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Propos recueillis par
Hicham Smyej
Le Grand Oral de Sciences-Po
Les élections, c'est dans quelques mois. En association avec TelQuel et Al Ahdath Al Maghribiya, l'Association marocaine des anciens de Sciences-Po organise une série de conférences-débats avec les chefs des principaux partis politiques du royaume. Après Ismaël Alaoui (PPS) et Mohand Laenser (MP), c'est au tour de Mohamed Moujahid, secrétaire général du Parti socialiste unifié, de se prêter au jeu des questions-réponses.
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Ses enjeux.
L e Parti socialiste unifié est le plus à gauche de tous les grands (par ce qu'ils représentent) partis politiques. A droite, on le taxe de parti d'extrême gauche et, à gauche, on le trouve parfois mou, jouant trop ouvertement le jeu. La vérité est sans doute tout cela à la fois. Le PSU est un parti qui prône un vrai partage des pouvoirs sans en faire un préalable avant d'aller aux élections, il défend de vraies valeurs de progressisme social, voire sociétal sans rien toucher à l'identité arabo-amazigho-musulmane du royaume. Sa force, ce parti, qui n'est que le rejeton de la défunte OADP et de la branche la plus radicale de l'USFP, la doit aussi à ses hommes, parmi les plus brillants et les plus attachants du landerneau politique : les Mohamed Bensaïd, Mohamed Sassi, Najib Akesbi, etc. En 2007, la question est de savoir si le PSU a la base qu'il mérite et si, en face, le Pouvoir a la lucidité nécessaire pour accepter de composer avec un parti auquel il arrive de dire non. |
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Mohamed Moujahid
(TNIOUNI / NICHANE)
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Mohamed Moujahid. "Nos résultats aux prochaines élections vont surprendre"
Mohamed Moujahid, secrétaire général du Parti socialiste unifié, dirige une formation au poids électoral symbolique mais au discours cohérent et argumenté. En rhétoricien habile, l'homme trace les contours de la stratégie de son parti, sans bien évidemment faire l'impasse sur son éternel cheval de bataille : la réforme de la Constitution.
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Comment avez-vous accueilli l'invalidation par le Conseil constitutionnel du seuil de 3% pour la participation aux prochaines élections ?
Le Conseil constitutionnel a fini par nous rendre justice, en annulant une mesure antidémocratique. Elle n'était pas le fait, je le précise, de la majorité gouvernementale. Ce sont précisément deux partis qui, chacun pour ses raisons propres, ont tout fait pour écarter d'autres partis de la compétition.
Vu vos résultats lors des précédentes législatives, comment comptez-vous dépasser cette année le seuil des 6% pour entrer au Parlement ?
En 2002, nous nous sommes lancés dans les élections un mois à peine après l'intégration de quatre composantes de gauche pour la création de la GSU (Gauche socialiste unifiée). Du coup, nous n'avions pas suffisamment de temps pour préparer une vraie campagne électorale. Mais entre 2002 et 2007, il s'est passé beaucoup de choses. Le parti a connu un élargissement organisationnel et a accru son travail sur le terrain. Nous avons également davantage de présence dans les milieux syndicaux et la société civile. Tout cela donne de fortes indications que les résultats du PSU aux prochaines élections vont surprendre.
Vous envisagez des alliances électorales avec d'autres partis ?
Nos alliances ne seront pas basées sur une conjoncture électorale. Elles sont d'abord stratégiques et devraient ainsi se situer dans la gauche d'opposition, au sein du Rassemblement de la gauche (PADS, CNI et Annahj Addimocrati. Ndlr) et d'autres mouvements de gauche. Nous travaillons actuellement pour présenter des listes uniques dans le cadre du Rassemblement de la gauche, à lexception de nos amis d'Annahj Addimocrati, qui ne participeront pas aux élections. Pour le moment, ce chantier est encore ouvert et nous espérons qu'il aboutira. En revanche, tous ceux qui utilisent la religion comme moyen politique et qui s'opposent aux valeurs de démocratie et de modernité ne peuvent pas être nos alliés.
Vous n'envisagez pas d'alliances avec des partis de la gauche gouvernementale, notamment l'USFP ?
