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Par Karim Boukhari
Élections. Le facteur femme
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Les femmes sont les premières
à ne pas voter
pour des femmes.
(AFP)
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Les femmes sont appelées à voter plus, mieux, et (autant que possible) pour les femmes ! Un vaste programme qui représente l'un des enjeux majeurs de l'année électorale 2007.
La remarque de ce jeune homme, attablé à une terrasse de café avec un journal sous les yeux, mérite réflexion : Mais pourquoi s'agite-t-on autant sur la question de la femme ? Si elles sont, comme on le prétend, considérées comme des citoyennes à part entière, exactement comme les hommes, elles n'ont qu'à se présenter aux élections sans quota. À elles alors de faire leurs preuves, de convaincre les électeurs |
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et les électrices, pour se retrouver au Parlement et, pourquoi pas, dépasser le score des hommes. Le Maroc officiel, ministère de l'Intérieur et partis de la majorité réunis, a décidé de ne rien changer au schéma établi dès 2002, date des dernières législatives : les femmes bénéficieront bien d'un quota, mais qui ne dépassera pas les 10%. Un quota est nécessaire pour garantir un minimum de représentativité aux femmes, mais un quota élevé (ndlr : les mouvements féministes réclament le tiers des sièges au Parlement) dénaturerait la volonté populaire, qui reste très conservatrice, note cet observateur en parfaite adéquation avec la ligne officielle.
Quota ou pas quota ?
En combinant ces données, on se rend à une première évidence : au Maroc, il n'est pas naturel de voter femme. Parce que cela ne s'improvise pas. Même dans les pays les plus avancés, il a fallu instaurer des quotas avant d'induire le réflexe de voter femme, souligne cette militante associative. Le quota instauré en 2002 a-t-il changé quelque chose dans les réflexes ? La réponse pourrait être oui, mais le changement est bien lent à se dessiner, si l'on se réfère aux derniers chiffres fournis par l'enquête nationale sur les valeurs (2004) : plus de 60 % de Marocain(e)s pensent que les hommes font de meilleurs leaders politiques que les femmes. Nuançons toutefois par une autre donnée, fournie par la même enquête : à la question de savoir s'ils voteraient pour une femme, 82,2% des sondé(e)s ont répondu oui et 17,7% seulement ont dit non.
Suffit-il, pour inverser la tendance, d'inciter les femmes à voter plus, partant du principe qu'une femme est plus disposée à faire confiance à une femme ? Discutable. Les femmes votent autant que les hommes, voire plus. Et cela n'a jamais dopé leur représentativité au Parlement !
Écoutons Nouzha Sqalli, élue PPS, très active dans les combats pour une meilleure représentativité des femmes : Le problème n'a jamais été de voter plus, mais de voter utile, mieux. Et c'est encore plus vrai pour les femmes. Ne nous voilons pas la face : les femmes ont surtout été utilisées comme réservoirs à voix. Parce qu'elles sont considérées généralement plus pauvres, analphabètes ou vulnérables. Ce n'est donc pas en les incitant à voter que l'on augmentera la présence des femmes au Parlement. La députée progressiste résume l'équation en une formule : Absence (ou faiblesse) de quota égale absence de représentation. Difficile de la contredire quand on se penche sur l'histoire électorale du pays. En 50 ans d'indépendance, ponctués de six rendez-vous électoraux, le royaume n'a été capable d'accorder que 39 sièges aux femmes, dont 35 en 2002. Trop peu pour un pays qui se veut moderne et qui a choisi de promouvoir le statut des femmes. L'instauration du quota a même eu un effet incitatif puisque, en 2002, 266 se sont portées candidates à la députation, près de quatre fois plus qu'en 1997. Un autre outil permet de mesurer l'impact d'une discrimination positive : les élections communales. Malgré les progrès enregistrés au fil des consultations, les Marocaines ne sont représentées que dans des proportions ridicules (que dire d'autre ?), inférieures à 1% : 0,34 en 1997 et 0,54 % en 2003. Le mieux observé entre les deux taux est tout de suite barré par une autre donne : entre 1997 et 2003, le nombre de femmes candidates aux communales s'était multiplié par quatre. Question alors : à quoi sont dus les scores incroyablement faibles des femmes aux communales ? À l'absence de quota, tout simplement. Je ne le dirais jamais assez : sans quota, on n'ira pas bien loin, martèle, sans doute à raison, Nouzha Sqalli.
