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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

Événement. Des prix et des notes

L’équipe de Nextline.ma,
organisatrice des Mghrib
Music Awards.
(DR)

Le 24 février prochain se tiendront les premiers Mghrib Music Awards, une manifestation récompensant des artistes de la nouvelle scène musicale marocaine. Derrière le projet, quatre filles et deux garçons passionnés de musique alternative.


Meryem Saâdi trépigne de joie. Elle vient de recevoir un coup de téléphone d'une journaliste de L'Express. Cette dernière, séduite par l'idée des Mghrib Music Awards, veut parler de l'évènement en préparation dans les pages de l'hebdomadaire français. Ce sera une nouvelle coupure de presse à rajouter au dossier, aux côtés des
nombreux articles parus dans les titres marocains, annonçant l'évènement dédié aux musiques alternatives, et devant récompenser les meilleurs artistes, albums et clips de l'année 2006, lors d'une cérémonie au théâtre Mohammed V de Rabat, le 24 février prochain.

2M devrait d'ailleurs couvrir l'évènement pour un 26 minutes, qu'elle diffusera à l'occasion de la Fête de la musique, le 21 juin prochain. Et pourtant, entre cette consécration médiatique et la genèse du projet, que de chemin parcouru, jalonné par les contacts avec les artistes de la nouvelle scène et le forcing auprès des sponsors.

“C'était fin août. Je déprimais devant la télé en regardant la cérémonie des MTV Awards. Je me suis soudain demandé : pourquoi pas la même chose chez nous ?”, se souvient Meryem, étudiante en journalisme à l'Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC). C'est ainsi que sont nés, un jour de désoeuvrement estival, les Mghrib Music Awards.

Une idée que la jeune fille a vite fait de partager avec quelques amies. Également journalistes en herbe à l'ISIC, Layal Rhanam et Karima Chakiri adhèrent tout de suite, tandis que Ayla M'rabet, étudiante en communication, vient compléter le quatuor. “Nous étions attablés au café maure des Oudayas, avec de jeunes militants d'Amnesty Maroc. Quand Meryem nous a parlé des Mghrib Music Awards, nous avons été immédiatement enthousiastes. J'ai vite oublié les droits de l'homme pour me concentrer sur la meilleure manière de donner corps à ce projet”, avoue, un peu honteuse, Layal. Dès mi-septembre, en parallèle à leurs études, le club des 4 répartit les tâches. Meryem et Karima démarcheront les sponsors, Layal s'occupera des médias et Ayla fera l'interface avec les artistes. Et dans l’ombre, Yassine Alioulla (alias Yaxx), concepteur 3D, se chargera du graphisme de l’événement avec Younes Erami, webmaster de Nextline.com.

Un pc, un vote
Si les quatre filles se sont lancées dans l'aventure avec l'optimisme de la jeunesse, elles ne sont cependant pas vierges dans le domaine musical. Ayla M'rabet et Meryem Saâdi font partie d'un groupe de rock “Glam Insane” et connaissent bien la scène métal et fusion depuis leurs années lycée. Elles sont également, avec Layal et Karima, les animatrices du webzine Nextline.ma, portail qu'elles ont lancé en avril 2006 et dédié à tous les genres musicaux alternatifs marocains. Les quatre mousquetaires sans moustache ont également bénéficié d'une formation accélérée dans l'évènementiel au contact du fameux Boulevard : “Nous étions leurs attachées de presse pour l'édition 2006. Cela nous a permis de bénéficier de l'expérience des organisateurs, d'étoffer notre carnet d'adresses et d'étendre notre réseau musical à toutes les villes marocaines”, fait remarquer Meryem Saâdi. Dans les coulisses du Boulevard, les quatre jeunes filles découvrent également que la nouvelle scène marocaine, aussi jeune soit-elle, est déjà minée par des conflits d'ego et des guéguerres régionales entre musiciens casablancais, r'batis, meknassis ou fassis. Les filles s'interrogent : comment éviter les protestations qui accompagnent chaque année l'annonce des gagnants du Boulevard et qui risquent de frapper aussi les futurs Mghrib Music Awards ? Elles ont une solution toute trouvée : le site nextline.ma. “Pour éviter l'écueil du jury qui aurait pu être accusé de partialité, nous avons décidé d'organiser le vote par Internet”, explique Meryem.

