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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Urbanisme.
Tanger. Sur les traces de Marrakech
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Projets grandioses, investissements colossaux et pipolisation galopante
Tanger est lancée dans une course effrénée au développement, impulsée par le roi lui-même. Mais à quel prix ?
Marrakech n'a qu'à bien se tenir. La plus tendance des villes marocaines est en train de voir émerger une redoutable rivale : Tanger. Il y a des signes qui ne trompent pas. De plus en plus de people, qu'on avait plutôt l'habitude de croiser dans les ruelles de la cité ocre, se sont tournés vers la ville du détroit. C'est le cas de Bernard-Henri Lévy, de la princesse de Mérode ou encore du chanteur
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français Renaud, qui s'y sont offert chacun un (immense) pied-à-terre. Des rumeurs persistantes avancent que Michael Schumacher, pilote de Formule 1 à la retraite, aurait acquis un bout de terrain tangérois. Cette pipolisation, qui rappelle l'âge d'or du Tanger international, est en tout cas largement relayée par les médias internationaux. Ce n'est pas encore la ruée, modère Francesca, jeune décoratrice d'origine italienne et agent immobilier à ses heures perdues. Mais il est vrai que la ville attire de plus en plus l'attention. Les gens sentent qu'il y a une réelle volonté de sortir cette ville mythique de sa torpeur.
L'empreinte Mohammed VI
Tanger est comme une femme trop longtemps délaissée, et qu'on essaie aujourd'hui de reconquérir en la comblant d'attentions. L'image, citée par un jeune architecte, est on ne peut plus juste. Longtemps dédaignée par Hassan II, Tanger a récupéré ses lettres de noblesse avec l'arrivée de Mohammed VI au trône. Contrairement à son père, le jeune souverain apprécie particulièrement la région du nord, où il se rend notamment pour ses vacances estivales.
Pour son premier voyage tangérois officiel, il avait d'ailleurs convié à sa table, lors d'un dîner privé, quelques membres de la société civile locale. Ces derniers, déjà surpris par l'invitation, le seront encore davantage par la tournure que prendra l'entretien avec leur hôte royal. Sa Majesté voulait tout savoir des problèmes quotidiens des Tangérois. Nous avons parlé de différentes questions, du ramassage des ordures au transport public, en passant par l'administration. Nous avons su par la suite qu'il s'était déplacé lui-même, incognito, pour visiter les endroits mentionnés, raconte Rachid Taferssiti, président d'Al Boughaz, une association dédiée à la sauvegarde du patrimoine de la ville.
Le style Mohammed VI s'invite donc petit à petit dans le paysage tangérois. Les premières années de son règne, il s'agissait avant tout d'une sorte de réconciliation, explique cet entrepreneur. Le véritable décollage n'a eu lieu que fin 2002, avec l'annonce du projet Tanger Méditerranée. C'est à partir de ce moment-là que tout le monde a saisi le sérieux de cette nouvelle donne. Confirmation en 2004, avec la nomination du nouveau wali, Mohamed Hassad, auréolé d'un bilan flatteur à Marrakech et coiffé du surnom de bâtisseur. En nommant l'un de ses lieutenants les plus compétents, analyse notre entrepreneur, Mohammed VI envoie un signal très fort à la population comme aux investisseurs.
Tanger, la renaissance
Et les résultats se font visibles. Tanger vit actuellement une véritable métamorphose : les grandes artères ont été entièrement réaménagées et les espaces verts se sont multipliés. La corniche a également eu droit à un lifting : les constructions illégales qui cachaient la vue sur Gibraltar ont été rasées. Même la fameuse odeur nauséabonde, due à d'éternels problèmes d'évacuation des eaux usées, a quasiment disparu.
Entre-temps, les investisseurs semblent avoir repris confiance dans le produit Tanger : étrangers comme Marocains se bousculent au portillon. Le volume d'investissements pour l'année 2006 a connu un pic à 25,88 milliards de dirhams, contre 5,93 milliards de dirhams en 2004. Car en plus d'être devenue un important pôle industriel, Tanger veut se replacer sur l'échiquier touristique. Dans les années soixante, Tanger était la première destination du pays, explique Jelloul Samsam, directeur du Centre régional d'investissement de la ville. Aujourd'hui, elle se place en quatrième position. C'est une situation anormale qu'il faut changer. Dont acte. On parle de passer des 7000 lits actuels à 22 000 à l'horizon 2012. Et les gros chantiers sont lancés par dizaines : hôtels, parcours de golf, spas, marinas et autres aquariums géants. Et rien n'est trop beau pour la princesse du nord, qui ambitionne aussi d'accueillir l'Exposition universelle de 2012 (voir encadré).
