Élections. Le facteur "femme"
Politique. Les femmes du PJD
Fatna El Bouih. "On m'appelait Rachid..."
Sport. Nos amies les footeuses
Reportage. Le village des veuves
Histoire. Pionnières marocaines
Internet. La bloggeuse anti-hchouma
Presse. Dentelles et papier glacé
France. Ne l'appelez pas beurette !
Bangladesh. République matriarcale
Affaires. À quoi sert le "matronat" ?
Com. A3, la boîte à nanas
Toulati Amanna. Le girls band de Hassan II
N° 263
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

à droite de Boulane (debout,
au centre) le premier rôle Driss
Roukh. Debout à droite et assis
à gauche, les deux révélations
du film, Fehd Benchemsi
et Rafik Boubker.
(DR)

Première. Satanistes, la version Boulane

Quatorze jeunes Casablancais dont le dénominateur commun est d’être plutôt potes, de jouer (ou simplement aimer) la musique et de “déconner” gentiment, comme tous les gens de leur âge… ça ne vous rappelle rien ? Oui, l’histoire des quatorze, le procès ubuesque des “satanistes”, tout cet épisode douloureux de l’année 2003, quelques semaines avant les attentats du 16 mai, où un juge et un procureur ont pu retenir une chanson (“people are strange” des Doors), des tee-shirts et des cendriers en forme de crâne de mort comme “pièces à conviction”. Ahmed Boulane, pour son deuxième film après le très
sympathique Ali, Rabiaâ et les autres a donc choisi de replonger dans cette histoire restée dans les annales. Avec ses moyens et ses partis pris, avant tout ceux d’un “libre adaptateur” qui s’inspire de la réalité sans lui coller à tout prix. Tout le monde n’appréciera pas forcément, mais la démarche boulanienne est ainsi faite : elle a le mérite d’être agréable à voir. Si Les Anges de Satan manque un tantinet d’épaisseur psychologique, la multiplication des personnages et des situations y est probablement pour quelque chose. Plus léger que prévu, voire espéré, le film se laisse néanmoins regarder. Il a surtout le mérite de sortir au bon moment, à quelques mois des élections, une manière de nous dire : attention, la bêtise (de ceux qui voient des Satan partout) est parmi nous. Pour le timing, en tous cas, c’est parfait.


Sortie. La leçon Scorsese

Dire qu’un film de Martin Scorsese sent la facilité, c’est certes effronté. Scorsese maîtrise le thriller comme personne. Et c’est justement cette maestria établie dans le genre qui gêne avec Les infiltrés. Ce n’est pas son premier chef d’œuvre. Le pitch tiendrait en quelques mots. “Un flic à la mafia et un mafieux chez les flics”. Une double histoire assaisonnée des ingrédients naturels de l’univers de Scorsese : argent, violence et lutte de pouvoir. Mais le génie, tout le génie, est dans une construction haletante et sans fioritures, une esthétique parfaite et surtout une direction d’acteur sans égal. Leonardo DiCaprio est méconnaissable durant les premières minutes du film. Jack Nicholson est au sommet de son art. Et Matt Damon a enfin trouvé le rôle qu’il faut pour exploiter son côté “faux-cul”. Bref, Les infiltrés est synonyme de plaisir, mais certainement pas de surprise. Sauf peut-être, vers la fin, le dernier quart d’heure où Scorsese envoie tout ce beau monde valser dans une spectaculaire explosion de violence.

Les infiltrés, au Mégarama.



Docu. Les guerilleros du Rif

Cinq historiens marocains et autant d’espagnols pour raconter la guerre du Rif. C’est le projet de l’Espagnol Manuel Horrillo. Une semaine après le rejet par la commission constitutionnelle du Parlement espagnol d’une proposition de loi demandant à l'Espagne de reconnaître l'utilisation d'armes chimiques pendant ladite guerre, le réalisateur déclare préparer un documentaire sur cet épisode de l’histoire maroco-espagnole. Annonce que Ilias Omari, président de l'Association de défense des victimes des gaz toxiques dans le Rif, commente avec précaution : “Nous attendons le plan du scénario avant d’émettre une opinion”. À suivre !