Nous n'excluons pas une telle possibilité. Mais nous ne sommes pas responsables du fait que nos relations avec lUSFP ne soient pas suffisamment fortes. Nous avons tout fait pour les développer, et pas uniquement pour les élections, mais sur des bases d'égalité et de respect mutuel, pas sur le suivisme, le paternalisme et l'allégeance. Ceci n'est plus possible pour le PSU. Figurez-vous que nous n'avons même pas été invités au dernier congrès de l'USFP ! C'est en fait à eux qu'il faut poser la question.
Où faut-il placer le PSU, à l'extrême gauche ?
Nous ne faisons pas partie de l'extrême gauche, ni de la gauche radicale. Nous sommes de gauche, tout simplement. Nous appelons à une réforme constitutionnelle, à une réforme économique et à la mise en place d'une véritable solidarité sociale. Qu'y a-t-il d'extrémiste ou de radical dans tout cela ? Proposer une réforme constitutionnelle, qui pose des questions auxquelles l'Europe a répondu dès le 18ème siècle, est-il une attitude d'extrême gauche ? Ce serait plutôt une revendication libérale, que nos pseudo-libéraux n'osent pas faire.
Vous ne trouvez pas que votre appel à la réforme constitutionnelle tourne à l'obsession ?
Le problème n'est pas d'ordre académique, mais d'ordre politique, avec des conséquences concrètes. Si le Maroc est dans la situation où il se trouve aujourd'hui, c'est parce que pendant 40 ans, il a été gouverné d'une certaine manière : avec un pouvoir centralisé qui protège des agissements contraires à l'intérêt général, qui ne garantit pas l'indépendance de la justice et qui transforme le gouvernement en un groupe de fonctionnaires, simples exécutants d'un programme déjà établi. C'est cette structure du pouvoir qui doit être réformée, dans le sens d'une répartition claire des prérogatives entre le roi et le gouvernement. C'est un principe essentiel de la démocratie : le gouvernement vient des urnes et il est comptable de son action. Tant que nous n'y souscrivons pas, nous ne pouvons pas dire que nous nous dirigeons vers une démocratie.
Vous allez donc présenter aux électeurs un programme qui a peu de chances de se réaliser, puisque vous ne comptez pas participer à un gouvernement sans cette réforme qui ne semble pas venir
Lorsqu'un électeur vote, c'est pour un projet, des valeurs et des principes. Et pas uniquement pour un programme qu'il aimerait voir se réaliser dans l'immédiat. Nous ne sommes pas dans une logique d'opposition stratégique : nous ne disons pas que nous n'allons pas participer, mais que nous ne voulons pas le faire en l'absence de véritables prérogatives gouvernementales.
Mais nous continuons à militer pour une réforme constitutionnelle. Nous allons présenter un document dans ce sens au Cabinet royal dans les prochains jours. Nous ignorons quelle sera la réponse du roi. Mais si réforme il y a, nous serons prêts à participer à un gouvernement. Sinon, nous servirons quand même notre pays dans l'opposition, qui a aussi son importance dans un système démocratique.
Si vous êtes à la tête d'un gouvernement, quelle serait votre première mesure ?
Créer un grand ministère des Affaires sociales, qui conduira des actions intégrées et non pas un travail éparpillé, entre fondations, secrétariats d'Etat et opérations ponctuelles. Un ministère avec un budget conséquent et un réel projet de lutte contre la pauvreté.
L'INDH n'a-t-elle pas la même ambition ?
Il s'agit plutôt d'institutionnaliser la lutte contre la pauvreté dans le travail gouvernemental. Tout ce qui sort du cadre du gouvernement est souvent source d'inefficacité et de manque de transparence.
Quelle est la position du PSU par rapport à la laïcité ?
Au PSU, nous ne parlons pas de laïcité, mais de démocratie, de modernité, de rationalité et de droits de l'homme. Et nous parlons aussi de liberté de culte. Mais si le terme «laïcité» n'est pas mentionné, c'est pour qu'aucun de nos adversaires ne puisse en faire un argument pour nous accuser d'être contre l'islam. Mais je le répète, nous sommes contre l'utilisation de la religion à des fins politiques : l'islam est la propriété collective de tous les Marocains.
Ce n'est pas plutôt une question individuelle ?
Oui, mais collective aussi. Quand on parle d'identité marocaine, on parle d'une identité islamique, arabe et amazighe. Et dans le cadre de la gestion du champ religieux, nous pensons que le roi doit avoir un rôle moral en tant qu'Amir Al Mouminine. Parce que dans la situation actuelle du Maroc, nous ne voulons pas d'une glissade vers une fitna. |
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