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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Poste Maroc. Le facteur en tenue de banquier

Une agence casablancaise
de Poste Maroc.
(DR)

En décrochant la bénédiction des autorités financières pour un futur statut de banque et en rachetant une société de crédit, Poste Maroc fait un pas de géant dans son processus de transformation.


“Deux colis pour une livraison !”, diraient les facteurs pour commenter ce début 2007 pour Poste Maroc. L'institution vient en effet de signer deux accords qui devraient lui permettre de changer complètement de visage. D'abord, elle obtient son sésame pour prétendre au statut de banque. L'accord-cadre signé avec le premier ministre promet la
création de la Banque Postale en 2008. Le deuxième accord porte, de son côté, sur le rachat d'une participation conséquente dans Sofac Crédit, société de crédit à la consommation.

Poste Maroc semble ainsi bien engagée pour mener sa mutation. Objectif : devenir une véritable entreprise capable d'offrir une infinité de services. Cela va du traditionnel transport de courrier, à la possibilité d'ouvrir des comptes de placements pour les clients, en passant par le transport rapide de marchandises et de colis. Des ambitions qui s'inspirent fortement du modèle de la Poste française, qui a connu un franc succès depuis sa transformation en banque postale en 2006. À l'époque, au Maroc, on en était à peine au dépoussiérage de la vieille dame, qui venait de troquer l'appellation Barid Al-Maghrib pour Poste Maroc, patronyme davantage dans l'air du temps. Le changement de nom est bien entendu accompagné d'un nouveau logo, aux couleurs universelles des facteurs, et d'un lifting, léger mais bienvenu, des bureaux de poste.

Il faut dire qu'à l'époque, la Poste pouvait s'offrir cette petite cure de jouvence. L'année 2004 s'était soldée par un retour à la croissance, après deux exercices difficiles, dont les résultats étaient plombés par la facture des départs volontaires. L'année 2005 sera encore plus faste, avec une véritable envolée de l'activité. Le chiffre d'affaires est porté à près de 1,3 milliard de dirhams, essentiellement propulsé par les services financiers. Ces derniers progressent de plus de 20% et pèsent désormais 45% du chiffre d'affaires global de Poste Maroc (contre 28% en 2002). Les nombreux produits et services lancés en partenariat avec des établissements financiers réalisent des records absolus. Exemple : la bancassurance a enregistré 15 000 contrats, alors que l'institution postale n'a commercialisé cette famille de produits que pendant deux mois en 2005. L'année connaît aussi l'émission de plus de 300 000 cartes monétiques et l'ouverture de 858 000 comptes de chèques postaux. La Caisse nationale d'epargne compte, de son côté, 2,5 millions de clients et 10,5 milliards de dirhams d'encours gérés. Pas mal pour une entreprise publique dont le métier de base est… le courrier !

Coup d'accélérateur
Avec de telles performances, le pôle financier est devenu logiquement le vrai gisement de croissance de la Poste. De là à envisager une transformation en banque, il n'y avait qu'un pas… bientôt allègrement franchi par les gestionnaires des affaires publiques. La refonte commence par le sommet de l'organigramme : Mohamed Wakrim part à la retraite et cède son fauteuil à un nouveau directeur, fraîchement arrivé du privé. Anas Alami, co-fondateur d'Upline Securities (une banque d'affaires renommée), se présente comme la personne idoine pour conduire la mutation de l'institution. “La nomination d'Anas Alami montrait clairement l'ambition du gouvernement de créer une banque postale. Quand on va chercher l'un des meilleurs analystes du secteur bancaire du pays, ce n'est pas pour gérer les services de poste”, confie ce banquier. Et le processus se déclenche clairement aujourd'hui. Le contrat signé en janvier dernier avec l'Etat prévoit la transformation de la Poste en société anonyme dans moins d'un an, étape nécessaire pour lui permettre d'accéder au statut de banque à l’horizon 2008. Une perspective qui ne devrait pas être sans conséquence sur le secteur bancaire, comme ce fut le cas sur le marché français, avec l'arrivée de la banque postale. Poste Maroc a en effet les atouts pour bousculer les établissements bancaires les mieux installés du royaume. À commencer par son large portefeuille de clientèle, constitué à travers les chèques postaux et les comptes d'épargne, qui n'est pas à sous-estimer. De plus, le potentiel de croissance reste significatif, puisque le taux de bancarisation n'arrive toujours pas à dépasser les 20%. Mais la carte maîtresse de l'ancien Barid Al-Maghrib reste l'étendue de son réseau de bureaux (et donc de futures agences), qui lui permet d'avoir une présence dans les régions les plus reculées. “La Poste dispose d'une puissance de distribution incomparable. Son réseau d'agences dépasse le nombre d'agences cumulé de toutes les autres banques marocaines. D'ailleurs plusieurs établissements financiers utilisaient jusque-là les agences de la Poste comme plate-forme de commercialisation de certains de leurs produits”, explique ce banquier. En effet, avec 1673 points de contact à travers le royaume, la Poste dépasse de loin le réseau d'agences du leader du marché bancaire, Attijariwafa bank (environ500 agences), mais aussi celui de la Banque populaire, banque au réseau le plus étendu (600 agences).

