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N° 259
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Tout détenteur de pouvoir est un ghoul potentiel”

Antécédents
Najima Thay Thay Rhozali
Ex–secrétaire d’Etat chargée de
la lutte contre l’analphabétisme
(DR)

1960. Naissance à Zellija, village minier près d’Oujda.
1991. Doctorat en ethno-sémiotique à la Sorbonne, Paris.
1992. Enseignante à l’Université d’Agadir.
1996. Nommée experte méditerranéenne en culture immatérielle en Italie.
2002. Secrétaire d’Etat chargée de la lutte contre l’analphabétisme (RNI).
2005. Enseigne le Marketing culturel à l’université de Kénitra.

Smyet bak ?

Mohamed Benaïssa.

Smyet mok ?
Rhimou bent Lhaj Taïb Khouja.

Nimirou d’la carte ?
F 24496.

Vous avez récemment monté une opération autour du personnage de Baba Aïchour. Vous croyez sérieusement pouvoir faire de l’ombre au Père Noël ?
Pas du tout. Je dis simplement que chaque culture doit protéger sa spécificité. Si nous étions tous pareils, on se serait drôlement ennuyés. Chacun a besoin de connaître l’autre. Le père Noël sera toujours là, mais, désormais, nous voulons que Baba Aïchour soit présent également. Et là, nous faisons réellement du marketing culturel et nous l’assumons.

C’est très bien, mais le Père Noël a fait le tour du monde parce que de grandes multinationales subventionnent généreusement ses escapades en traîneau. Qui soutiendra Baba Aïchour ?
Il y a des Marocains qui adorent ce pays et ses traditions. Et c’est vrai qu’il faut une société pour soutenir ce personnage, nous aider à l’exporter et à le faire connaître à l’étranger. Je crois à Baba Aïchour autant qu’à la jellaba ou à la cuisine marocaine, qui s’exportent très bien par ailleurs.

Vous ne craignez pas que la barbe fournie de Baba Aïchour ne l’empêche de passer les contrôles douaniers ?
Nous avons lancé un concours pour la confection du costume, mais j’admets qu’il reste encore un travail à fournir au niveau du visage. L’objectif est d’arriver à un visage serein avec une barbe suggestive, en soie ou en Louis d’or, puisque Baba Aïchour distribue des cadeaux aux plus pauvres. Notre problème au Maroc, c’est qu’on ne valorise pas assez ce qu’on a de beau. Nous ne savons pas vendre nos valeurs et nos traditions.

Ne parlez pas ainsi du plus beau pays du monde Madame le secrétaire d’Etat, voyons !
Je vous donne un exemple. Halloween est aujourd’hui une fête que se disputent Américains et Européens. C’est une fête très bien commercialisée, et qui fait tourner le business pendant une bonne période de l’année. Si on augmente le nombre de nos fêtes, si on arrive à les vendre, cela créera une dynamique et apportera au pays une notoriété considérable. Notre artisanat a été exposé dans les plus grandes vitrines européennes cette année, c’est très bien. Le thé existe partout, mais le savoir-faire marocain en la matière est unique.

Vous avez été la première secrétaire d’Etat chargée de la lutte contre l’analphabétisme au Maroc. Pourquoi les ministres changent alors que le taux stagne ?
La création d’un secrétariat d’Etat chargé de la question est déjà un acte politique positif et courageux, encore unique dans le monde arabe. Nous avons lancé “Massirat Annour”, le roi s’y est personnellement impliqué. L’objectif était de former un million de personnes par an, nous avons réussi à atteindre 750 000. En trois ans, nous avons rattrapé un retard de 20 ans. Maintenant, le taux est tellement élevé qu’on a l’impression qu’il ne bouge pas, mais croyez-moi, le taux d’analphabétisme est en train de baisser.

Votre ministère n’avait même pas de local fixe. Vous luttiez contre l’analphabétisme ou contre la précarité ?
Ça ne m’a jamais bloquée. Oui, j’ai été une ministre SDF. Oui, je mendiais des salles pour tenir mes réunions, sans eau minérale ni petits-fours. Ma voiture m’était prêtée par la primature, mais avec mon équipe, nous avons quand même appris à lire et à écrire à 750 000 Marocains par an. J’ai même eu une rallonge budgétaire de 50 millions de dirhams, je pouvais me payer de jolis bureaux et une belle voiture. J’ai préféré payer les encadrants qui ont porté toute l’opération. Nous étions dévoués à la cause, mais la seule bonne foi ne suffisait pas.

Votre thèse de doctorat portait sur “L’ghoul”. Il existe vraiment, ce bonhomme ?
Oui, dans l’imaginaire universel. C’est l’ogre, le géant ou le dragon chez les asiatiques. Une créature mystérieuse. L’ghoul est un faux méchant qui aide le héros à réaliser son rêve. Dans la réalité, c’est le patriarche, le responsable, le maître d’école… Tout détenteur de pouvoir est un ghoul potentiel.

L’islamisme menace-t-il notre spécificité culturelle ?
L’islamisme n’a pas intérêt à ce qu’on parle d’identité culturelle restreinte. Il y oppose une mondialisation des musulmans dans le cadre de la Oumma qui réfléchit, mange et s’habille de la même manière. Or, nous sommes tous différents, même si une même religion nous unit. Le hijab existe, par exemple, depuis des lustres au Maroc, sous forme de haïk ou de hjab. Il est synonyme de pudeur et de chasteté. Mais la burqa afghane ou le hijab wahhabite est selon moi une provocation. C’est de l’idéologie.

 
 
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