|
Par Hassan Hamdani
Partis.
PPS. Jeunes, mode d'emploi
|
La semaine dernière, le parti d'Ismaïl Alaoui s'est employé à donner la parole à de jeunes Casablancais. Objectif : convertir ces abstentionnistes notoires au vote. Et tant qu'à faire, pour le PPS.
Le complexe culturel Sidi Belyout fait relâche en ce dimanche de février, sans pour autant se vider. C'est juste la culture qui laisse place à la politique. À l'extérieur, une banderole aux couleurs du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) est frappée d'un claironnant al kalima li chabab, littéralement la parole aux jeunes. Prêter l'oreille aux 30
|
|
ans et moins est devenue une attitude très tendance, surtout depuis que le PJD se profile comme le canasson favori des législatives de 2007. Tous les partis politiques veulent convaincre cette large frange de l'électorat qui préférera, probablement, en juillet (ou septembre) prochain, vaquer à ses occupations habituelles plutôt que jeter son bulletin dans l'urne. C'est même le branle-bas de combat dans les états-majors politiques et le PPS n'échappe pas à la vogue du moment. L'ex-Parti communiste marocain en fut même l'un des précurseurs : en octobre dernier, Ismaïl Alaoui a déjà été tirer les oreilles à des étudiants, afin qu'il entendent mieux les sirènes de la chose politique. Il les a même exhorté à y mêler leurs voix en adhérant aux partis qui répondent à (leurs) attentes. Exception faite du PJD, cela va s'en dire. Aujourd'hui, cest au tour de Abdelhouahed Souhaïl, un autre dirigeant du PPS, de prêcher la bonne parole citoyenne. Membre du bureau politique, il patiente dans le hall du complexe culturel Sidi Belyout, en discutant avec quelques militants de la section casablancaise du parti. En tenue décontractée, il jette, par à-coups, des regards sur les jeunes qui s'engouffrent par petites grappes dans la salle du complexe. Beaucoup d'entre eux font partie des pionniers de la jeunesse du PPS, la couveuse des futurs adhérents au parti. Autant dire que Souhaïl joue à domicile : il est en confiance, le public lui sera acquis. Stratégie de circonstance : offensive totale à la manière du Barça. Ils sont timides, ils n'osent pas prendre la parole. Il faut les pousser à le faire, le prévient Aïcha Lablak, membre du comité central du parti, venue avec quelques supporters ppsistes en herbe. Je vais les provoquer, lui souffle Souhaïl, assis au premier rang.
Le poids des mots
Derrière eux, un pionnier de la section Bernoussi semble intimidé. Aïcha Lablak le soutient, lui souffle même une question à poser : Interroge-le sur le programme du parti. C'est classique, mais très utile en cas de blanc au micro. Ils sont six sur la scène, alignés comme une chorale d'enfants, en attente de ses questions, de ses remarques. En face, un micro esseulé destiné à MC Souhaïl, le cheveu encore dru mais les tempes grisonnantes. C'est limite cliché gap générationnel. Pour le combler, décrisper l'assistance et frapper les esprits, la section casablancaise du PPS a concocté un produit plus fort encore que Head &Shoulders 2 en 1 : le film amateur 3 en 1. Le silence se fait, sur l'écran défilent des images d'archives retraçant les manifestations de lycéens et étudiants français lors du 2ème tour des élections présidentielles de 2002. Des jeunes qui s'unissent contre Le Pen et en appellent au vote citoyen pour sauver la République française. La copie est mauvaise, montée à partir d'extraits de journaux télévisés français téléchargés sur Internet. La succession des manifs dans la France profonde est lassante pour le spectateur marocain lambda. On décide d'arrêter l'exemple parlant avant la fin du film. Le message est bien passé de toute façon. Il n'était même pas subliminal, mais clairement affiché : C'est un appel aux jeunes pour qu'ils fassent front au PJD lors des prochaines élections, affirme Aïcha Lablak (voir encadré). Pionnière de la section d'El Bernoussi (visiblement venue en force), Hanane, 21 ans, a saisi fort et clair le message, comme disent les militaires. Mais elle le trouve trop exotique à son goût : Là-bas, ce sont deux partis qui s'affrontent. Ici, ils sont plus d'une quarantaine, apostrophe-t-elle Souhaïl. Le cacique du PPS a joué trop à découvert. Finie l'attaque tous azimuts. Il revient aux fondamentaux du jeu, avec la bonne vieille explication orale : au commencement était le fascisme, Mussolini et Hitler. Le Pen est leur successeur en France. Les fascistes sont aussi ceux qui tuent les frères palestiniens et irakiens.