Les premiers à profiter de ce boom sont bien évidemment les entreprises du BTP. L'activité a même du mal à suivre : nous sommes à court de ciment, mais aussi de main d'uvre, souligne l'entrepreneur immobilier Othmane Mernissi. À tel point que nous avons commencé à engager des femmes. Et il n'y a pas que dans le bâtiment qu'on se frotte les mains. C'est toute l'activité économique de la ville qui se retrouve revigorée, comme en attestent les statistiques de création d'entreprises : de 491 en 2004, le nombre de nouvelles entreprises est passé à plus de 1200 en 2006 !
Développement ? Oui, mais
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des Tanger ? Pas exactement. L'hystérie collective qui touche l'immobilier a provoqué une affolante hausse des prix, aggravée par les spéculateurs. Ce n'est certes pas la folie de Marrakech. Mais au rythme où vont les choses, on risque bientôt d'y arriver, constate un agent immobilier de la place. Dans la médina, de minuscules maisons, qui se vendaient il y a quelques années à moins de 300 000 dirhams, ont vu leur prix plus que doubler. Pire, le mètre carré sur certaines artères de la ville est passé en cinq ans de 3000 à 20 000 dirhams. Fatalement, les loyers suivent à la hausse, poussant les moins nantis vers la périphérie. Une périphérie où l'habitat insalubre gagne du terrain, à la faveur de l'exode rural. Attirés par une activité en expansion, de plus en plus de paysans quittent leurs villages pour se construire des baraques de fortune à la périphérie de la ville.
Mais ce qui inquiète de nombreux acteurs associatifs, c'est cette frénésie de développement qui risque de tout emporter sur son passage. J'ai peur que la stratégie du 'tout développement' se fasse au détriment des repères architecturaux et historiques de Tanger. Surtout que les nouveaux arrivants ne se gênent pas pour tout transformer, tout dénaturer
. À commencer par ces fameux people qui, tout en donnant à la ville un cachet hype, contribuent à dégrader son cachet originel. Dernier fait en date : Bernard-Henri Lévy a obstrué une partie de la vue du mythique café Hafa, dont il est le prestigieux voisin, pour offrir plus d'intimité à la belle Arielle. Sans que personne ne trouve à y redire
L'animation culturelle n'a pas non plus suivi le rythme. La ville est toujours relativement dépourvue d'infrastructures (peu de salles de cinéma, pas de théâtre digne de ce nom) et les manifestations culturelles se font rares. Surtout, la hantise du syndrome Marrakech est sur toutes les lèvres. Les Tangérois craignent que leur ville ne se transforme en un cocktail détonnant de jet-setters, de misère et de tourisme sexuel. Il est temps de lancer une réflexion sur l'avenir de Tanger, souligne Othmane Mernissi. Et de se poser une question essentielle : que sommes-nous prêts à sacrifier pour le développement de la ville ?. Le débat est lancé. |
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Exposition universelle 2012. Tanger : candidate royale
Cest Mohammed VI en personne qui a lancé l'idée de la candidature de Tanger, pour accueillir l'Exposition universelle de 2012. Et à l'instar de toutes les villes qui ont eu l'occasion de l'organiser, cet événement pourrait entièrement chambouler l'image de Tanger. L'expo 2012 pourrait être non seulement une locomotive pour le développement de toute la région, mais aussi la meilleure manière pour Tanger de refaire surface à l'échelon international, argumente Jelloul Samsam, directeur général du CRI de Tanger. L'événement, qui se déroulera du 16 juin au 16 décembre 2012 et auquel participeraient 80 pays exposants, devrait attirer quelque 6 millions de visiteurs. Pour le moment, la campagne de candidature semble être bien engagée, puisqu'elle vient d'attirer au sein de son comité de soutien l'ancien secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros Ghali, l'ancien directeur général de l'UNESCO, Federico Mayor, en plus de l'ex-premier ministre français Michel Rocard. Tanger, qui a pour concurrents Cracovie (Pologne) et Yeosu (Corée du sud), sera fixée sur son sort en décembre 2007. On croise les doigts
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