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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri

Chine. Hu Jintao l’Africain

(AFP)

En tournée dans huit nations africaines, le président chinois Hu Jintao a confirmé l'ambition de son pays avide de ressources : investir l'Afrique.


La Chine l'a bien compris : l'Afrique, malgré les clichés misérabilistes qui lui sont associés, est un puits de richesses. Et depuis plusieurs mois, la quatrième puissance économique mondiale, avide de ressources, a lancé une offensive tous azimuts sur le continent. Principal objectif : l'accès au pétrole et aux matières premières. Car l'Afrique offre surtout la solution au problème énergétique de Pékin,
confronté à une baisse de la production chez son fournisseur traditionnel indonésien, à des perspectives décevantes du côté de la Mer Caspienne et, en dehors de l'Iran, à un accès plus difficile au Moyen-Orient, largement contrôlé par les Etats-Unis. L'Afrique, c'est peut-être la clé à la dépendance énergétique chinoise. Et assurément, en dépit de ses problèmes politiques, économiques et sociaux, un débouché pour ses produits bon marché, en particulier dans le secteur textile.

Un potentiel économique ignoré par l'Occident, rebuté par l'image négative de l'Afrique : progression rapide du sida, guerres chroniques, pauvreté, corruption… La Chine, elle, mise sur une stratégie à long terme. Pékin propose son savoir-faire, sa main-d'oeuvre, des prêts à taux réduits et moult autres avantages. Pour convaincre les pays africains des bénéfices d'un partenariat, l'empire du milieu ne lésine pas sur les moyens. Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, Hu Jintao a fait de l'Afrique une de ses priorités en matière de coopération. Et sa visite dans huit pays africains, achevée il y a quelques jours, a été l'occasion d'un déluge de promesses en tout genre (construction d'écoles, d'hôpitaux…), mais aussi d'actes concrets. Pékin a ainsi annoncé des investissements à hauteur de 800 millions de dollars en Zambie assortis de l'annulation de sa dette. Au Libéria, la Chine a également annoncé un effacement total de la dette et un don, “d'ici deux ans”, de 25 millions de dollars. En Afrique du Sud, première puissance économique du continent, le président Hu a promis une relation “gagnant gagnant”. “Contrairement aux anciennes puissances coloniales, souvent présentes dans leurs anciennes colonies, ce qui est fascinant pour la Chine, c'est que sur l'ensemble du continent, il n'y a pas un pays auquel ils ne s'intéressent pas”, estimait déjà, il y a quelques mois, Antoine Glaser, rédacteur en chef de La Lettre du continent, spécialiste de l'Afrique.

Des relations critiquées
Néo-colonialisme. C'est pourtant ce que lui reprochent de nombreux acteurs sur la scène africaine. Car la présence croissante de la Chine sur le continent ne va pas sans critiques. En Zambie, les sentiments antichinois étaient à vif au moment de la visite du président Hu, dont les compatriotes sont accusés d'exploiter à bas prix les travailleurs locaux et de piller les gisements de minéraux. “Nous en avons ras-le-bol (des Chinois)”, a lancé Joyce Nonde, président de la Fédération des syndicats de Zambie, la première confédération syndicale du pays.

On reproche également au pouvoir chinois de ne pas hésiter à entretenir des relations avec des pays vilipendés par la communauté internationale, comme le Soudan. La visite de Hu Jintao à Khartoum avait suscité beaucoup d'attentes : Pékin, de plus en sensible à son image, paraissait prêt à utiliser ses relations solides avec le gouvernement soudanais pour tenter de mettre fin aux conflits qui ravagent le pays. Mais ces espoirs ont été déçus. Le géant asiatique, qui absorbe près des deux tiers de la production pétrolière du Soudan et qui a à maintes reprises tenté de protéger Khartoum de sanctions onusiennes, n'a pas voulu prendre le risque d'une perte d'influence sur le gouvernement soudanais. La Chine craint en effet, en aidant le Soudan à revenir au sein de la communauté internationale, d'ouvrir le marché soudanais à des investisseurs occidentaux rivaux, actuellement découragés par le statut de paria de Khartoum. Et pour l'instant, il semble hors de question pour Pékin de sacrifier les dividendes économiques à la diplomatie.

 
 
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