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Par Saïd Benameur*
Histoire. Qui se souvient dAghbalou ?
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LHaj Benameur, résistant
de la première heure dans
la région de lOriental.
(DR)
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Le fils d'un grand résistant de la région de l'Oriental a adressé cette lettre à TelQuel. Il y raconte l'horreur vécue par son père et ses compagnons au bagne français d'Aghbalou NKerdouss, et réclame un travail de mémoire sur cet épisode oublié du protectorat.
Nous sommes en 1952, au nord-ouest de Berkane, dans la région orientale du Maroc. Des troupes de la police et de l'armée françaises encerclent la ferme de l'Haj Benameur, un notable de la région. Benameur est arrêté, menotté et battu sous les yeux de ses enfants, avant d'être embarqué dans un camion.
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L'Haj n'en était pas à ses premiers déboires avec les autorités françaises. Dès 1948, il subit les persécutions successives des résidents généraux Juin, Guillaume et Lacoste. Il fut emprisonné à maintes reprises, puis exilé en France. À Vichy plus exactement. L'Haj Benameur a eu pour compagnons de lutte ses frères M'hamed, Benchat et Ali, qui furent également emprisonnés et torturés. Le premier est mort des suites des sévices infligés par le commissaire Canales, de triste mémoire, et un colon français. Quasiment chaque soir, au commissariat de Berkane, ces deux hommes torturaient des nationalistes et semblaient même trouver un plaisir particulier dans cet exercice.
Quant à L'Haj Benameur, il allait tout simplement disparaître après son arrestation à la ferme. Sa famille, sans nouvelles de lui depuis lors, retrouvera finalement sa trace une année plus tard, en 1953 : il était enfermé au bagne d'Aghbalou N'Kerdouss, région de Guelmim, dans le sud du Maroc. Un lieu que peu de Marocains connaissent, mais qui a "accueilli" de grands noms de la résistance marocaine. Parmi eux, citons Driss M'hammedi, Mokhtar Soussi, Ahmed Yazidi, Benabbes Taarji, Mehdi Ben Barka, Omar Benchemsi, Mekki Baddou, Ahmed Bennani, Mohamed Mjid, Saïd et Houcine Ahizoune
Mais d'autres noms sont restés dans l'ombre, particulièrement les cinq de l'Oriental : Haj Boufelja, Haj Chatar, Kaddour Ourtassi, Mustapha Mechrafi et l'Haj Benameur.
Devoir de mémoire
Il est important que les Marocains se souviennent de tout cela, car c'est de leur Histoire qu'il s'agit. Il est important qu'ils prennent conscience de l'apport à la résistance de la région de l'Oriental, et notamment de la tribu des Beni Snassen. Les faits historiques sont là, mais ensevelis sous une épaisse couche d'oubli que personne n'a entrepris d'effacer. Il faut savoir, par moments, dépoussiérer les livres d'Histoire, pour que les générations actuelles et futures se souviennent.
Les prisonniers d'Aghbalou ont été sauvés par un certain François Mauriac qui, en 1952, jeta tout le poids de son prix Nobel pour dénoncer la torture que les autorités du protectorat exerçaient au Maroc. La Croix rouge internationale prit finalement ces prisonniers sous sa protection, avant qu'ils ne soient officiellement considérés comme d'anciens prisonniers politiques.
Il faut rendre hommage à ces héros sans gloire de l'Oriental, aux noms cités plus haut - mais aussi à la famille Bachiri, à Mohamed Derfoufi (assassiné le 11 novembre 1954), à Mustapha Belhaj, aujourd'hui plus que centenaire et qui vit toujours à Berkane
Dans un document datant de 1938, le général Noguès demandait l'expulsion de ce dernier pour trouble à l'ordre public et aide au mouvement nationaliste. Hommage donc à tous ces anonymes qui ont sacrifié leur vie et leurs biens pour l'indépendance du Maroc.
Si seulement les enfants des anciens prisonniers d'Aghbalou se mobilisaient, afin que la mémoire de leurs pères ne soit pas oubliée. Feu Omar Benchemsi a bien créé l'association des anciens d'Aghbalou, mais celle-ci a sombré dans l'oubli depuis 1999, date de son dernier rassemblement à Meknès. Aujourd'hui, il est crucial de se souvenir d'Aghbalou. Il faut réunir les documents historiques (car il y en a) et recueillir les témoignages des survivants (il y en a de moins en moins). Pour la mémoire, pour l'Histoire.
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