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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri,
correspondant en France

France. Royal abat ses cartes

Avec son “pacte présidentiel”,
Ségolène Royal tente de
relancer sa campagne élctorale.
(AFP)

Après la phase d'écoute, place à l'action. La candidate socialiste a proposé le 11 février son “pacte présidentiel”. Avec une centaine de propositions, elle rassure son camp sans se renier. Mais l'opinion suivra-t-elle ?


Le PS a enfin un programme. Avant ce fameux dimanche 11 février, Ségolène Royal n'en avait rien laissé filtrer. Elle voulait écouter d'abord. La phase d'écoute a donc pris la forme de “débats participatifs”, organisés par ses comités de soutien (et raillés par la droite) aux quatre coins de l'Hexagone. La candidate socialiste avait
promis qu'elle s'en inspirerait dans son discours-programme. Mais elle savait que la tâche serait très délicate, tant elle devait jouer aux équilibristes pour contenter tout le monde : les militants, les barons du parti, défaits et obligés de se rallier, et sa propre vision de l'Etat et de la France. La pression était énorme sur ses frêles épaules.

À Villepinte, dimanche dernier, devant 15 000 militants enthousiastes, la candidate de la gauche française avait “endossé” son programme. Elle a troqué son tailleur blanc contre un ensemble rouge vif. Et deux heures durant, elle a égrené un chapelet de 100 mesures censées réconcilier la gauche avec elle-même et avec son électorat. L'exercice a parfois viré au catalogue, mais l'examen est réussi.

Un condensé de gauche
Son programme rappelle les 110 propositions de François Mitterand. Royal a tenté de justifier sa démarche participative et a décliné la seconde phase de sa campagne, celle des “promesses” et des “engagements”. Son slogan sera : “Plus juste, la France sera plus forte”. De la réforme de l'Etat aux soins gratuits pour les jeunes, ses propositions ont balayé la plupart des sujets. Elle n'a cessé de souligner les crises (économique, sociale, environnementale, internationale) pour mieux attaquer la droite, appeler à “l'urgence” du changement et remobiliser les électeurs.

Son programme s'apparente pourtant à un joyeux fourre-tout. Car la candidate a dû emprunter à plusieurs familles de gauche pour rassembler son camp. Sans pour autant se renier. Il y eut la Ségolène social-libérale, qui promet de renforcer les liens entre école et entreprise, mais aussi de réformer vigoureusement l'organisation de l'Etat. “Ensemble, nous allons donner un coup de jeune à cet Etat colbertiste, jacobin, centralisé à l'excès, croulant sous le poids des bureaucraties inutiles”, a-t-elle asséné. Il y eut ensuite la Ségolène socialiste, bien à gauche, cherchant à rassurer un large spectre d'électeurs : les foyers modestes et les retraités. Aux antipodes d'un Sarkozy, citant Jaurès et Blum, elle s'est adressée à “Odile, mère célibataire”, “Adeline à Roubaix” ou “Karim, de Toulon qui subit plusieurs fois des contrôles d'identité”… Pour tous ces Français, la candidate recherche un équilibre entre droits et devoirs. La candidate socialiste promet une amélioration du pouvoir d'achat, l'augmentation du revenu minimum (Smic à 1500 euros) et de certaines allocations, le droit au logement, à la formation et à la santé. Elle n'hésite pas non plus à caresser dans le sens du poil les chefs de PME, “premières créatrices d'emploi”, et les enseignants, à qui elle fait miroiter des recrutements et la résorption de l'emploi précaire. Il y eut enfin la petite musique personnelle de Ségolène, ses idées et ses valeurs à elle, notamment l'école et la famille. Evoquant la situation critique des banlieues françaises, “où rien ou presque n'a été fait”, elle a fendu l'armure : “Je sais au fond de moi, en tant que mère, que je veux pour tous les enfants qui naissent et qui grandissent en France la même chose que j'ai voulue pour mes enfants”. La candidate s'est aussi montrée pugnace en ne lâchant rien sur les mesures qu'elle avait lancées et qui avaient divisé la gauche : carte scolaire, jury citoyens, encadrement militaire des délinquants mineurs...

