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Sortie. La hayha est de retour !
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N° 264
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saâdi

Sortie. La hayha est de retour !

(PASCALE DE LA HORDEN)

Trabando, le troisième album de Hoba Hoba Spirit, sort le 17 mars prochain. Avec cet opus, les (désormais) cinq musiciens prouvent qu'ils sont loin d'être un phénomène de mode.


C’est un fait : Hoba Hoba Spirit est l'un des rares groupes marocains qui réussissent à s'exporter, et à se produire à guichets fermés dans presque toutes les villes du royaume. Leur dernière mini-tournée l'atteste. Dans des villes comme Ifrane ou Meknès, c'était la cohue. Résultat : des billets vendus au marché noir, et plusieurs fans déçus de n'avoir pas pu applaudir leur groupe préféré. À l'étranger, c'est le
même engouement. Entre 2005 et 2006, les cinq joyeux lurons ont joué, entre autres, en Espagne, en Belgique, en France et même au Niger ! Et ce n'est pas fini. Une nouvelle série de dates les attend dans les semaines à venir en Algérie, en Tunisie, et en Suisse. Hoba Hoba Spirit a donc parcouru un joli chemin depuis son premier passage sur une grande scène (au Festival d'Essaouira en 2003) et, surtout, depuis sa naissance en 1998.

Flash-back
Au tout début de l'aventure, il y a deux amis : Réda Allali et Aboubakr Zehouani. Collègues de bureau, ils ont en commun leur amour pour la musique. Très vite, le duo commence à animer des soirées entre potes, en chantant des reprises de Prince, Cat Stevens, ou encore Raïna Raï. Petit à petit les compères se lancent dans la composition et sont rejoints par Anouar, le petit frère d'Aboubakr. Hoba Hoba Spirit est né.

En 2000, le trio dépose sa candidature au Festival l'Boulevard, mais ne sera pas retenu. Pas question de baisser les bras pour autant : le groupe passe à autre chose et commence à se produire dans de petits concerts ici et là. Répéter et trouver du matériel bon marché relève du parcours du combattant, mais le trio tient bon… jusqu'en 2001, quand Aboubakr décide de quitter le groupe pour se consacrer pleinement à son travail. Coup dur pour Réda et Anouar, qui feront eux aussi une pause d'une année. Ce n'est donc qu'en juin 2002 que Hoba Hoba Spirit ressuscite, mais cette fois-ci avec de nouveaux venus : Adil à la batterie et Amadou à la basse. Ce dernier sera remplacé en 2003 par Saâd, alors bassiste du groupe Metal Reborn. C'est la même année que le groupe commence à se produire devant un public nombreux : au Festival Gnaoua d'Essaouira, au Boulevard des Jeunes Musiciens et d'autres scènes importantes dans tout le pays. Quelque temps plus tard, c'est le percussionniste Obiz (évoluant aussi au sein du groupe Darga) qui rejoint la formation, avant d'être remplacé en 2006 par Othmane à la percussion et au chant. Ce dernier s'était fait connaître dans le milieu alternatif casablancais en jouant avec des artistes comme Barry ou Askouri. Même si la compsition du groupe n'a cessé de changer depuis ses premiers pas, cela n'a en rien altéré sa musique, estampillée Hayha Music, encore moins sa popularité.

