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Par Youssef Aït Akdim,
correspondant à Paris
France. Le testament de Chirac
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Dans quelques semaines,
Jacques Chirac quittera lElysée
et le monde de la politique.
(AFP)
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Dans un livre d'entretiens aux tonalités de testament politique, le journaliste Pierre Péan dresse un portrait plutôt élogieux du président français. Après deux mandats, Jacques Chirac fait ses adieux à la politique.
Depuis quelques semaines, Jacques Chirac a multiplié les signaux d'adieu à la politique. Des signaux discrets, mais qui ne trompent personne : même le suspense qu'il entretient sur son intention de se porter candidat aux présidentielles semble feint. En accueillant les chefs d'Etat africains au sommet France-Afrique, l'homme qui préside |
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depuis douze ans aux destinées de la France préparait déjà sa sortie. Dans un pavé de 500 pages, paru chez Fayard sous le titre L'inconnu de l'Elysée, le journaliste Pierre Péan brosse un portrait à contre-courant du lynchage systématique qu'a subi Jacques Chirac ces derniers temps. Péan, qui dit détester le Paris rédactionnel éditorial, déplore les jugements à l'emporte-pièce sur un homme qui a marqué la vie politique française des trente-cinq dernières années.
Une personnalité complexe
Face au dénigrement des girouettes, Pierre Péan préfère insister sur les aspects les moins connus du président, un Chirac amateur de l'Orient et des arts premiers, une culture qui se déploie en dehors des poncifs de la culture classique. C'est là une de ces différences de style avec son prédécesseur, François Mitterand, auquel il portait une grande estime (homme très intelligent et cultivé, pas du tout comme moi). Toute la première partie du livre fourmille de détails sur la passion infinie de jacques Chirac pour l'Extrême-Orient, la Chine et surtout le Japon, mais aussi pour les civilisations dites primitives, des Dogons du Mali aux Inuits de l'Arctique et aux Taïnos de l'arc caraïbe, auxquels il a souhaité dédier la réalisation culturelle de son mandat, le musée du Quai Branly.
Sa curiosité scientifique le poussera même à présenter l'archéologue Michel Brunet, le découvreur de Toumaï, à Kadhafi. Ce volet est moins connu, d'autant plus que les chroniqueurs préfèrent l'image d'un président qui donne des tapes sur les culs des vaches dans les couloirs du Salon de l'agriculture. L'homme n'y est pas pour rien, en laissant répéter qu'il était un analphabète. Une attitude de repli, comme pour se protéger : Je me disais, au moins on me fout la paix, j'ai mon domaine privé. Surtout, Péan retient que Chirac s'est opposé aux Etats-Unis au moment de la guerre en Irak, révélant un penchant pour la défense des opprimés qui détonne dans sa famille politique. Le journaliste, qui est de gauche, révèle ainsi comment, approché par Hassan II, à la fin des années soixante, il s'était fait le militant discret de l'ANC (African National Congress), le mouvement qui luttait contre l'apartheid en Afrique du Sud. En clair, il aurait été son porteur de valises, ce qui lui vaut encore aujourd'hui l'amitié de Nelson Mandela.
Règlements de compte
À dix semaines du premier tour de l'élection présidentielle, le chef de l'Etat s'est exprimé sur le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy. Je me fous éperdument que Sarkozy ou tel autre... Je me fous de beaucoup de choses. Il dit encore : Je suis insensible à la haine et tout aussi insensible au découragement. Je ne crois pas aux sondages, qu'ils soient bons ou mauvais. C'est ma grande différence avec Sarkozy... Je lui dis toujours : 'Arrête de te fier aux sondages !'. Pourtant, le chef de l'Etat reconnaît beaucoup de qualités à son ministre de l'Intérieur. C'est un homme actif, intelligent, un homme politique de premier ordre. En 2002, lorsqu'il l'a nommé ministre de l'Intérieur, il a considéré que c'était un atout pour la majorité et pour la conduite de l'action publique. Chirac reproche au président de l'UMP d'être spontanément plus libéral que lui : Je suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme et qu'il conduira aux mêmes excès. L'un comme l'autre sont des perversions de la pensée humaine. Sarkozy l'a ulcéré quand il a critiqué, à Washington, le 12 septembre 2006, l' arrogance française et la grandiloquence stérile de son pays au moment de la crise irakienne à l'ONU, même s'il visait vraisemblablement Dominique de Villepin.
Chirac parle de différences d'approche, s'agissant notamment de la relation avec les Etats-Unis. Il s'explique longuement sur l'Irak, ayant répété trente-six fois à Bush qu'il commettait une erreur monumentale. Mais il assure cependant ne pas en vouloir à Nicolas Sarkozy pour sa trahison de 1993 au profit d'Edouard Balladur. Il y a un défaut que je n'ai pas, c'est celui d'être rancunier, dit-il. Il confie toutefois qu'Edouard Balladur lui a fait de la peine lorsqu'il lui a fait comprendre qu'il serait candidat à la présidentielle de 1995. Quant à Jean-Marie Le Pen, auquel il fut opposé au second tour de 2002, il fait l'objet de sa plus grande exécration. J'ai toujours été allergique au Front national, c'est quasiment physique, je ne peux supporter tout ce qui est racisme et xénophobie. Il s'explique sur la sulfureuse photo témoignant de sa poignée de main avec Le Pen, en 1987 - un coup monté par le président du FN, dit-il. Il accuse aussi Balladur, qui a essayé de le convaincre, comme Pasqua, de pactiser avec Le Pen en 1988 : Cela Edouard, jamais ! On perdra peut-être les élections, mais si on les perd, ce ne sera pas pour cette raison-là. Le chef de l'Etat réserve ses propos les plus durs à son vieux rival Valéry Giscard d'Estaing, un homme très brillant, mais qui n'incarnait pas la France, contrairement au père de Gaulle, à Pompidou et à Mitterrand, et plus dur : Je pensais qu'il était le meilleur. Après quoi j'ai changé d'avis, dit-il de celui qu'il a fait élire en 1974, et qui l'avait propulsé alors à Matignon. Aujourd'hui, à l'heure de quitter la vie politique nationale, la distance avec tous ces hommes semble grandir, jour après jour. |
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Verbatim.
Libéralisme. Je ne crois pas au libéralisme qui est, à mon avis, une forme de déviance. Même si je caricature à dessein quand je dis que c'est la même chose que le communisme. (
) Un bon équilibre, inspiré par la sagesse, se situera à mi-chemin des deux systèmes.
Immigration. Après avoir pillé leur culture, on a volé leurs ressources, leur matières premières, en se servant de la main-d'uvre locale. (
) Maintenant c'est la dernière étape : on leur pique leurs intelligences en leur distribuant des bourses, et on persiste à dire de ceux qui restent : ces Nègres ne sont décidément bons à rien. (
) Vous ne m'avez jamais entendu parler d'immigration choisie.
Racisme. Il est peu de choses qui me choquent, mais je ne supporte vraiment ni la xénophobie, ni le racisme. Si je suis souvent sévère avec les Israéliens, c'est à cause de leur politique. Pour autant, je ne tolère pas le racisme, l'antisémitisme.
Mitterand. De cette relation avec lui, je retiens la force du courage quand il est soutenu par une volonté, la volonté de replacer l'homme au cur de tout projet. Seul compte finalement ce que l'on est dans sa vérité et ce que l'on peut faire pour la France. l |
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