Richesses. Fonctionnaires, rien à déclarer ?
Enquête. L'histoire secrète des "Afghans marocains"
Tanger. Sur les traces de Marrakech
Histoire. Les années de plomb version amazighe
Portrait. "Akhi l'fellah"
Congrès. À mort, la peine de mort !
Chine. Hu Jintao l'Africain
Poste Maroc. Le facteur en tenue de banquier
Événement. Des prix et des notes
Mohamed Majd. Le(s) film(s) de sa vie
Spectacle. Debout pour Naïda !
N° 260
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia

Cinéma.
Mohamed Majd. Le(s) film(s) de sa vie


(DR)

Amoureux du théâtre et ancienne gloire des Jil Jilala, Mohamed Majd fait aujourd'hui partie des monstres sacrés du cinéma marocain. Retour sur la riche carrière cinématographique de l'acteur, à travers quelques films commentés par l'intéressé.


Son grand amour, c'est le théâtre. C'est sur les planches qu'il a démarré sa carrière et qu'il aurait aimé la finir. “Mais le théâtre est mort, dit-il, le jour où l'on a décidé de le subventionner. La passion y a cédé la place à l'argent”.

À travers le théâtre, il s'est amouraché de la musique. Le temps d'une petite décennie où il a accompagné la naissance et la gloire des Jil Jilala. Et entre les deux, il y eut le cinéma. Un art que Mohamed Majd a abordé avec exigence, pour ne pas dire intransigeance. Après avoir tourné deux courts-métrages, il disparaît du grand écran. Pendant plus de 20 ans, il vit de participations à des productions étrangères (plus de 80, jusqu'à aujourd'hui). Et au cinéma marocain, il préféra souvent la petite lucarne : “On n'avait pas de scénaristes, et trop peu de réalisateurs pour prétendre à un cinéma de qualité”. Dans les années 90, le cinéma marocain ne trouve toujours pas grâce à ses yeux. “C'était encore un bébé, résume-t-il, et on ne joue pas avec les bébés”. Ce n'est qu'en 2001 que Mohamed Majd accepte enfin de participer à un film marocain.

Ali Zaoua marque un tournant dans la carrière de Majd. Le cinéma ne le lâchera plus. Car Mohamed Majd n'a jamais cherché les rôles, ce sont les rôles qui sont venus chaque fois le chercher, au fil des rencontres. Ali Zaoua de Nabil Ayouch, Le cheval de vent de Daoud Oulad Syad, Mille mois de Faouzi Bensaïdi, Le grand voyage d'Ismaïl Ferroukhi… Au-delà des films, Mohamed Majd préfère plutôt raconter les rencontres.



Al Borak. De Abdelmajid Rchiche, 1973

“C'est le deuxième court-métrage de Rechiche. D'ailleurs, Al Borak est à mon sens le “préquel” de Forêt. Les personnages se rejoignent et s'expliquent. Après la mort de son père, Messaoud part s'installer sur les terres familiales et se retrouve face à des inconnus qui les exploitent et usent de tous les artifices pour se les approprier. Messaoud, comme Moha dans Forêt, subit les autres. Ils sont tous les deux inoffensifs, naïfs, dépassés par la vie. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que ce deuxième court s'intitulait Al Borak, en référence à l'ange. Rechiche percevait son personnage comme un ange, lésé dans sa vie parmi les humains. J'ai aimé cette approche”.



Forêt. De Abdelmajid Rechiche, 1970.

“Mon premier pas dans le cinéma. Jusque-là, je vivotais entre le théâtre, mon premier amour, et la télévision, pour laquelle j'avais, entre autres, tenu le premier rôle dans le feuilleton Attadhya en 1965. Et puis Abdelmajid Rechiche m'a parlé de son court-métrage. Mon premier personnage dans le cinéma était donc Moha, un gars du peuple, un homme ordinaire qui tue sa femme accidentellement, après une violente scène de ménage. Pris de panique, il prend la fuite. Ce qui m'avait touché dans ce court-métrage, c'était son côté fantasmagorique. Le rêve que beaucoup d'hommes ont dû vivre : tuer sa femme, passer à l'acte. Il a d'ailleurs valu à Rechiche un prix au festival de Carthage en 1970. Juste après Forêt, j'ai commencé à prendre des petits rôles dans des productions étrangères tournées au Maroc”.



Le Message (Arrissala). De Mustapha Akkad, 1976

“Le film était tourné entre le Maroc et la Libye. On avait terminé la partie marocaine, et on se préparait à partir pour Londres, pour une petite escale avant de nous diriger vers la Libye. Avec Mohamed Miftah et Hassan Sqalli, nous n'avions pas de passeports valides. Il a fallu les refaire et, à l'époque, cela relevait presque de l'impossible. En arrivant devant les services concernés, on nous a interrogés sur le pourquoi du voyage à l'étranger. J'ai naturellement expliqué que nous devions partir pour Londres puis la Libye pour la suite du tournage du Message. Il se trouve qu'à ce moment, les relations entre le Maroc et la Libye étaient tendues. On nous a donc refusé les passeports. Seul Hassan Sqalli a obtenu le sien, en faisant intervenir son frère, colonel dans l'armée si ma mémoire est bonne. Nous autres, sans coup de piston, sommes restés et Mustapha Al Akkad a dû remodeler le scénario pour l'ajuster à cette nouvelle donne”.