Du rêve à la réalité
Ce premier souci réglé, dossier sous le bras, la fine équipe démarche, début décembre, médias et sponsors. Hit radio, aux ondes inondées par la musique de la nouvelle scène, saute sur l'occasion pour affirmer davantage son image “djeun's”. “Il était essentiel pour nous d'avoir une radio en soutien. L'un des critères de sélection des groupes étant que leur morceau soit diffusé sur les ondes. C'était un moyen de contourner un autre écueil : nous n'avions pas le temps ni les moyens d'écouter la production pléthorique et assez inégale qui pullule sur le Net”, analyse Meryem. “C'était plus difficile avec les sponsors. Certains nous ont pris de haut, nous prenant pour des gamines qui n'avaient pas la compétence nécessaire”, s'indigne Layal. En revanche, dès le lancement des votes le 31 décembre dernier, le Web musical et alternatif s'enthousiasme pour les Mghrib Music Awards. En moins d'un mois, plus de 22 000 votes ont été recueillis. Les Mghrib Music Awards deviennent un sujet de débat sur les forums, alors que sur les blogs, chacun défend sa chapelle et milite pour son artiste préféré : Bigg est-il définitivement le meilleur avec son album Maghrba tal mout ? Bghini oula Krehni de Muslim lui est-il supérieur ? On s'interroge à profusion, on polémique avec la mauvaise foi propre aux passionnés. Au petit jeu de la campagne électorale, Zanka Flow se montre le plus agressif. Nominé pour leur vidéo “homemade” Hah, diffusée sur youtube.com, le groupe de rap tangérois fait du lobbying sur la Toile. Le Web étant sans frontières, le site nextline.ma se retrouve vite débordé par les mails de rappeurs marocains vivant en Europe, qui se plaignent de ne pas avoir été sélectionnés. Meryem Saâdi se défend : “À l'étranger, le contexte est plus favorable aux nouveaux groupes et les moyens de se produire sont plus faciles à trouver. Sinon, on se serait retrouvé à sélectionner Lazywall alors qu'ils ont enregistré avec l'ancien producteur de Nirvana. Cela n'aurait rimé à rien”. À moins de 15 jours de l'évènement, le quatuor est toujours en attente de la réponse de deux marques de téléphones mobiles, intéressées par le sponsoring de l'évènement. Si c'est niet, les filles boucleront leur budget grâce à de petits sponsors qui piaffent d'impatience de prendre en marche le train des Mghrib Music Awards. Arrivée en gare prévue pour le 24 février à Rabat.



Micmac. Awards par-ci, awards par-là

Une cérémonie à la gloire de la nouvelle scène peut en cacher une autre. Programmés le 22 février prochain au Mégarama de Casablanca, les Motorola Rap & Fusion (MRF) sont venus faire de la concurrence au bébé de Nextline.ma, prévu deux jours plus tard. Pour expliquer ce quasi-chevauchement de dates, Abderrazak Moufid, de Eden'com, agence de communication en charge de l'organisation des MRF, déclare que “le Mégarama n'avait aucune autre date disponible”. S'étant invité à la conférence de presse de présentation du MRF, le quatuor féminin du site alternatif a, de plus, reproché à Eden'com de leur avoir “volé leur concept”. Négation des intéressés qui ont affirmé préparer la cérémonie depuis des mois. Le fessier entre deux chaises, des membres de la nouvelle scène, également présents, se sont lancés dans un débat sur l'opportunité de deux évènements concomitants et presque similaires. Certains la justifiant au nom de la visibilité médiatique, d'autres la vilipendant au nom de la “récup' commerciale”. Sélectionné dans la rubrique meilleur morceau rap, le groupe Fnaïre a déclaré, au cours de la conférence de presse, se retirer de la compétition Motorola car “on ne peut pas nous remettre un prix en 2006 pour un morceau sorti en 2003”. “Pour une première édition, nous devions aussi rendre hommage à tous ceux qui se sont battu depuis des années pour imposer une nouvelle scène”, justifie pour sa part Imad Mouhib, directeur marketing de Motorola. En boycottant la cérémonie du Mégarama, le groupe de rap marrakchi emboîtait le pas à Barry, qui avait, plus tôt dans l'après-midi, décliné sa sélection dans la catégorie Fusion. Rendez-vous donc les 22 et 24 février pour les deux cérémonies. Dieu y reconnaîtra peut-être les siens…

 
 
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