Hayha Forever
La fusion de Hoba Hoba Spirit, c'est un mélange explosif de musiques populaires marocaines, de reggae et de rock, accessible au grand public. Des mélodies faciles à retenir, tout comme les textes teintés d'humour. Véritables “chroniques sociales”, les chansons du groupe traitent de thèmes qui interpellent les Marocains : la schizophrénie ambiante, l'Hrig, le chômage, ou encore le football. “Pour moi il n'y a pas les paroles d'un côté et la musique de l'autre. Les mots portent en eux une certaine musique et la musique porte les mots. Quand on écrit un morceau, on cherche à toucher les gens, faire bouger les corps, faire bouger les esprits, et tout ça c'est complètement lié”, explique Réda Allali, parolier du groupe. Cette recette explique sans aucun doute le succès auprès du public marocain, qui déguste sans modération chacun des titres de la formation. La preuve : le titre Bienvenue à Casa, issu de leur premier album, a été téléchargé 10 000 fois le premier mois de sa mise en ligne sur le site officiel du groupe ! Si les Hoba ont bien compris quelque chose, c'est qu'Internet est la meilleure manière de se faire connaître des mélomanes marocains. Ils n'hésitent donc pas à mettre leurs albums intégralement en téléchargement, dès que les versions CD sont épuisées sur le marché. Il suffit donc d'aller faire un petit tour sur le site hobahobaspirit.com pour télécharger 17 titres du groupe, extraits du premier album éponyme sorti en 2003, et de Blad Skyzo en 2005. Les 12 morceaux de Trabando, le petit dernier, connaîtront aussi le même sort lorsque toutes les copies seront vendues.

Qu'on apprécie ou pas la musique et les paroles de Hoba, on ne peut pas nier que sur scène, ils assurent. Avec leur Hayha Music, festive et colorée, ils réussissent à faire danser des publics composés de milliers de spectateurs, que ce soit au Maroc ou ailleurs. “Nous avons encore plus confiance en nous maintenant que nous avons joué dans plusieurs pays étrangers et que nous avons pu faire danser des publics qui ne connaissent rien ni à notre culture, ni à notre musique, ni à notre langue”, explique Réda Allali. Et il est vrai que Hoba Hoba Spirit a acquis une grande expérience de la scène ces dernières années : les concerts du groupe sont toujours un véritable moment de plaisir pour les spectateurs, qui connaissent généralement toutes les paroles par cœur. Pour ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion de voir Réda et ses compagnons sur scène, pas de panique. Ils seront en concert le 17 mars prochain au Complexe Zef Zaf de Casablanca, et le 31 au Théâtre National Mohammed V de Rabat. L'occasion également de découvrir, à chaud et en live, les nouveaux titres de Trabando.



Trabando. Le jeu des 12 pistes

La bonne nouvelle, c'est que le troisième opus de Réda ou S'habou est une réussite. La mauvaise, c'est qu'on le savait déjà. Ce groupe fonctionne avec une régularité de métronome. Un album tous les deux ans. Le premier était sympa, le deuxième solide, le troisième est bon. Tout simplement. L'album s'ouvre comme un livre. À la première page, le titre d'entrée annonce, très logiquement, “Hoba's back”. Le deuxième, emmené par une discrète ligne de basse et une guitare étouffée, chante “Intikhabate”. Le troisième, “F'hamator”, est un dessin animé en musique, joli hommage à nos “Grandaïzer” d'antan. Le quatrième, “Kalakh”, est sans doute le plus engagé, avec une intro piquée à une célèbre émission télévisée où l'intellectuel de service considérait le rock comme une marchandise avariée, importée pour détourner la jeunesse marocaine du droit chemin. Le cinquième, “Baz”, avec Bigg en invité, est une “slamologie” dans l'air du temps (“Wa goulou baz al-ikhwane”). Le sixième, “Maradona” est une gâterie à la gloire du footballeur le plus rock and roll de l'histoire du ballon rond. Le septième, “Super caïd”, est un clin d'œil sympathique à un certain Boris Vian (merci pour la culture). Le huitième, “Zerda”, est un chaâbi parfaitement taillé pour la scène. Le neuvième, “Tiqar”, est un faux hard qui incarne à lui seul le nouveau melting pot linguistique vers lequel se dirige notre bonne vieille darija (Give me tiqar, my friend). Le dixième, “Marock'n roll II”, peut-être la meilleure plage de l'ensemble, est d'une fraîcheur que ne renierait pas un bon groupe de l'underground européen du moment. Le onzième, “Miloudi”, est une resucée guitarisante des premiers amours de Hoba. Le douzième, “Trabando”, se termine sur une chorale d'enfants… qui n'est pas sans rappeler un morceau de Clash (Hitsville in UK), influence majeure de ce bon groupe de rock marocain qu'est Hoba Hoba Spirit. Les aficionados apprécieront.

Karim Boukhari

 
 
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