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Livres. Montée au 13ème SIEL
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia

Livres. Montée au 13ème SIEL

Une inauguration princière, une soixantaine de têtes d’affiche et entre deux maisons d’édition, quelques stands pour parler littérature, mais aussi cinéma, culture urbaine, BD ou droits de l’homme. Ballade dans les couloirs du Salon du livre.


Le prince Moulay Rachid
à l’inauguration du 13ème Siel
(MAP)

Inauguration princière
Au Palais des expositions de Casablanca, Antoine Sfeir et Bernard Werber défilaient sur la même esplanade, à quelques heures d’intervalle. Le premier est venu décrypter son Orient compliqué ; le second pour la signature de sa dernière fiction d’anticipation, Le papillon des étoiles. Le lendemain, Frédéric Mitterrand et Abdellah Taïa se passionnaient pour l’histoire et la photographie. François Weyergans et Ghita El Khayat, eux, parlaient de l’écriture et de l’air du temps. Que du beau monde et de belles rencontres à cette 13ème édition du SIEL. Les maisons d’édition n’ont pas hésité à déplacer quelques-unes de leurs plumes-stars. Une soixantaine au total. Au ministère de la
Culture, on s’en réjouit à coup sûr, d’autant que le ministre Mohamed Achaâri semble avoir des ambitions pour le livre, servies sur un tapis rouge et par une inauguration princière. Deux jours plus tôt, C’est Moulay Rachid qui lançait les travaux de cette 13ème édition du Siel en remettant les prix du livre du Maroc aux six lauréats. Le lendemain, re-tapis rouge. L’ouverture au public se fait en présence de deux ministres belges (des Relations internationales et de la Culture) et du ministre de la Culture marocain. L’effort est enregistré.


Au souvenir de Lamalif
Elle l’a fait. Zakya Daoud a plongé dans son passé, et le nôtre, pour remettre l’expérience Lamalif au goût du jour. Le bouquin s’appelle “Trente ans de journalisme au Maroc” et ça mérite à coup sûr le détour. Rappelez-vous de Mai 68 (le Marocain, pas le Français). Le royaume pouvait alors se targuer de posséder deux titres de presse majeurs en ces temps où la liberté d’expression pouvait réellement coûter très cher : Souffles et, bien sûr, Lamalif. “Ces gens (de Lamalif) ont milité via la confection d’un mensuel”, a commenté Mohamed Tozy, présentateur d’un jour. Zakya Daoud confirme : “Beaucoup parmi nous ont souffert, et espéré, via l’expérience Lamalif”. Le mensuel, articulé autour de Daoud et fort des apports précieux d’un Mohamed Jibril ou d’un Abdellah Stouky, pour ne citer que ces deux-là, a cessé de respirer en 1988. “C’était une mort programmée”, note encore sa fondatrice qui, depuis, a repris son bâton de pèlerin pour multiplier les voyages et les écrits (elle a notamment écrit deux précieux livres sur Mehdi Ben Barka et Abdelkrim Khattabi). L’histoire de Lamalif, on l’a compris, est finalement celle d’un Maroc bouillonnant, un Maroc qui avait peur, mais qui espérait, envers et contre tout et tous. Le Maroc des années 1960-70.


C’est déjà de l’histoire
Et un absent à l’appel. Driss Benzekri, initialement annoncé pour animer la conférence “Démocratie et droits de l’homme”, a dû céder la place à Mohamed Tozy, aux côtés de Abdelhay El Moudden. Entre politologues, et sans détour, la question a été posée : “Comment conduire la transition d’un système dictatorial à un système moins dictatorial ? Violence ou non-violence ?” ; puis (re) posée : “Quelle réforme constitutionnelle ?”. Dans la joie et la bonne humeur. Mais le parfum d’un lointain passé flânait pourtant dans l’air. Quelque part entre deux mots, les années IER sont évoquées à titre posthume. Le rapport final de la défunte instance s’est d’ailleurs trouvé une place dans les rayons. Les auditions publiques s’apprêtent à le rejoindre, sous la forme d’une compilation pour la postérité. Benzekri n’était pas là pour le voir. Au CCDH, on est déjà demain. À cette première participation au SIEL, le Conseil annonce d’ailleurs le lancement du centre d’information, de documentation et de formation aux droits de l’homme. On parle d’archivage.


