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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Portrait. Mademoiselle chante le melhoun
Bio express.
1970. Naissance à Had Kourt.
1989. Décroche son bac en Littérature arabe.
1990. Intègre le Conservatoire de musique de Meknès.
1994. Remporte le 1er prix du Festival du melhoun d'Errachidia.
2001. Anime pour la RTM l'émission Mirate.
Depuis 2005. Anime pour 2M Chadda Al Alhane. |
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La chanteuse sest également
faite connaître du public en
présentant une émission
télévisuelle
dédiée à la
musique, évidemment.
(DR)
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Animatrice télé très appréciée, Majda Yahiaoui est d'abord une chanteuse qui a dépoussiéré l'image vieillotte du melhoun. Portrait d'une jeune femme aux multiples talents.
Curieusement, lorsque vous rencontrez Majda Yahiaoui, vous êtes loin de l'imaginer sur scène, récitant des kssaïde de melhoun. La jeune femme, au look BCBG, installée dans le hall de ce palace rbati, est à cent mille lieues de l'image-type que l'on se fait du chanteur de melhoun : un sexagénaire enveloppé dans sa djellaba blanche et portant un tarbouche rouge. Et c'est d'ailleurs en dérogeant à la |
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tradition du melhoun, habituellement réservé aux hommes, que cette femme a dépoussiéré l'image vieillotte d'un art séculaire.
Pourtant, rien ne prédestinait la jeune Majda à embrasser ce genre musical. Née à Had Kourt, elle accompagne sa famille à Souk Larbâa puis à Khémisset. Des villes réputées être des fiefs du chaâbi. Pourquoi donc le melhoun ? Je dois la découverte du melhoun à ma famille. Une famille traditionaliste, qui n'aurait jamais accepté que je chante du chaâbi ou du raï, par exemple. De plus, mes parents organisaient souvent des veillées religieuses, avec notamment des chants soufis. Tout cela a eu une incidence certaine sur mes goûts musicaux.
Ses premières représentations, Majda les donne devant
une glace. C'était un peu mon jardin secret, je m'enfermais tous les soirs dans ma chambre et chantonnais tout doucement, en espérant qu'un jour, je pourrais le faire devant un public. Un vu qui va vite devenir réalité. La petite fille de 10 ans, déjà connue pour sa voix unique, est choisie pour lire les discours de son directeur d'école et chanter devant ses camarades de classe. Nombreux sont alors les parents d'élèves et professeurs qui lui demandent de changer de registre, de verser plutôt dans le classique ou le chaâbi, plutôt que de s'époumoner sur du melhoun, art masculin par excellence.
Mais le melhoun, Majda, elle y tient. C'est même devenu pour elle un défi. Cela a toujours été motivant de chanter devant des gens qui ne connaissent pas ou n'aiment pas le melhoun. Leur faire découvrir et apprécier ce pan de notre patrimoine est très gratifiant.
La rencontre du maître
La jeune Majda sait ce qu'elle veut faire plus tard : chanteuse de melhoun. Elle sait aussi qu'en restant dans sa petite ville, elle n'a aucune chance d'y arriver. Un baccalauréat en littérature arabe en poche, elle monte à Meknès, la Mecque du melhoun. Il a fallu d'abord convaincre mes parents, tient à souligner Majda. Ils n'étaient pas très chauds à l'idée d'envoyer leur unique fille vivre seule dans une autre ville. Après des négociations, ils m'ont accordé un an d'essai. En échange, je devais leur promettre de ne chanter que du melhoun.
Tout en poursuivant ses études (sanctionnées quatre ans plus tard par une licence en littérature), Majda s'inscrit au Conservatoire de Meknès. C'est là qu'elle fera la rencontre décisive de feu Houcine Toulali, qu'elle considère comme son père spirituel. Le dernier des monuments du melhoun ne s'offusque pas que sa meilleure élève soit de sexe féminin. Bien au contraire : dès sa première année de conservatoire, il prend la jeune fille sous son aile et entreprend de lui enseigner les subtilités de son art. Il y avait une grande complicité entre nous. Nous n'avions pas besoin de parler pour comprendre ce que l'un attendait de l'autre.