Workshop. Le banc des théâtreux

Un programme de formation pour les jeunes auteurs de théâtre, voilà qui fera plaisir aux aspirants des planches. Après une étude pointant du doigt “l’absence de structures” et “le manque de créativité dans ce secteur”, le British Council et le Royal Court Theatre de Londres lancent – dans le cadre d’un programme d’échange interculturel - un appel à candidatures aux dramaturges en herbe de sept pays du Maghreb et du Moyen-Orient, dont le Maroc, avec une moyenne de trois auteurs par pays et par session. A la clé pour les heureux élus, une série de trois workshops à partir de avril 2007 (en Syrie, en Tunisie et en Egypte, excusez du peu), animés par les prestigieux auteurs anglais David Greig et April de Angelis. Critères : avoir une petite expérience dans l’écriture théâtrale, être âgé de 21 à 35 ans, et écrire en arabe. Date limite de dépôt de candidature, le 14 mars.

Renseignements au 037 76 08 36



Tagnaouite. L’adieu à Boussou

Et un autre qui s’en va. Maâlem Hmida Boussou s’est éteint le 17 février à Casablanca, des suites d’un cancer. Agé d’environ 75 ans, il montait encore sur scène, en juin dernier et tous les ans d’ailleurs, fidèle au rendez-vous d’Essaouira. Peut-être même espérait-il mourir à temps pour ce dixième anniversaire du Festival. Et ce dernier de lui rendre justice en lui consacrant un hommage posthume l’été prochain. C’est que Boussou était un véritable illuminé de tagnaouite. Après tout, n’a-t-il pas lui-même déclaré avoir eu la révélation à l’âge de sept ans lors d’un pèlerinage, où il avait vu en rêve le marabout local lui remettre un guenbri ? Maâlem à ses 16 ans, Hmida Boussou a, entre autres, accompagné le légendaire Sam une demi-douzaine d’années et formé une génération de maîtres dont son propre fils, Hassan Boussou, aujourd’hui installé en France, et le très discret Mustapha Baqbou qui avoue avoir perdu “son maître, et son ami” d’un coup. Que dire de plus, sinon Sehha Maâlem…une dernière fois.


Tournage. Un jour Pasolini

Premier clap cette semaine de “En attendant Pasolini”, quatrième long de Daoud Aoulad Syad, mais son premier à financement 100 % marocain - pour la peine, le réalisateur avait dû reporter le tournage, initialement prévu en novembre dernier, le temps de boucler le budget. Tout est bien qui finit bien. Place au plaisir maintenant, ça tourne ! 1966. Arrivé dans le sud marocain pour le tournage de Œdipe roi, Paolo Pasolini se lie d’amitié avec Thami, alias Mohamed Majd, un figurant originaire de la région. Les deux hommes sont inséparables, les trois mois que durera le séjour de Pasolini à Ouarzazate. Depuis, Thami attend, dans son petit village, convaincu que son ami reviendra un jour. Quarante ans plus tard, en apprenant l’arrivée d’une équipe de tournage italienne, Thami est convaincu que Pasolini est de retour… Sortie ? Quand Aoulad Syad aura jugé le film terminé !


Séparation. Les vacances de Gnawa diff

La rumeur est confirmée. Après une dernière tournée (de mars à août 2007), les Gnawa Diffusion devraient mettre entre parenthèses leur aventure, entamée en 1993 avec le maxi Légitime différence. “Ce n’est pas un split définitif, nous avons d’autres projets”, précise Amazigh Kateb, qui adapte actuellement une pièce de son père, le dramaturge algérien Kateb Yacine. Remarqué pour son cocktail musical explosif (reggae, funk, rock et gnawi) et pour des textes politiques à l’humour acerbe, le groupe avait conquis le public français avant de devenir un vrai phénomène au Maghreb, en témoigne le tube Douga Douga. Le double CD et DVD live gravé à Paris à l’automne dernier s’intitulera Fucking Cowboys, et sa sortie le 26 mars ressemble fort à un testament. Un dernier concert cet été pour les fans marocains, avant de raccrocher ? Pas au programme pour l’instant, mais ce serait quand même dommage de s’en priver...


Nouvelle scène. À propos d’awards...

L’organisation des Motorola music awards s’est trouvée dépourvue face à une sono capricieuse, la semaine dernière, à la remise des prix, virant à la catastrophe en fin de soirée. Un cafouillage sauvé par un a capella forcé des H-Kayne qui a fait se lever la salle… Tout est bien qui finit bien. Côté prix, notez, pour les meilleures révélations, G-Nerap-style et Caravane, respectivement dans les catégories rap et fusion. H-Kayne et Hoba Hoba Spirit ont été sacrés meilleurs groupes rap et fusion. Le prix du meilleur album rap est naturellement revenu à Bigg, pour son album Mgharba Tal Mout. L’khasser arrachera également le prix du meilleur titre rap avec l’khouf. Et pour finir, Casa Casa de Darga est reparti avec la double consécration de meilleur titre et album Fusion.