Impasse sur la fiscalité
Son discours a aussi réservé une petite place à l'international. Ségolène se savait attaquée sur ce sujet, car elle manquait encore d'étoffe et de stature. En Chine et au Proche-Orient, elle s'était plus fait remarquer pour ses boulettes que pour sa prévenance. Elle accordera une plus grande attention à l'Afrique, assure-t-elle, sinon, “c'est la Chine qui prendra la place”. Elle a même suggéré de renouer le dialogue avec la Syrie et l'Iran…

En revanche, la candidate socialiste est restée très évasive sur le volet économique. Pas un mot sur la fiscalité et le coût du programme. Elle n'a pas tenu compte du rapport dense que lui avait pourtant remis quelques jours plus tôt Dominique Strauss-Kahn. Si elle a fortement critiqué le poids “insoutenable” de la dette, elle n'a pas dit comment la réduire. Idem pour les 35 heures : la candidate socialiste veut en conserver les avantages, sans les inconvénients, “déterminer comment on peut consolider cet acquis et réduire les effets négatifs pour les ouvriers et les employés”. Même silence sur la place du nucléaire dans la politique énergétique et le mariage homosexuel.

Avec ce programme, Ségolène Royal arrive à fédérer - c'était son but - et à faire oublier sa récente chute dans les sondages. Mais parviendra-t-elle à en faire une politique cohérente ? C'est la question majeure. Toujours est-il qu'au-delà du PS, le discours n'a guère convaincu. Le PCF dénonce ses options “libérales”. Jean-Marie Le Pen estime que “Mme Royal a été sommée de mettre un peu de socialisme dans son potage. Si l'opinion se satisfait de ce catalogue de volontés, elle n'a pas beaucoup d'appétit”. Quant à l'UMP, il s'interroge sur le financement d'un “catalogue de mesures sans vision”. Mieux, pour parasiter la candidate socialiste, Nicolas Sarkozy a tenu le même jour un discours dans lequel il a opposé son “pacte républicain” au “pacte présidentiel” de Ségolène Royal. Mardi soir, le candidat UMP est allé plus loin en levant le voile sur le coût de son programme, taclant dans le même temps son adversaire : il se chiffrerait à 30 milliards d'euros en cinq ans. La guerre des chiffres est ouverte.

Le discours de “Ségo” marque peut-être l'entrée du PS en campagne, mais il n'a pas provoqué d'électrochoc dans l'opinion, toujours majoritairement acquise à Sarkozy. Selon un sondage BVA pour Le Figaro et LCI, publié mercredi, 77 % des personnes interrogées n'ont pas changé d'avis après le discours de la candidate socialiste. Seuls 16 % reconnaissent avoir été séduits par son programme. Un autre sondage BVA montrait que 36 % des sondés estimaient que Nicolas Sarkozy présentait “le meilleur programme économique et social”, contre 33% pour sa rivale. La campagne est lancée. Elle s'annonce difficile pour la candidate de gauche.



Programme. Ses 10 propositions-clés

Salaires. Le Smic à 1500 euros mensuels dès que possible.
Retraites. Hausse de 5% des petites retraites à partir de 2007.
Santé. Gratuité de soins pour les moins de 16 ans.
Logement. Construction de 120 000 logements sociaux par an. La mesure la plus audacieuse consiste à surtaxer les logements inoccupés depuis plus de deux ans. Ségolène Royal promet également une hausse des allocations.
Emploi des jeunes. Prêt gratuit de 10 000 euros pour tous les jeunes à leur majorité.
Chômeurs. Sécurité sociale professionnelle leur garantissant 90% de leur dernier salaire.
Ecole. Doublement de l'allocation de rentrée scolaire dès 2007. La candidate parie aussi sur la révision de la carte scolaire pour supprimer les ghettos scolaires.
Sécurité. Création de polices de quartier. En cas de délinquance, développement des formes d'encadrement, y compris militaire.
Fiscalité. Taux-plancher de l'Impôt sur les sociétés pour freiner les délocalisations.
Immigration. Droit de vote aux élections locales pour les étrangers séjournant régulièrement en France depuis plus de cinq ans. Rétablir la régularisation au bout de 10 ans et régulariser les sans-papiers sur des critères assouplis.

 
 
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