Un sérieux challenger
En basculant vers le statut de banque, la Poste pourra ainsi élargir son offre à de nouveaux produits porteurs et rémunérateurs, comme le transfert d'argent, les cartes de paiement ou le crédit à la consommation, avec la récente prise de participation dans Sofac. Toutefois, pour l'heure, rien n'est encore défini. “Il est trop tôt pour dévoiler l'offre de nos services financiers. Les études sont toujours en cours”, se contente d'affirmer Anas Alami. Le DG de Poste Maroc veut visiblement se donner du temps avant de dévoiler sa stratégie. D'ailleurs, même pour le rachat de Sofac, la CDG lui a consenti un délai de quatre mois avant de passer à la caisse. L'échéance coïncide avec l'annonce des résultats 2006, qui devront confirmer l'élan de croissance de l'institution.

Mais pour réussir une véritable percée dans le secteur bancaire, Poste Maroc aura bien d'autres défis à relever. Malgré le changement de nom et le nouveau logo, elle garde toujours une image vieillotte d'établissement pour “pauvres”. “À l'image de son homologue française, Poste Maroc devra impérativement conquérir un nouveau segment de marché, en lançant une grande variété de nouveaux produits destinés principalement aux jeunes”, explique ce banquier. Elle devra aussi prétendre à une plus grande autonomie. “À l'heure où Poste Maroc confie toujours une bonne partie de ses ressources à la CDG, il est difficile de l'imaginer lancer des produits de placement, qui ont fait le succès de la Banque Postale française”, ajoute le banquier. Mais le véritable écueil qui attend la Poste sur le chemin de sa mutation reste d'ordre culturel : comment effacer des décennies de réflexes bureaucratiques et les remplacer par des pratiques fondées d'abord sur l'efficacité ? “Notre objectif est de passer avec les usagers à une relation clients et troquer la mentalité d'administration pour celle d'entreprise”, ne cesse de répéter le patron de la Poste. Un chantier qui ne fait que s'ouvrir…



Courrier. Le cœur de métier stagne

L’activité courrier représente toujours 54% du chiffre d'affaires de Poste Maroc. Seulement, le métier connaît une stagnation, avec une progression limitée à 3% en 2005. Le plan de développement prévoit ainsi de nombreux investissements de modernisation. “Il est inacceptable de ne pas pouvoir s'engager sur un délai ferme pour la transmission du courrier. Il y va de la crédibilité du service et de l'institution”, s'élève Anas Alami. Pour améliorer ce service, une mise à niveau du système d'information est engagée. D'autre part, un centre d'automatisation du tri est en cours d'installation à Casablanca. Ce projet, mené avec l'assistance de la poste portugaise, devrait permettre de ramener le temps d'attente de 20 minutes actuellement à 4 minutes. Le développement de ce pôle constitue une réelle priorité pour l'établissement. Et pour cause : l'accord-cadre avec le gouvernement prévoit aussi une loi sur la régulation du secteur postal. Poste Maroc est condamnée à renoncer à son statut de juge et partie. Une situation qui a déjà fait grincer des dents ses concurrents dans l'activité de la messagerie : ces derniers sont allés jusqu'à saisir le Conseil de la concurrence pour protester contre les redevances versées à la Poste.



Employés :
8040
Agences : 1673
Objets traités : 269 millions
Comptes de chèques postaux : 858 000
Comptes d'épargne : 2 345 000
Chiffre d'affaires : 1273 millions de dirhams

 
 
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