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Par Abdeslam Kadiri
Bangladesh. République matriarcale
Depuis 1991, deux femmes se sont succédé à la tête du troisième pays musulman du monde. Khaleda Zia et Cheikha Hasina Wajd se livrent une guerre sans merci pour le pouvoir. Le Bangladesh en profite-t-il pour autant ?
Le Bangladesh s'est fait connaître par le succès phénoménal de la Grameen Bank et des microcrédits lancés par l'économiste Mohamed Yunus, nobelisé l'an dernier. Mais on oublie souvent que le troisième pays musulman étonne aussi par ses dirigeants politiques : il est dirigé depuis une quinzaine d'années par deux femmes, qui se sont relayées |
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au poste de première ministre. C'est devenu une tradition. Depuis le renversement du régime militaire dErshad en 1990, le pays vit sous un régime de démocratie parlementaire dans lequel deux partis opposés dominent. Et les deux sont dirigés par des femmes. Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) est contrôlé par Khaleda Zia, alors que la Ligue Awami est sous la houlette de Cheikha Hasina Wajd. Leurs partis ont accédé tour à tour à la primature en 1991, 1996 et 2001. Comment ces femmes, dans l'un des pays les plus pauvres, mais aussi les plus conservateurs au monde, sont arrivées là ?
Des femmes
mais rivales !
Née en 1945, Khaleda Zia s'est mariée à 13 ans avec un capitaine de l'armée pakistanaise, Ziaur Rahman, à l'époque où le Bangladesh faisait partie du Pakistan. Il prend la tête du pays en 1977. Khaleda Zia mène alors une vie retirée, jusqu'à la mort de son mari, assassiné par des putschistes en mai 1981. Le général Mohamed Ershad, qu'elle accuse de l'assassinat, prend la tête du pays. Ainsi naît la vocation de Khaleda Zia. Elle trouve une alliée en Cheikha Hasina Wajd. Les deux femmes parviennent à renverser le général Ershad, en décembre 1990. Mais depuis, les deux complices se transforment en ennemies jurées. Sur le plan des doctrines, tout les oppose. La Ligue Awami de Hasina Wajd est à l'origine de l'indépendance du pays en 1971. Son idéologie socialisante et laïque en avait fait le parti des minorités et de la gauche, alors que le BNP est plus conservateur, qui souhaite mettre en évidence l'appartenance du Bangladesh à la civilisation islamique. Pour ne rien arranger, Cheikha Hasina Wajd incrimine le mari de Khaleda Zia dans le meurtre de son père
En février 1991, Belgum (princesse) Khaleda Zia, comme on l'appelle, est devenue premier ministre. En 1996, c'est au tour de Hasina Wajd de prendre sa revanche. Mais Khaleda Zia revient au pouvoir en 2001, à la tête d'un gouvernement d'union nationale, qui s'appuie notamment sur des islamistes, accusés d'être proches de groupes radicaux. Dans le nouveau gouvernement de K. Zia, la Jamaâ Islamiya était, d'ailleurs, en charge de deux portefeuilles.
Quel changement ?
Mais la dirigeante du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) est loin d'être une démocrate modèle. Son bilan n'a rien de vraiment flatteur. Outre la tradition des coups d'Etat qui ont jalonné l'histoire du pays et les nombreux problèmes qu'il connaît (analphabétisme, démographie galopante, chômage, corruption endémique, etc.), la violence a augmenté au Bangladesh sous le règne de Khaleda Zia. Ainsi, le 17 août 2005, plus de 400 bombes ont explosé dans plusieurs villes du pays. Les journalistes, les juges, les intellectuels et les militants sont victimes d'intimidations. Le gouvernement qui avait sous-estimé la menace terroriste se dit enfin prêt à la combattre. Entre-temps, les années 90 avaient permis la réaffirmation des partis islamistes.
Sous la pression de Wajd et de ses partisans, des élections anticipées ont été déclenchées le 22 janvier dernier. Elles opposent la coalition au pouvoir à la Ligue Awami alliée. Il y a 345 sièges à pourvoir au Parlement monocaméral, dont 45 sont réservés aux femmes. Les élections ont finalement été reportées sine die, après le boycott du scrutin par la Ligue Awami. Accablé de voir une telle situation, Mohamed Yunus, auparavant apolitique, a fini par jeter un pavé dans le marigot bangladais. Le prix Nobel 2006 a décidé, il y a quelques jours, de créer son propre parti politique : Nagarik Shakti, littéralement le pouvoir des citoyens. On s'en doute, les deux égéries de la politique bangladaise ne le voient pas d'un bon il... |
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