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Par Driss Bennani
Tout détenteur de pouvoir est un ghoul potentiel
| Antécédents |
Najima Thay Thay Rhozali
Exsecrétaire dEtat chargée de
la lutte contre lanalphabétisme
(DR)
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| 1960. |
Naissance à Zellija, village minier près dOujda. |
| 1991. |
Doctorat en ethno-sémiotique à la Sorbonne, Paris. |
| 1992. |
Enseignante à lUniversité dAgadir. |
| 1996. |
Nommée experte méditerranéenne en culture immatérielle en Italie. |
| 2002. |
Secrétaire dEtat chargée de la lutte contre lanalphabétisme (RNI). |
| 2005. |
Enseigne le Marketing culturel à luniversité de Kénitra. |
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Smyet bak ?
Mohamed Benaïssa.
Smyet mok ?
Rhimou bent Lhaj Taïb Khouja.
Nimirou dla carte ?
F 24496.
Vous avez récemment monté une opération autour du personnage de Baba Aïchour. Vous croyez sérieusement pouvoir faire de lombre au Père Noël ?
Pas du tout. Je dis simplement que chaque culture doit protéger sa spécificité. Si nous étions tous pareils, on se serait drôlement ennuyés. Chacun a besoin de connaître lautre. Le père Noël sera toujours là, mais, désormais, nous voulons que Baba Aïchour soit présent également. Et là, nous faisons réellement du marketing culturel et nous lassumons.
Cest très bien, mais le Père Noël a fait le tour du monde parce que de grandes multinationales subventionnent généreusement ses escapades en traîneau. Qui soutiendra Baba Aïchour ?
Il y a des Marocains qui adorent ce pays et ses traditions. Et cest vrai quil faut une société pour soutenir ce personnage, nous aider à lexporter et à le faire connaître à létranger. Je crois à Baba Aïchour autant quà la jellaba ou à la cuisine marocaine, qui sexportent très bien par ailleurs.
Vous ne craignez pas que la barbe fournie de Baba Aïchour ne lempêche de passer les contrôles douaniers ?
Nous avons lancé un concours pour la confection du costume, mais jadmets quil reste encore un travail à fournir au niveau du visage. Lobjectif est darriver à un visage serein avec une barbe suggestive, en soie ou en Louis dor, puisque Baba Aïchour distribue des cadeaux aux plus pauvres. Notre problème au Maroc, cest quon ne valorise pas assez ce quon a de beau. Nous ne savons pas vendre nos valeurs et nos traditions.
Ne parlez pas ainsi du plus beau pays du monde Madame le secrétaire dEtat, voyons !
Je vous donne un exemple. Halloween est aujourdhui une fête que se disputent Américains et Européens. Cest une fête très bien commercialisée, et qui fait tourner le business pendant une bonne période de lannée. Si on augmente le nombre de nos fêtes, si on arrive à les vendre, cela créera une dynamique et apportera au pays une notoriété considérable. Notre artisanat a été exposé dans les plus grandes vitrines européennes cette année, cest très bien. Le thé existe partout, mais le savoir-faire marocain en la matière est unique.
Vous avez été la première secrétaire dEtat chargée de la lutte contre lanalphabétisme au Maroc. Pourquoi les ministres changent alors que le taux stagne ?
La création dun secrétariat dEtat chargé de la question est déjà un acte politique positif et courageux, encore unique dans le monde arabe. Nous avons lancé Massirat Annour, le roi sy est personnellement impliqué. Lobjectif était de former un million de personnes par an, nous avons réussi à atteindre 750 000. En trois ans, nous avons rattrapé un retard de 20 ans. Maintenant, le taux est tellement élevé quon a limpression quil ne bouge pas, mais croyez-moi, le taux danalphabétisme est en train de baisser.
Votre ministère navait même pas de local fixe. Vous luttiez contre lanalphabétisme ou contre la précarité ?
Ça ne ma jamais bloquée. Oui, jai été une ministre SDF. Oui, je mendiais des salles pour tenir mes réunions, sans eau minérale ni petits-fours. Ma voiture métait prêtée par la primature, mais avec mon équipe, nous avons quand même appris à lire et à écrire à 750 000 Marocains par an. Jai même eu une rallonge budgétaire de 50 millions de dirhams, je pouvais me payer de jolis bureaux et une belle voiture. Jai préféré payer les encadrants qui ont porté toute lopération. Nous étions dévoués à la cause, mais la seule bonne foi ne suffisait pas.
Votre thèse de doctorat portait sur Lghoul. Il existe vraiment, ce bonhomme ?
Oui, dans limaginaire universel. Cest logre, le géant ou le dragon chez les asiatiques. Une créature mystérieuse. Lghoul est un faux méchant qui aide le héros à réaliser son rêve. Dans la réalité, cest le patriarche, le responsable, le maître décole
Tout détenteur de pouvoir est un ghoul potentiel.
Lislamisme menace-t-il notre spécificité culturelle ?
Lislamisme na pas intérêt à ce quon parle didentité culturelle restreinte. Il y oppose une mondialisation des musulmans dans le cadre de la Oumma qui réfléchit, mange et shabille de la même manière. Or, nous sommes tous différents, même si une même religion nous unit. Le hijab existe, par exemple, depuis des lustres au Maroc, sous forme de haïk ou de hjab. Il est synonyme de pudeur et de chasteté. Mais la burqa afghane ou le hijab wahhabite est selon moi une provocation. Cest de lidéologie. |
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