Festival. Noir et Magique

Après le Festival gnaoui d’Essaouira et le Timitar amazigh d’Agadir, voici The Magic Draa Festival de Zagora, du 19 au 22 avril 2007. La petite ville du sud affiche cette grande ambition : faire du nouveau venu dans le paysage festivalier, “la plus grande manifestation de musique noire au Maghreb”. Sa recette ? Quatre jours et quatre nuits de concerts, une douzaine de groupes d’Afrique, un atelier de danse africaine, des cours de percussion marocaine (de la taârija au bendir) et de hejhouj, des cours d’initiation à la darija et au tamazight, des excursions dans la région, et pour finir un petit clin d’œil écologique avec ce workshop de construction en glaise. C’est un bon début.


Le livre.

Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, apporte sa caution à un petit livre écrit par deux jeunes chercheurs, Adrien Abécassis et Mohamed Bouabdallah, Continuer l'Histoire. Les auteurs proposent en un peu plus d'une centaine de pages de tirer quelques lignes de compréhension dans le chaos du monde. Revendiquant un réalisme souvent dénigré par la pensée française des relations internationales, le théoricien de l'hyper-puissance américaine propose une réflexion stimulante sur les grands enjeux de la gouvernance mondiale. Pas question pour lui de se cacher derrière un rejet méprisant de la thèse du choc des civilisations, exemples à l'appui, il souhaite démontrer que les bonnes intentions ne font pas une politique étrangère.

Hubert Védrine (dir.), Continuer l'Histoire, Fayard




Humeur.
Les liaisons dangereuses

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

23h30, un bar de Casablanca. Assis au fond, trois journalistes. Un client se présente, aperçoit l’un des plumitifs, le reconnaît et s’invite à sa table. L’invité surprise semblait inoffensif de prime abord. Il avait laissé au vestiaire son écharpe blanche d’artiste habité par le feu sacré. En tenue civile, il paraissait même sain d’esprit. Mauvaise pioche, c’est un fou furieux, un théâtreux, un fâcheux forcément. L’homme ouvre la bouche, des propos de Berthold Brecht de maison de la jeunesse en sortent : “Mon ami poète a soutenu votre magazine. Il a signé votre pétition et vous l’insultez dans vos pages !”. Dans les bars, il y a rarement des tomates pourries en tapas. C’est bien dommage. Le trio aurait pu lui exprimer tout le bien qu’il pense des journalistes copains comme cochons avec les artistes. Et des écharpes blanches notamment. Tandis que l’homme divague, se noyant dans le vin sans bouée salvatrice, chacun des journalistes cherche une échappatoire. Le premier provoque l’homme de théâtre : “On s’est trompés, je l’admets. Ton ami poète n’est pas nul. Il est archinul”. Le théâtreux redouble de colère, c’est Mozart qu’on assassine désormais. Le deuxième s’essaye à la compassion pour le calmer : “À part vous, les artistes, personne ne lit les pages culturelles des magazines”. Le journaliste se voulait diplomate, il se révèle pyromane. Nouvel envolée lyrique d’histrion indigné. Le troisième choisit la solution radicale face aux pièces de théâtre interminables et imbitables. Il se cale dans son siège et pique un somme en attendant la tombée du rideau. La fermeture du bar…



Hit on line
Classée en décembre dernier la deuxième radio la plus écoutée auprès des 13/25 ans sur les axes Casablanca, Rabat et Marrakech – où elle est autorisée à émettre - Hit Radio affine un peu plus sa cible, contourne la “contrainte” HACA et lance une antenne on line. www.hitradio.ma.


Trabando Session
Après un concert inaugural de leur troisième album “Trabando” à Meknès, les Hoba Hoba Spirit remontent l’opus sur scène, pour une dégustation casablancaise cette fois-ci. Le 17 mars au complexe culturel Mohamed Zefzaf à Casablanca. En attendant la mise en bac de l’album…


Un livre pour ses 10 ans
250 arrêts sur image, des ambiances, des visages et des petites histoires, capturés par le zoom de Pierre Emmanuel Rastoin et commentés par des artistes, organisateurs, journalistes ou simples passionnés de tagnaouite. C’est le cadeau que s’offre le Festival d’Essaouira pour ses dix ans d’existence. À découvrir en juin.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés