée virtuel de la Villa des Arts de Rabat”, lancent-ils dans différentes langues. “Bientôt,
ce 'personnel' d'accueil sortira complètement de son écran, pour devenir des hologrammes en 3D”, confie le responsable des nouvelles technologies de la fondation ONA, qui a suivi toutes les étapes de la construction de ce musée virtuel. Un musée numérique, petite merveille technologique, qui se veut comme le sixième au monde (il en existe au Japon, aux Etats-Unis, en Suisse, au Canada et en Grande-Bretagne). Certains des promoteurs du projet s'aventurent même à dire qu'il est le plus grand au monde. Dans cette grotte d'Ali Baba high-tech, où les œuvres d'art ont remplacé les pierres précieuses, le visiteur se mue en explorateur d'un monde inconnu, et va de surprise en surprise. Première escale : deux écrans pas comme les autres. À l'aide de capteurs sensoriels, l'on peut tourner les pages du recueil de données comme l'on tournerait les pages d'un livre. La propre main du visiteur devient comme une souris d'ordinateur, permettant l'accès aux multitudes de fonctionnalités qu'offre cette technologie.

En face, dans une sorte de corridor, des toiles défilent sur huit écrans géants savamment alignés. Mais la véritable merveille technologique n'est autre que ces portiques qui sortent tout droit d'un film de science-fiction. Là encore, à l'aide de capteurs optiques, le visiteur peut faire défiler les “pages” de l'encyclopédie numérique, tout en se prenant pour Tom Cruise dans Minority Report. Une manière aussi amusante que surprenante d'admirer un impressionnant nombre d'œuvres d'arts marocaines, contemporaines et traditionnelles, et ceci dans différents pans de création : peinture, sculpture, architecture, arts décoratifs, art culinaire…

Et, à en croire les promoteurs du projet, le meilleur reste à venir. “Aujourd'hui, nous exploitons la technologie dont nous disposons à hauteur de 30% seulement. Et même au niveau du contenu, nous n'exposons ici que la collection propre à la fondation. Mais nous avons établi des contacts pour accueillir les œuvres numérisées des plus grands musées du monde, pour ne citer que ceux de Paris ou de Madrid”, explique Meryem Mouline, directrice d'exploitation de la fondation ONA. En effet, depuis son ouverture au public il y a un peu plus d'un mois, les chancelleries inscrivent la Villa des Arts de Rabat dans le circuit de visite de leurs différentes délégations. “Nous profitons de chaque occasion pour séduire et sensibiliser les attachés culturels des ambassades”, poursuit la directrice du site.

Un site d'exception
Et ce genre de partenariat culturel, la fondation en a déjà l'habitude. Certaines conventions pour l'accès au contenu sont déjà opérationnelles dans la médiathèque de la Villa des Arts de Rabat. Une médiathèque qui, bien que généreusement équipée, paraît finalement assez classique, presque “vieux jeu”, en comparaison avec la débauche technologique du musée virtuel. Mais la beauté du site ne se limite pas aux dispositifs techniques dont il regorge. Eau, verdure et œuvres d'art de toutes sortes, savamment agencées dans un espace de 5000 m2, en font un petit havre de paix bienvenu dans le très animé quartier administratif de Rabat.

En effet, reprenant la recette qui fit le succès de la Villa des Arts casablancaise, sa petite sœur r'batie a jeté ses bases dans l'ex-siège du ministère de la Communication. Le bâtiment, qui tombait pratiquement en ruine, a été récupéré par la fondation ONA qui a su en faire une petite merveille. La bâtisse existante a été réhabilitée de manière à mettre en valeur sa richesse architecturale. “Nous avons conservé tout ce qui pouvait l'être”, explique Mustapha Alaoui, l'architecte chargé du projet. Le résultat réussit le pari périlleux d'un mariage harmonieux entre artisanat et équipements ultra-modernes. Ses larges pièces, aux plafonds ornés de motifs taillés dans le bois ou moulés dans le plâtre, et ses sols en zellije, servent désormais d'espace d'exposition.

À côté du bâtiment principal, de nouvelles dépendances ont été construites. Et là encore, le contraste entre artisanat marocain et style art-déco est plutôt réussi. Une tour a été érigée comme un clin d'œil à la Tour Hassan. Sa façade, qui fait également office d'espace d'exposition, est reliée au bâtiment par une passerelle (baptisée, avec à-propos, Quantara) aux baies vitrées qui sert de salle de conférence. Un autre édifice annexe a, quant à lui, été totalement rénové, dans une facture originale. La touche des artisans marocains ne laisse pas indifférent, comme celle de ce sculpteur, qui a dessiné et fabriqué des poignées spécifiques pour chacune des portes. La scène de représentation, avec ses pierres vieillies, donne une crédibilité au style de forum romain pour lequel ont opté les architectes. “C'est un travail qui reflète la dextérité et la patience des artisans qui ont travaillé sur le site pendant plus de six mois”, fait remarquer Mustapha Alaoui.

De l'autre côté de la villa, un café maure est édifié autour d'arbres centenaires, mis en valeur derrière une vitrine. Autour de ce café littéraire, six ateliers d'artistes sont sortis de terre dans ce qui n'était auparavant qu'un simple trou. Ces ateliers, qui portent les noms de grands peintres marocains défunts - pour ne citer que Chaïbia, Kacimi ou Gharbaoui - sont mis à la disposition des artistes comme espace de création. Pour la fondation, c'est aussi un espace d'animation. Un atelier sténopé - pour découvrir l'art de la photo - animé par les élèves de l'école des Beaux-arts de Casablanca, a été organisé dès la fin du chantier au profit des enfants des ouvriers.

Et pour cause, la philosophie même de la fondation ONA repose sur une vulgarisation de l'art. “Elitiste, pour tous. Tel est notre credo”, ne se lassent de répéter les responsables du site. D'ailleurs, le grand portail ouvert sur l'intersection de l'avenue Mohammed V et de la rue Beni Mellal donne le ton. “Nous voulons donner l'image d'un espace ouvert au public, expliquent les responsables du site. Nous avons vu défiler toutes les typologies marocaines : de la femme en jellaba au jeune cadre moderne, en passant par les jeunes écoliers qui, cartable au dos, déambulent émerveillés dans les jardins. Quant aux animations musicales que nous organisons chaque dimanche, elles attirent des centaines de personnes”. Qui a dit que l'art était un loisir pour VIP ?

 
 
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