Sans permis de conduire, ZB devient mille fois moins dangereux sur la route.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Cela fait environ six mois que notre homme, Zakaria Boualem, circule sans permis de conduire. Lincident sétait produit par une chaude après-midi dété : contrôlé à 42 km/h au lieu de 40, il avait été sommé de payer sur le champ 400 dirhams en liquide quil navait pas sur lui. Le policier, en vertu de mystérieuses taâlimate, avait saisi le document rose et Zakaria Boualem avait continué sa route comme si de rien nétait. Par pure fierté, il nest jamais allé payer lamende. Il na pas poussé la fierté jusquà arrêter de conduire, il ne faut pas exagérer. Quelque part, il sait que son attitude est complètement crétine et quelle est vouée à léchec. Mais bon, lhomme est ainsi fait. On ne peut pas le changer, à moins de changer de chronique et cest un peu tard pour se lancer dans un pareil chantier ce soir. En roulant sans permis, il sait ce quil risque. Il est possible quon lui saisisse sa voiture en cas dinfraction. Quelque part, ça le soulagerait presque, une telle sanction mettrait fin à sa vaine logique daffrontement perpétuel. En plus, ce nest pas bien de rouler sans permis, cest un signe dincivisme profond, mais rappelons-le : Zakaria Boualem nest pas un modèle, et merci.
Donc, disions-nous, Zakaria Boualem conduit sans permis de conduire. Et vous savez ce qui sest passé ? Rien du tout, oualou. Il na jamais été contrôlé, inquiété, menacé
parce quil fait tout pour éviter de se faire arrêter. Lorsquon lui demande de rouler à 40, il ose à peine un |
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| petit 30. Sur lautoroute, il se cale à droite, comme un petit vieux, et avance paisiblement jusquà son point darrivée. Il sarrête au feu rouge, bien sûr, mais aussi à lorange et surtout au vert, car sest bien connu : un feu vert nest quun feu rouge qui attend de se dévoiler soudainement. Il met sa ceinture en toute occasion et refuse catégoriquement de répondre au téléphone. Que faut-il en conclure ? Quil est parfaitement possible de ne pas se faire arrêter, cest tout. Quon a beau expliquer quil y a de la corruption, de larbitraire, de linjustice, il est quand même possible dy échapper. Cest une conclusion dangereuse, elle prouve quil est possible de conduire correctement et déviter ainsi les moukhalafate. Le paradoxe est là : sans permis de conduire, Zakaria Boualem devient mille fois moins dangereux sur la route. Cest une conclusion très perturbante, avouons-le, parce quelle place tous les Zakaria Boualem du Maroc devant leurs responsabilités. Cest un premier sujet de méditation que Zakaria Boualem vous propose. Le second sujet, lui, vous est offert par le ministre des Finances lui-même, que Dieu lassiste, qui a estimé cette semaine que le déficit budgétaire résultant des évolutions prévisibles des recettes et des dépenses sinscrit dans la trajectoire dune réduction de la dette et de lengagement équilibré du soutien de lEtat à la croissance et au développement social. Nhésitez pas à relire cette phrase plusieurs fois, elle le mérite amplement. Il a chopé cette surprenante tirade dans un article de lEconomiste, qui explique que la croissance cette année est exceptionnelle et que cest magnifique davoir fait 8,2%, c'est-à-dire presque deux chiffres, le privilège des pays émergents. Evidemment, tout est dans le presque. Zakaria Boualem est donc presque heureux dêtre presque riche. En lisant le rapport de plus près, il comprend que ce nest pas lui qui est presque riche, cest le Maroc, puisque les recettes fiscales ont battu leur record. Cest très différent. Cest même exactement le contraire, puisque le Maroc senrichit en appauvrissant le Boualem. Tout ceci devient très compliqué, un peu confus, et cette chronique senlise presque. Espérons donc que tout ce petit monde, Zakaria Boualem et ministre des Finances, se ressaisiront vite, et pas presque, et merci. |