LUnion du Mensonge Arabe
Selon Benaïssa, la zone maghrébine de libre-échange, cest pour bientôt.
ça vous a peut-être échappé mais samedi dernier, on fêtait un évènement considérable : le 18ème anniversaire de lUnion du Maghreb Arabe (UMA). Comme chaque année en pareille occasion, les chefs dEtat frères y sont allés de leurs messages unionistes. Ainsi, le Marocain Mohammed VI a appelé à déclencher une dynamique dintégration du Maghreb, tandis que le Tunisien Ben Ali réaffirmait sa détermination à poursuivre la construction de lUMA. Notons que |
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lAlgérien, le Libyen et le Mauritanien nont rien dit de spécial, cette année. Bouteflika avait bien déclaré, il y a quelques mois, sa ferme volonté de consolider lUMA. Mais il na pas pipé mot autour de la journée danniversaire, le 17 février. Il faut dire que la conjoncture ne sy prêtait pas : deux jours plus tard, les dirigeants de limprobable république sahraouie (qui ne bougent pas une oreille sans lautorisation dAlger) annonçaient la tenue prochaine dune conférence internationale de solidarité avec le peuple sahraoui à Tifariti soit, de notre point de vue, en plein territoire (officiellement) marocain. Il a beau être capable de toutes les audaces, chanter lunion du Maghreb tout en lui plantant un couteau dans le dos, ça, Boutef na pas osé.
LAlgérie était tout de même représentée, aux côtés des quatre autres pays de lUMA, le 10 février, lors dune rencontre interministérielle à Rabat. Une rencontre à lissue de laquelle notre ineffable ministre des Affaires étrangères a déclaré sans rire : Les négociations concernant la création dune zone maghrébine de libre-échange ont connu de grandes avancées. Lami Benaïssa a juste occulté un détail : la frontière algéro-marocaine est toujours fermée, et des soldats en armes patrouillent farouchement des deux côtés, le doigt sur la gâchette, depuis maintenant treize ans. Pour faire du libre-échange, cest quand même un peu gênant.
Quand elle a été créée (si on ose dire) en 1989, lUnion du Maghreb Arabe sétait fixé pour but de construire un ensemble uni et intégré sur les plans politique et économique. Une belle idée, mais qui nengageait que ceux qui voulaient bien y croire. Apparemment, les cinq chefs dEtat concernés ny ont jamais cru.
Et déjà, pourquoi cinq ? Historiquement, le Maghreb (passons sur le qualificatif arbitraire darabe, qui occulte scandaleusement sa part damazighité), cest le Maroc, lAlgérie et la Tunisie. Point final. La Mauritanie et la Libye navaient été invitées à la fête que parce que, à lépoque, ça arrangeait les affaires de Hassan II, qui coupait ainsi le Polisario de deux de ses principaux soutiens. La conjoncture a évidemment beaucoup changé, depuis. Mais les Arabes sont ainsi : la conjoncture passe mieux quand on la grime en structure. Même si ça ne rime à rien sur le terrain. Quy a-t-il de commun, on se le demande, entre la richissime pétro-jamahiriya libyenne, guidée depuis 38 ans par un colonel ubuesque, et la miséreuse république islamique de Mauritanie, toujours au bord du coup dEtat et officiellement classée parmi les pays les moins avancés au monde ? Et même le Maghreb central, parlons-en : entre une monarchie absolue vaguement parlementaire, un trouble régime militaro-présidentiel et une grossière dictature policière, bien malin qui décèlerait une quelconque harmonie
Ça nempêche pas les déclarations lyriques récurrentes sur lUMA, son indéniable réalité et ses riantes perspectives. Officieusement, les responsables des cinq bords appellent ça de la diplomatie. Dans le Petit Robert, diplomatie renvoie à doigté, finesse, ou encore tact. Pas à fumisterie ni à surréalisme, et encore moins à mensonge éhonté. Un point commun aux pays du Maghreb uni ? Ne cherchons plus : les citoyens y sont unanimement considérés comme des crétins. |