Ali Zaoua. De Nabil Ayouch, 2001

“C'est la première fois que j'ai cru en un film marocain. à l'époque, je ne connaissais pas Nabil Ayouch. Il m'a remis le scénario. J'ai été séduit dès la première lecture. Je me suis senti très proche du personnage, parce que je suis casablancais et que je viens des bas-fonds de cette ville. Le personnage vivait dans ce même Casablanca de la rue et de ses enfants. Ensuite, le film racontait une réalité que je côtoyais tous les jours et qu'on n'avait encore jamais abordée à l'écran. Et pour finir, le scénario était bien écrit. Le scénario est une forme d'écriture à part entière. Elle ne s'improvise pas. Le réalisateur trouve certes l'idée, mais ce n'est pas suffisant. Il lui faut la scénariser. C'est cela qui a toujours manqué et qui manque encore au cinéma marocain. Avec Ali Zaoua, je jouais dans un vrai film, fait dans les règles de l'art. Et puis c'est le premier film marocain qui a transcendé toutes les frontières. Il a été jusqu'en Australie”.



Le cheval de vent. de Daoud Oulad Syad, 2002

“C'est toute l'histoire de ma rencontre avec Daoud Oulad Syad et Faouzi Bensaïdi. Au début, c'est Mohamed Miftah qui était pressenti pour le rôle de Tahar. Quand Miftah a lu le script, il a été voir Daoud pour lui suggérer de me donner le rôle. Un jour, Daoud est venu frapper à ma porte, caméra sur l'épaule, et m'a demandé de lui jouer un petit texte. Quand j'ai fini, il a dit à son assistant : “J'ai l'impression d'entendre ce texte pour la première fois”. On a ensuite parlé des autres distributions. Je voulais savoir qui me donnait la réplique. C'est une règle à laquelle je tiens : si je ne connais pas l'acteur auquel je donne la réplique, je refuse le rôle. Il se trouve qu'avec Faouzi Bensaïdi, le courant est tout de suite passé. J'ai aimé tourner avec Daoud Oulad Syad car il sa propre approche du cinéma. Il est capable de commander une bande-son sans jamais l'utiliser ou de se contenter de trois à quatre minutes de musique sur tout le film. En plus, le personnage de Tahar m'avait obsédé. Après cette rencontre, Daoud a écrit Tarfaya en pensant à moi. Il m’a aussi proposé le rôle principal dans En attendant Pasolini, dont le tournage démarrera en mars”.



Mille mois. de Faouzi Bensaïdi, 2003

“Ahmed est l'un des plus beaux rôles qu'il m'ait été donné de jouer. Je connaissais Faouzi Bensaïdi depuis notre collaboration sur Cheval de vent. Très vite, nous étions devenus amis. Faouzi est un vrai passionné et c'est très important pour créer des œuvres de qualité, pour transmettre de la sensibilité. On n'en croise pas beaucoup. C'est d'ailleurs sur le plateau même de Cheval de vent que tout s'est joué. Faouzi avait commencé à imaginer le scénario de «Mille mois» pendant le tournage du film de Daoud Oulad Syad. Il a écrit le rôle d'Ahmed, le grand-père, sur mesure pour moi. Je me suis senti très proche de ce personnage. Il m'a touché, ému”.



Le grand voyage. d'Ismaïl Ferroukhi, 2004

“J'avais entendu parler du Grand voyage durant sa préparation. Je me souviens que le casting était ouvert depuis plus d'un an, mais je ne voulais pas le passer, parce qu'on m'avait dit que Abdelhay Laraki en assurait le service au Maroc. Le destin en a décidé autrement. J'étais en Syrie sur le tournage d'un feuilleton arabe. Un soir, en appelant chez moi, on m'a rapporté qu'un producteur français était à ma recherche. Il avait vu le Cheval de vent, alors en compétition au festival de Damas. Cela faisait un an qu'il cherchait un acteur pour ce personnage. On s'est donné rendez-vous au Liban. Le reste s'est fait naturellement. J'ai adoré le personnage et je retrouvais dans le casting Nicolas Cazalé, avec lequel j’avais tourné dans un téléfilm, Le chemin de l'oued de Gaël Morel. Avec Ali Zaoua, Le Grand voyage, est l'un des deux films que je considère comme du vrai cinéma, et qui font honneur au 7ème art marocain”.



Syriana. de Stephen Gaghan, 2005

“Encore un hasard. On m'a présenté l'assistant de Stephen Gaghan au Festival de Marrakech. Il m'a parlé du projet du film et m'a demandé si j'étais intéressé par une participation. J'ai demandé à voir. Des semaines sont passées, j'avais presque oublié. Puis un jour, une société de production marocaine m'a contacté pour un rôle dans une production étrangère. Je suis allé passer le casting. Et là, la responsable du casting, une anglaise, m'a ressorti la fameuse rencontre à Marrakech. Il s'est avéré que c'était le même film. Ce n'était pas grand-chose. Ma part du contrat consistait en tout et pour tout en 4 heures de travail. Ceci dit, il avait l'air de considérer le rôle comme compliqué. J'ai d'abord demandé à voir le scénario. J'avais besoin de m'assurer que le contenu n'allait pas susciter de polémiques. On a tourné les quatre heures comme prévu et, avant de partir, George Clooney est venu me remercier de mon coup de main pour ses textes en arabe. Deux mois plus tard, je recevais un colis chez moi, un cadeau et un délicieux mot de remerciements. Ce sont des choses qui font plaisir”.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés