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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim,
correspondant à Paris

France. Ne l'appelez pas beurette !

Najat Belkacem aux côtés
de Ségolène Royal.
(AFP)

D’origine marocaine, la nouvelle porte-parole de Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, est un modèle d'intégration dans le monde politique des jeunes issus de l'immigration. Portrait d'une “pépite” au PS.


Jeudi 22 février, au siège du Parti socialiste rue de Solférino à Paris, Ségolène Royal présente sa nouvelle équipe de campagne. Une vingtaine de personnes et une majorité de têtes connues. La surprise, il faut la chercher parmi les trois porte-parole : aux côtés de Vincent Peillon et Arnaud Montebourg, une jeune brunette découverte par
Gérard Colomb, l'actuel maire de Lyon. En quelques années, elle est devenue la chouchoute des socialistes lyonnais. “C'est un grand honneur d'abord, dit-elle. Mais c'est surtout un bon choix. En toute humilité, je crois que je peux lui apporter au moins l'enthousiasme des gens de ma génération”. Najat Vallaud-Belkacem affiche à la fois un parcours brillant et des prétentions politiques audacieuses.

Un parcours tracé
Jeune conseillère et présidente de la commission culture de la région Rhônes-Alpes, Najat Belkacem est la plus jeune de l'équipe de vingt “animateurs de campagne” nouvellement constituée, sous la houlette de Jean-Louis Bianco, directeur de campagne de Ségolène Royal. À 29 ans, elle est au seuil d'une carrière politique prometteuse. Pendant la course à l'Elysée, elle aura l'occasion de côtoyer d'anciens ministres comme Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Laurent Fabius ou encore Elisabeth Guigou. Chargée d'expliquer le volet des questions d'éducation et d'insertion du pacte présidentiel de Ségolène Royal, - “C'est ce que je connais le mieux”, confie-t-elle - Najat est déjà un symbole d'intégration réussie. Cette étiquette, elle la vit positivement, “tant mieux si je peux servir de modèle. J'ai fait fonctionner mon ascenseur social, grâce à l'école et aux institutions. J'ai une grande confiance dans la République”, dit-elle.

Née au Maroc dans un milieu rural et au sein d'une famille nombreuse, cette fille d'ouvrier quitte Amiens pour Sciences Po Paris. Diplômée en 2000, elle rejoint un cabinet d'avocats au Conseil d'Etat. Auparavant, à 21 ans, elle a été l'assistante parlementaire de la députée PS de l'Oise, Béatrice Marre. En 2003, elle reprend contact avec la politique lorsqu'elle est présentée au maire de Lyon, Gérard Collomb. “Il cherchait à étoffer son cabinet notamment sur les questions de démocratie participative. Je suis venue le rejoindre à Lyon pour travailler dans son cabinet sur ce sujet, puis sur d'autres”. Elle a d'ailleurs été choisie pour affronter en juin l’actuel ministre des Transports, Dominique Perben, pour les prochaines législatives dans la 4ème circonscription de Lyon, un bastion tenu par la droite depuis plus de vingt ans. Pourtant, celle qui dit avoir “ toujours été plus qu'une sympathisante”, n'a adhéré au Parti socialiste qu'après l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002.

Avec Ségolène Royal
Najat Vallaud-Belkacem, mariée depuis peu, souhaite vivre pleinement sa vie de femme active et engagée politiquement. “Mon parcours ressemble finalement à celui de nombreuses jeunes femmes de ma génération, qui ont fait le choix des études pour exercer pleinement un métier, être autonomes et accéder à assez de responsabilités pour espérer changer la société, la rendre plus juste, plus solidaire, plus heureuse”. Si Najat n'est pas une partisane de la première heure de Ségolène Royal, elle veut profiter de la brèche qu'ouvre sa candidature. “Je ne peux m'empêcher de la trouver sympathique car je sais quelle force et quels sacrifices la politique demande aux femmes”, reconnaît-elle. En revanche, elle revendique une liberté de pensée, qui est peut-être aussi une manière de préserver son avenir politique. “Je n'ai aucun modèle. Personne ne me fascine, je respecte ceux qui ont bien réussi mais chacun a sa part d'ombre. En ce moment, je suis admirative devant Ségolène, mais on ne peut pas dire que c'est mon modèle”. Elle dit ne pas considérer la politique comme un emploi. “Je pense que chacun d'entre nous devrait être en mesure d'exercer un mandat. Le vrai problème aujourd'hui est la professionnalisation de la politique, les hommes politiques considèrent normal d'avoir le pouvoir ou de le chercher depuis 20, 30, voire 40 ans. Ce n'est plus possible”.

Farouchement opposée à la discrimination positive, Najat Belkacem refuse de se voir réduite à son statut de beurette. “Je ne fais pas de mes origines un argument de campagne”, affirme-t-elle, même si elle admet n'avoir aucune illusion sur le fait que son profil ait accéléré son parcours politique. “Mais je ne veux pas non plus m'excuser d'être née pauvre, femme et immigrée. Ce qui, je vous l'assure, n'est pas forcément un atout quand on démarre dans l'existence…”. Elle n'a pas eu à se plier au vote des militants pour être désignée candidate du PS face à Dominique Perben (UMP) : elle était la seule femme et “minorité visible” à pouvoir briguer les élections dans la 4ème circonscription de Lyon. Si certains ont raillé sa désignation par le haut pour porter les couleurs du parti socialiste à Lyon, et le soutien de son mentor Gérard Collomb qui lui a permis de trouver un siège au conseil régional, Najat Belkacem espère bien créer la surprise et attend avec impatience le moment “où seul le mérite entrera en ligne de compte”. Le seul sondage paru pour l'instant lui donne de l'avance au premier tour avec un total de 28% des suffrages.



Portrait croisé. À droite, Rachida Dati

À 41 ans, également d'origine marocaine, Rachida Dati est la porte-parole du candidat de la droite à l'élection présidentielle. Cette magistrate à poigne - elle a été chargée de préparer le projet de loi relatif à la prévention de la délinquance - est l'une des conseillères en vue de Nicolas Sarkozy. Issue d'un milieu populaire de Châlon-Sur-Saône, un père maçon marocain et une mère algérienne, elle enchaîne les petits boulots (standardiste, aide-soignante dans une clinique privée) avant un DEUG d'économie qui lui permet d'entrer chez Elf comme comptable. Sa détermination paie le jour où elle rencontre Jean-Luc Lagardère. C'est l'entreprise de ce dernier qui lui paiera son MBA. Rachida Dati accède alors à de plus hautes responsabilités, avant de passer le concours d'entrée de l'école de la magistrature sur les recommandations de Simone Veil et Marceau Long, à l'époque vice-président du Conseil d'Etat. Depuis 2002, elle a rejoint le cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, devenant l'un des plus fermes soutiens de sa politique de discrimination positive. Aujourd'hui, avec Xavier Bertrand, elle est le porte-parole officiel du candidat-ministre et même si elle se défend d'être la “caution banlieue” de Nicolas Sarkozy, elle bataille toujours pour améliorer l'image désastreuse du ministre de l'Intérieur chez les jeunes issus de l'immigration. Du boulot en perspective...

 
 
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