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Parution. Des oiseaux en pages
N° 262
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Jean Berry

Parution. Des oiseaux en pages

Le parc naturel du Souss
Massa-Draâ est l'ultime terre
d'accueil de l'ibis chauve, espèce
dont subsistent quelque
350 représentants.
(DR)

Plus de 450 espèces de l'avifaune marocaine répertoriées pour la première fois dans un beau livre : Les Oiseaux du Maroc, c'est joindre l'écolo à l'agréable.


C’est une première ! Si au Maroc,les prémices de l'observation scientifique des oiseaux remontent au protectorat, les recherches du groupe d'ornithologie du Maroc (GOMAC), créé voici une vingtaine d'années, viennent d'être compilées dans un beau livre sobrement intitulé Les Oiseaux du Maroc et édité par… le cimentier Holcim, certainement dans un souci de “communication environnementale”.
Déjà publiée en anglais(*), la liste des espèces répertoriées dans le pays bénéficie ici «du premier livre en français, illustré et exhaustif sur l'avifaune», explique Jacques Franchimont, professeur à l'Université Moulay Ismaïl de Meknès et président du groupe d'ornithologie : “Nous comblons une lacune dans la bibliographie marocaine et souhaitons travailler sur une version plus légère et moins chère, destinée au grand public”. Au total, plus de 450 espèces d'oiseaux sont recensées par l'ouvrage, dont près d'une trentaine sont “rares ou très rares, et menacées de disparition”, précise le professeur. C'est le cas de l'autruche, qui a définitivement disparu des écosystèmes du Sahara depuis les années 70, plus au moins en même temps que la pintade de Numidie de la forêt des Zaërs…

Pour certaines de ces espèces, en danger à l'échelle mondiale, le Maroc est un point de nidification essentiel. C'est le cas de la sarcelle marbrée ou du hibou du cap, qu'on retrouve dans le marais de Larache, aux salines de Lixus ou à Moulay-Bousselham, ou encore la spatule blanche, l'avocette élégante et le flamant rose. La réserve biologique du Parc naturel du Souss-Massa-Draâ est par exemple l'ultime terre d'accueil de l'Ibis chauve : on y répertorie 350 oiseaux, soit l'essentiel de la population mondiale. Et si le vautour oricou, qui nichait encore dans le Moyen Atlas dans les années 30, a été exterminé, quelques-uns de ses descendants pourraient encore subsister dans la chaîne montagneuse.

La dégradation des écosystèmes est la principale menace qui pèse sur l'avifaune. Dans ce contexte, l'inscription début 2005 au programme “Ramsar” d'une vingtaine de nouvelles zones humides (favorables à la reproduction des oiseaux migrateurs), portant la superficie protégée au Maroc à près de 250 000 hectares, avait été saluée par le WWF. Un pays comme la France a perdu la moitié de ses zones humides, ces trente dernières années, du fait du réchauffement climatique, des drainages et des mises en culture. Autres fléaux menaçant la diversité de l'avifaune : la désertification et la déforestation. WWF estime qu'un quart des forêts marocaines ont été détruites entre 1940 et 1982, soit un million d'hectares. Et aujourd'hui, le capital forestier du pays s'amenuise de quelque 30 000 hectares par année. Et même quand une forêt est protégée, ce n'est pas toujours de la meilleure des manières. Dans la forêt de la Maâmora, 40 000 hectares de chêne liège ont été remplacés par des eucalyptus, des conifères et autres acacias, modifiant ainsi irrémédiablement l'environnement des oiseaux.

Autres ennemis des oiseaux, la chasse et le braconnage. On ignore souvent que parmi les petits passereaux chanteurs vendus dans le commerce, certains proviennent d'espèces sensibles telles que l'alouette lulu ou le bruant ortolan, grand migrateur “dont on a démontré le déclin catastrophique en Europe”. Autre espèce en danger, la tourterelle des bois, de plus en plus rare, “qui est même chassée en période de reproduction”, notent les auteurs du livre, pointant du doigt certaines “chasses touristiques” génératrices de devises. “La loi est très bien faite, mais il n'y a pas vraiment de surveillance… Y compris dans certaines réserves”, note un observateur.

*Birds of Morocco, British Ornithologists union, 2003. (www.go-south.com)

 
 
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