Paroles et musique
Joli repli défensif de Souhaïl, l'auditoire est sensible à la cause palestinienne et à l'invasion américaine de l'Irak. Il applaudit. La salle l'encourage, mais n'hésite pas à le tacler quand il le faut. Plus tôt lors du débat, Souhaïl s'est fait interpeller par une jeune fille : Pour moi, la siyassa n'existe pas. Il n'y a que des siyassiyines, déplorait-elle. On ne trouve que des vieux dans les partis. On vote pour des comédiens !, surenchérissait un jeune d'un douar proche d'El Bernoussi. On nous a installé l'eau courante, mais l'eau ne coule pas du robinet. Elle fait du goutte-à-goutte, insiste le jeune, pour bien enfoncer le clou. Souhaïl évoque ses 40 ans de militantisme, son désir de transmettre la flamme aux jeunes. En passe d'adhérer au PPS, Karim vient à la rescousse du vétéran. Foin des problèmes de tuyauterie, il se lance dans une définition de la politique plus théorique. Bien formé dans les instances du parti, il cite même deux fois
Bourdieu. Camilia, 23 ans, pragmatique de nature, est insensible aux penseurs abscons. Fraîchement diplômée en gestion et économie, elle est sur le marché du travail depuis quelques mois. Elle est très impliquée dans la société civile via son adhésion à des associations de quartier. Camilia, ou la recrue parfaite pour Daba 2007. Sauf, qu'à l'image de la majorité de l'assistance en âge de voter, elle n'est toujours pas inscrite sur les listes électorales. Camilia a été invitée à la rencontre par sa voisine, une militante du PPS et future candidate du parti aux législatives. C'est son troisième raout jeunes avec le parti de gauche en quelques mois, mais elle n'est pas encore prête à franchir le rubicond de l'engagement politique : Les réponses de Souhaïl ne m'ont pas convaincue. J'ai besoin de propositions concrètes. Ni les réponses du PPS, ni les réunions de sensibilisation de l'USFP et de partis libéraux auxquelles elle a également assisté. Et encore moins Cheb Dido, un jeune musicien invité à donner un cachet festif à la réunion du PPS. Il est venu remplacer au pied levé un groupe de gnawas modernes, selon l'expression de Aïcha Lablak, car il faut utiliser les phénomènes en phase avec les jeunes, ajoute cette dernière (voir encadré). Ce n'est pas ça qui va me convaincre de m'engager. Ce ne sont pas mes goûts musicaux de toute manière, lâche, lapidaire, une jeune fille à la sortie de la salle. Souhaïl tape dans ses mains pour encourager Cheb Dido. Presque au même rythme que l'assistance, mais encore un tantinet à contre-temps
|
 |
Abstentionnisme. Yo 2007 Daba !
Pour causer aux jeunes, il faut leur causer de leurs problèmes quotidiens
en musique. C'est en substance la méthode choisie par Daba 2007 pour sa campagne d'appel au vote, qu'elle lancera dans les prochains jours. Les jeunes se jettent sur le rap car cela leur parle, analyse Nourredine Ayouch. À la tête de Daba 2007, le publicitaire est l'instigateur de la dizaine de capsules télévisées de 3 minutes qui seront bientôt diffusées par les deux chaînes du pôle public. Hrig, emploi, absence de pritch, leur contenu veut coller au plus près des problèmes quotidiens de la jeunesse marocaine. Et ça tombe bien, c'est la ligne éditoriale de la plupart des groupes de la nouvelle scène rap. C'est ainsi que Daba 2007 a fait appel à un vétéran du rap, Koman, pour l'habillage musical des spots. Et à l'incontournable Bigg, qui composera un jingle d'une minute pour appeler au vote en 2007. Je veux profiter de mon impact pour inciter les jeunes à m'imiter en se rendant aux urnes. Et pas seulement en portant le même pantalon que moi, explique ce dernier. Pour que le PJD se prenne une veste en 2007 ? |
|
 |
Engagement. Bande son décalée
Sur un blog, ce compte-rendu d'une assemblée de jeunes de l'USFP : la réunion a débuté par l'intervention d'un professeur ressemblant à Ghandi. Quelques minutes plus tard, M. Balafrej a rejoint la réunion. Il s'est assis et a précité les objectifs de l'action politique. Pas très rock'n & roll tout ça. En invitant Bigg à son congrès il y a quelques semaines, la Chabiba de l'USFP a pourtant essayé de secouer le cocotier. Pour s'assurer la présence massive de jeunes, les organisateurs avaient distribué des flyers annonçant la présence du rappeur dans les collèges et lycées de Rabat. Le succès public fut au rendez-vous, mais la musique a couvert le discours politique : Bigg a été assailli de fans rbatis qui ne l'avaient jamais vu en chair et en os. El Yazghi, ignoré comme un chanteur has been, omniprésent dans les médias. L'aspect récré musicale sans fond a peut-être échaudé les dirigeants du Parti Socialiste Unifié. Proche de la nouvelle scène alternative (suite à son soutien dans l'affaire des 14 musiciens satanistes), la formation de gauche a envisagé un temps d'ouvrir son congrès par un concert de Darga. L'idée a été vite abandonnée, suite à des divergences de points de vue sur l'efficacité du procédé. Vous pouvez inviter Bigg ou Haïfa Wehbe, cela restera du maquillage, affirme Mustapha Miftah du PSU. |
|
|