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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Rdat lwalidine, c’est être bien dans sa peau"

Antécédents
Ali Essafi
Réalisateur - directeur
artistique à la SNRT
(TNIOUNI / NICHANE)

1963. Naissance à Fès.
1983. Part étudier en France.
1997. Réalise le documentaire Général, nous voilà !
1998. Réalise Le Silence des champs de betteraves.
2004. Réalise Le Blues des Chikhate et Al Jazeera, des voix arabes.
2006. Fonde la société de production Cinemaat, est nommé directeur artistique de la SNRT.

Smyet bak ?

Mohamed Essafi.

Smyet mok ?
Zouleikha bent Mbarek.

Nimirou d’la carte ?
J’ai passé plus de 20 ans en France, je ne m’en rappelle plus.

Mais ce n’est pas une raison n’âam as !
Mais si. Les gens qui connaissent ces numéros par cœur sont ceux qui les subissent au quotidien. J’ai d’ailleurs toujours été bluffé par ceux qui mémorisent leurs numéros de CIN ou de passeport. Ça doit être une spécialité marocaine.

Vous ne seriez pas du genre à croire que parce qu’on a passé vingt ans en France, on est forcément plus intelligent que le commun des mortels ?
Il y en a qui y passent le double sans changer d’un iota aussi. Je crois que cette expérience m’a sauvé la vie. J’ai eu accès à une culture de qualité et à une bonne instruction. J’ai pu casser ce complexe d’infériorité qui nous colle à la peau. On s’enrichit plus en vivant à côté de l’autre qu’en restant auprès de ses semblables.

Vous avez récemment été nommé “directeur artistique” à la SNRT. Directeur, on veut bien. Mais artistique …
Je me pose la même question. Il y a un léger malentendu sur ce titre. Je suis plutôt directeur de création.

Aïe, de pire en pire !
Pour faire simple, disons que tout ce qui touche à l’image et au son est du ressort du créatif. Auparavant, cela se limitait au côté esthétique et technique. Aujourd’hui, je donne un avis artistique sur tout ce qui se fait à la SNRT.

Vous pourriez par exemple proposer un nouveau style dans le traitement des activités royales ?
Théoriquement, je peux intervenir sur tout ce qui se fait. Maintenant, est-ce que mes propositions seront validées ? C’est une autre question. J’aimerais qu’il n’y ait plus cette flopée de programmes qu’on croirait tournés dans les années 70, où les règles élémentaires de cadrage et de prise de son ne sont pas respectées, ou si peu. Pour ce qui est du contenu, j’aimerais encourager de vrais programmes de proximité. Un enfant marocain a le droit d’avoir un héros local de dessins animés, et c’est valable pour tout le reste. Je ne veux plus entendre dire que la seule fois où le Marocain se voit à la télé, c’est quand elle est éteinte.

Et vous n’avez pas peur que le flic à l’entrée de la SNRT vous refoule le jour où vous vous ramènerez en tongs ?
Ça m’arrive déjà. À chaque fois, on me dit : “Aji, fine ghadi”. Je réponds que je suis le nouveau directeur artistique. Mais ça ne doit pas faire du chemin dans leurs têtes.

Vous avez réalisé de nombreux documentaires sur les marginaux (Chikhate, anciens combattants, etc.). À quand les femmes célibataires et les enfants des rues ?
Il n’y a pas que ceux-là. Il y a beaucoup de héros perdus ou oubliés chez les militaires, les femmes, etc. C’est un vivier inépuisable et toute aide serait la bienvenue.

Vous avez récemment passé deux ans à Berkane au chevet de votre mère. Passer de Paris à Berkane, ça fait quoi ?
Ça fait plus d’années-lumière que je ne croyais. Je savais que l’épreuve allait encore durer, j’ai donc vécu comme un taulard. Une heure de sport par jour, beaucoup de musique, de la correspondance. J’ai beaucoup lu, je m’occupais de mon mental. J’avais un seul avantage sur les véritables détenus : Internet.

Vous êtes un vrai Mardi lwalidine, dites donc ?
Oui, mais autrement. Quand vous accompagnez vos parents au soir de leur vie, c’est le moment où vous vous réconciliez avec eux et avec votre conscience. Ça donne une force et une sérénité qui font que les choses deviennent plus faciles. Rdat lwalidine, c’est être bien dans sa peau.

Vous êtes le fils d’un flic et le frère d’un ancien détenu politique, c’est la porte ouverte à toutes les schizophrénies !
On sait au moins d’où on vient et où on va. Dans mon cas, ça a été le grand écart. Et ça, on le vit avec beaucoup de violence.

Finalement, pourquoi vous êtes rentré ?
Au début, c’était pour passer une année sabbatique avec mes parents, me ressourcer.

Puis vous avez découvert qu’on pouvait faire de belles affaires au bled…
Je les ai toujours évitées, ces affaires. Là, je reste parce que je ne peux pas abandonner mon père malade. Après son départ, rien ne dit que je vais rester ici.

 
 
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