La famille ou la politique
L'association 2007 Daba, créée sous les meilleurs auspices pour accompagner l'année électorale, ne se trompe pas quand elle diagnostique que le décalage entre le pourcentage des candidatures féminines et celui des élues indique que l'électorat n'est pas encore prêt à faire confiance aux capacités féminines dans la gestion des affaires locales. La société est donc (encore) plus conservatrice que les partis. Et la société, c'est aussi les femmes. Toute la difficulté est aujourd'hui là : comment inciter les femmes à choisir des femmes (et à voter plus, au passage) ? Avec le quota actuel de 10%, elles seront au moins 30 à siéger au Parlement. Le but est de grappiller un maximum de sièges directs, hors quota. Cinq femmes seulement ont été élues hors quota en 2002 et, en 2007, il s'agit de multiplier ce nombre par autant d'occurrences que possible.
Le pari est ambitieux. Il tient de la gageure parce que, au final, cela revient à violer des mentalités, une certaine façon de penser, bien verrouillées. La psychologue Assia Akesbi ne dira pas le contraire : Tous les Marocains ne se sentent pas concernés par les enjeux des élections, voire de la politique en général. Et les femmes plus encore, elles qui se voient, du fait de leur statut social et de leur éducation, essentiellement dans des métiers et des fonctions de femmes. Les problèmes de représentation n'expliquent pas tout, loin s'en faut. La psychologue poursuit : On est en droit d'émettre plusieurs hypothèses pour expliquer que les femmes ne votent pas, ou pas assez, pour les femmes. Il est possible, intérieurement, que cela soit le produit d'un sentiment de rivalités entre femmes. Une femme (électrice) peut avoir du mal à autoriser, voire accorder, à l'autre (élue) ce qu'elle ne s'autorise pas à elle-même. On le voit, les explications, les pistes de réflexion, sont aussi riches en psychologie comportementale qu'en politique pure. Une ancienne candidate à la députation, jamais élue, se souvient par exemple de ses premiers pas en politique : Quand j'ai décidé de me présenter aux élections, j'ai dû affronter des difficultés personnelles, liées à mon propre environnement familial, quotidien. Les femmes me disaient : 'Mais tu es une femme, tu as des enfants, un mari, un travail. Qu'est-ce que tu comptes faire de tout cela, si tu te présentes réellement aux élections ?'. Mesdames, il va falloir se lever très tôt pour faire évoluer tous ces réflexes. |
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Communication. Daba ou jamais
À partir du 12 mars, et sur une durée de dix jours, les cinq chaînes de télévision nationales se relayeront pour diffuser une large campagne nationale dédiée aux femmes. Trois capsules quotidiennes sont prévues au programme. Nous avons choisi un échantillon de dix femmes pour lancer la campagne, explique Laïla Hamili, responsable de la commission femmes au sein de 2007 Daba. Les profils retenus vont de la mère de famille à la coiffeuse, en passant par la chef d'entreprise, la leader politique ou la militante associative. Le but était d'interpeller toutes les catégories socio-professionnelles des Marocaines. Entre autres objectifs, 2007 Daba table sur un taux de représentativité au Parlement de 20 %, et sur une augmentation de 25% du vote des femmes. L'association a également mis au point une série de séminaires et un guide (sobrement intitulé femmes candidates pour 2007 : mode d'emploi) pour accompagner la formation des élues de demain. Un pari difficile mais intéressant. Parce que 2007, c'est daba ou jamais. |
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