Werber l’extraterrestre
Mais que venait donc faire un écrivain de science-fiction dans le Salon du livre casablancais, réputé pour son classicisme, pour ne pas dire austérité ? Dans les couloirs du Palais de l’OFEC, la présence de Bernard Werber, auteur français prolifique en best-sellers (la trilogie des Fourmis, la trilogie des Dieux…) pouvait au mieux se résumer à une curiosité, au pire à l’atterrissage d’une petite soucoupe volante dans un champ de littérature islamiste, l’effet spectaculaire en moins. Et pourtant ! L’auteur lui-même sera le premier surpris de sa popularité parmi les lecteurs marocains, certes plus proches des 7 que des 77 ans. Malgré un effort minimum de communication, une foule de jeunes fans ont fait le déplacement au salon, pour faire dédicacer leurs exemplaires de La révolution des fourmis, du Dernier secret ou du Papillon des étoiles, dernière oeuvre en date de l’écrivain. De quoi rendre jaloux des auteurs bien plus “sérieux”.
Deux présentations, organisées dans deux écoles casablancaises, allaient connaître le même succès, les salles accueillant la conférence de Werber se retrouvant rapidement bondées. Au terme des deux rencontres, visiblement enthousiaste, l’écrivain affirmera qu’il a “rarement connu un échange aussi riche et stimulant avec ses lecteurs”. Qui a dit que les jeunes Marocains ne lisaient pas ?


Dessine-moi un chameau
Au concours du stand le plus kitsch, l’Arabie Saoudite gagnerait les doigts dans le nez. Couleurs désunies, ouvrage sur les maladies sanguinolentes du chameau (on l’a feuilleté, c’est SAW 4), études sur les nappes pétrolifères (il n’y a pas de Talsint à la lettre T), et Le Livre (no comment). Sourcils froncés, le curieux est face à une évidence. Ce n’est pas encore cette année que le royaume wahhabite remportera le prix Nobel de littérature. Mais, au moins, il est devenu moins m’as-tu-vu. L’Arabie Saoudite nous avait accoutumés au palace sans rayonnages, une bibliothèque sans livres qui venait se poser (dans les grandes largeurs) au milieu des autres exposants. Cette année, cela faisait grand F4. On s’y bousculait même parfois autour d’ouvrages différents de la littérature moyenâgeuse propagée habituellement par les éditeurs saoudiens. Par souci de rigueur professionnelle, on a feuilleté à nouveau les livres sur les chameaux. Sérieux, il y a du progrès. Dans le style.


Le beau break d’Apsara
Un coup de cœur labellisé arts vivants. Elle s’appelle Apsara, de la compagnie Tribal Sarong, un spectacle hybride mêlant breakdance, capoeira et kung-fu… Donné lundi soir au Complexe Moulay Rachid, ce beau mélange est sorti de l’imagination de la breakeuse d’origine cambodgienne Yiphun Chiem, issue des crews bruxellois. Elle y mêle la danse de son pays d’origine et sa mythologie (déesses, dragons et démons) à sa passion, le hip-hop, autre facette de son identité. Une très belle pièce, couronnée par le prix Beaumarchais en 2004, interprétée par deux femmes et deux hommes. Personnalité touchante (Yiphun Chiem mime l’histoire de sa famille, qu’on imagine difficile, dès le début du spectacle), mise en scène et en musique léchée, vision audacieuse de la modernité (la satire de l’obsession Playstation), passerelle vers les arts traditionnels cambodgiens… Apsara est une belle performance et les breakers casablancais ne s’y sont pas trompés : quatre troupes étaient réunies pour ouvrir et clôturer le spectacle (Solaris Crew, Dinosaurs, Halla Kingzoo et HM Style). Désormais, on peut même danser au Siel !

 
 
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