Zakaria Boualem est prêt à transiger avec tout, sauf avec sa qualité de vie.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Un Casablancais à qui il prendrait létrange envie de circuler en voiture vers midi trente en plein centre névralgique ne serait probablement pas surpris de se retrouver en pleine guerre civile. Le spectacle est connu : artères bouchées, klaxons intempestifs, mauvaise humeur générale
Plus cette étrange conviction, partagée par tous, qui consiste à penser quon est toujours plus intelligent que son voisin, et infiniment plus pressé que lui. Rien de nouveau, donc. Et cest précisément cela qui doit constituer une surprise. Parce quavec linstauration de lhoraire continu, on était censé désengorger tout ça en limitant les déplacements en milieu de journée. On a beau regarder, on ne remarque pas de changement notable. Le Casablancais, horaire continu ou pas, rentre chez lui pour le déjeuner dès quil le peut. Évidemment, Zakaria Boualem fait partie de cette catégorie. Il est dailleurs assez étonnant de constater quon ait pu imaginer un seul instant changer les habitudes de Zakaria Boualem avec un simple changement dhoraire. Surtout ses habitudes alimentaires, dailleurs.
Zakaria Boualem rentre déjeuner à la maison, il met un point dhonneur à enlever ses chaussures, saffaler sur son seddari pour digérer et se reposer un instant avant de continuer sa sieste au boulot. Toutes les étapes décrites précédemment sont importantes, cruciales. Il en va de sa qualité de vie. Zakaria Boualem est prêt à transiger avec tout, sauf avec sa qualité de vie. Il négocie avec ses principes, avec la morale, il dribble à peu près tous les systèmes imposés, mais il refuse, |
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en modifiant une pratique, de nuire à sa qualité de vie. Surtout quand son employeur, une importante banque de la place, a noblement estimé que le fait de lui accorder 15 dirhams par jour suffirait à le convaincre de rester sur son lieu de travail. Juste une petite parenthèse pour sarrêter sur cette histoire dimportante banque de la place. Cette expression est un véritable mystère pour Zakaria Boualem. Sous-entendrait-on quil existe des banques peu importantes ? Lesquelles, sil vous plaît ?
Et qui décide de leur importance ? Ou alors ça voudrait dire quil y a des banques qui ne sont pas de la place. Elles sont où alors ? Elles flottent, peut-être
Revenons à notre affaire : la banque, tout importante quelle soit, a pensé que 15 dirhams suffisaient. Elle ne doit pas être de la même place que Zakaria Boualem, parce que dans sa place à lui, les 15 dirhams en question ne lui donnent accès quà un repas bas de gamme qui ne saurait tenir lieu de régime quotidien. Et à force de fréquenter les gargotes à 15 dirhams, il risque de finir transformé en saucisse deux fois (non, il ny a pas de faute dorthographe). Reste la question centrale : en sabsentant illégalement entre midi et deux heures, Zakaria Boualem ne met-il pas en danger limportante banque de la place en travaillant moins quil nest censé le faire ? Et là, je rigole, parce que cette question montre que vous navez rien compris. Lavantage dêtre informaticien dans une banque, cest que personne ne comprend ce que vous faites. Chaque jour, Zakaria Boualem surestime ses charges, explique quil est débordé, réclame une semaine là où une journée suffirait. Qui peut contrôler ? Son chef ? Il fait pareil et, dailleurs, ce dernier a pour unique objectif dêtre encore plus chef. Certes, cela passe par le fait de faire faire le travail plus rapidement, mais croyez-moi, il y a dautres moyens de grimper dans la hiérarchie des importantes banques de la place. Donc Zakaria Boualem, pour toutes les raisons citées plus haut, rallonge ses pauses déjeuner, passe pour un glandeur, et sen fout royalement. Il considère limportante banque de la place comme un théâtre où chacun joue son rôle avec plus ou moins de conviction. Lui, il est figurant. Et ça lui va très bien, puisque ça lui permet de rentrer déjeuner chez lui, et merci ! |