Deux années plus tard, Majda Yahiaoui se lance dans sa première représentation devant un large public, lors d'une soirée à Meknès. Elle en garde aujourd'hui un souvenir partagé. J'avais tellement le trac que j'en tremblais. Heureusement que je portais un caftan, sinon tout le monde s'en serait rendu compte, se rappelle-t-elle avec un sourire.
Mais la consécration aura lieu en 1994, à l'occasion de sa première participation au Festival du melhoun d'Errachidia. Devant un parterre de grands noms de la chanson marocaine, Majda Yahyaoui s'applique dans l'interprétation de quelques classiques. Le jury, séduit, lui décerne le premier prix. Et les 1500 dirhams qui vont avec. Ces derniers permettront à l'étudiante de se payer des tickets de bus et de
faire confectionner une djellaba pour Toulali. Un présent que, malheureusement, le maître s'empressera de refuser.
La vie de la grande révélation du moment est alors entièrement chamboulée. Les propositions pleuvent de toutes parts : festivals, fêtes, mariages
Grâce à sa douceur, sa touche féminine et sa voix magnifique, elle a apporté du nouveau et une certaine jeunesse au melhoun, qui en avait grandement besoin, souligne Abdelaziz, un mordu du genre musical.
Des producteurs sont également dans les parages. L'un d'entre eux profite de la candeur de la jeune chanteuse et arrive à lui faire signer un contrat à vie ! Un engagement qu'elle n'arrivera à annuler que huit ans plus tard, par voie de justice. Aujourd'hui, elle dit vouloir oublier ce fâcheux épisode. J'étais jeune et naïve, comme c'est le cas de beaucoup d'artistes débutants. Et il se trouve toujours quelquun pour en profiter.
Et maintenant, la télé
Mais Majda Yahiaoui n'est pas qu'une chanteuse. Elle est également une femme de télévision. Si son baptême télévisuel remonte à 1995, lorsquelle est invitée à chanter à deux reprises dans l émission Musica, ses vrais débuts dans le PAM sont plus récents. D'abord en 2001, quand la RTM lui propose d'animer Mirate, une émission d'une demi-heure dont le leitmotiv est de faire connaître le melhoun au public. C'était magnifique ! On me demandait de parler de ma passion et d'essayer de la transmettre le plus simplement possible aux autres. Que pouvais-je espérer de plus ?, s'enthousiasme-t-elle.
Même si l'émission trouve son public, elle ne durera qu'une seule saison. Il faudra attendre 2005 pour revoir Majda sur le petit écran, aux commandes d'une nouvelle émission, Chada Al Alhane. Le concept ? Une sorte de vitrine du patrimoine musical marocain, où se côtoient melhoune, ghernati, andaloussi... tout en improvisant une ouverture sur la culture musicale d'autres pays arabes. Cette émission m'a beaucoup apporté et continue à le faire. Elle m'a permis de découvrir d'autres types de musique. Son statut d'ambassadrice de charme de la musique traditionnelle lui permettra également de gagner en popularité, faisant delle l'une des artistes les plus convoitées, notamment dans les milieux de la haute.
La chanteuse se permet même de faire, de temps à autre, quelques entorses à la promesse familiale d'antan : Ne chanter que du melhoun. Il lui arrive en effet de s'aventurer dans les mélopées du chaâbi ou d'entonner quelques chants aïssaoua et même des chansons occidentales. Elle osera même l'une des premières fusions entre gnawa et melhoun. Tout dépend du contexte et de l'ambiance dans lesquels je me trouve. Vous pouvez me trouver majdouba, ou bien toute tranquille, à réciter des kssaïde, souligne cette artiste pour le moins éclectique. Véritable touche-à-tout, elle a également tâté du cinéma (elle a joué un petit rôle en 1992 dans La porte close de Abdelkader Lagtaâ) et du théâtre au sein de la troupe Mohammed V en 1998, réalisant ainsi deux de ses vux d'enfance. Unique regret : n'avoir jamais pu se produire devant Hassan II. J'ai toujours rêvé de jouer devant celui que tout le monde disait être un grand connaisseur de melhoun. Mais le destin en a décidé autrement. |
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