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Film. Les anges de Boulane
N° 264
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Film. Les anges de Boulane

Ahmed Boulane
(DR)

Le procès des satanistes, qui a marqué les annales de l'année 2003, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique libre… et ô combien compliquée à confectionner.


Ahmed Boulane est un homme fébrile. Mais ce n'est pas qu'une question de tempérament. Le cinéaste a une raison supplémentaire de stresser : son nouveau film, par la nature de son sujet et les conditions de son tournage, a de quoi l'envoyer direct en psychothérapie accélérée. Boulane lâche quelques anecdotes, commente un plan ou une scène, mais s'interrompt toutes les 30 secondes pour préciser : “Ce
que je vous dis est vrai, vous n'avez… vous n'avez qu'à vérifier, appelez les comédiens, les techniciens, les autorités…”. La nervosité du réalisateur n'est pas sans rappeler le côté “speed” qui colle au film lui-même. Tourné entre juin et juillet 2006, Les Anges de Satan est un long-métrage léger sur un sujet lourd. Il fallait oser. “C'est mon film, mon histoire, je n'ai fait que m'inspirer d'un fait divers pour l'adapter à mon univers et à ma manière de raconter une histoire”, tient à préciser Boulane. D'ailleurs, dès le générique du début, le film reprend la formule consacrée du “toute ressemblance avec des personnes…”, comme pour désamorcer l'éventualité d'une polémique avec les protagonistes de ce qu'on appelle communément “le procès des sataniques”.

Mais ne nous voilons pas la face : c'est bien l'histoire des quatorze que Boulane a cherché à reconstituer, certes à sa manière. Au-delà du degré de réussite ou d'échec d'une telle entreprise, reconnaissons au cinéaste son droit de filmer ce qu'il veut, comme il le veut. Et celui, plutôt courageux, de s'attaquer à un fait réel, dont les protagonistes sont tous encore de ce monde. Cela mérite d'être relevé dans un pays à la cinématographie longtemps paresseuse, coupée de l'actualité qui l'entoure.

Et vogue la galère
Le tournage a été aussi compliqué que possible. Pour une raison toute simple : à la difficulté de raconter l'histoire de personnages réels, vivants, s'est greffée la très problématique question des autorisations. Cela s'est vérifié pour les nombreuses scènes “chaudes” (tribunal, prison) pour lesquelles les “autorités compétentes” (ministère de la Justice, Conseil de la ville de Casablanca) n'ont pas été d'une exceptionnelle souplesse. Exemple : pour tourner des plans du tribunal de Casablanca, l'équipe a été obligée de se rabattre… sur l'une des anciennes églises de la ville. “Le ministère (de la Justice) a estimé, en l'occurrence, que le propos du film donnait une image négative de la justice marocaine”, explique le réalisateur. Comme s'il fallait le reprocher au film… Pour les scènes de prison, l'équipe a eu dans un premier temps accès à la prison de Oukacha, avant de se voir signifier, 24 heures plus tard, qu'elle devait quitter les lieux au plus vite. “Personne ne sait exactement ce qui s'est passé. La direction du pénitencier nous a bien accordé une autorisation de tournage, mais c'est à croire que le ministère de tutelle a, après coup, décidé de nous la retirer”, commente Boulane. Qu'à cela ne tienne, l'essentiel des plans de prison sera tourné… dans une école primaire de Casablanca, “dont certains couloirs et escaliers ressemblent étrangement, effets visuels aidant, à ceux de Oukacha”, note avec une pointe d'ironie un membre de l'équipe de tournage.

D'autres acrobaties ont émaillé le tournage, dont celle, cocasse, liée à la scène du sit-in tenu devant le siège de la préfecture. “Là, nous avons eu affaire à la DAG (direction des affaires générales) qui nous a affirmé, littéralement, qu'il était interdit de filmer les temples du gouvernement”. Les “temples du gouvernement” ? “ J'ignore ce que ce terme signifie avec exactitude, poursuit le réalisateur. Mais j'ai compris qu'il m'était interdit d'accéder à la Wilaya”.

Même les scènes de concert ont été une galère, et pas seulement pour des raisons techniques liées à la difficulté de filmer une foule. “L'entente n'a pas été cordiale avec toutes les victimes du procès des quatorze, voire avec certains de leurs proches et amis. Je les comprends mais, moi, je fais mon film, selon ma vision et mon adaptation de leur histoire”, explique encore le réalisateur, qui a cristallisé pendant tout le tournage la colère, bien compréhensible, des vraies victimes du procès.

Heureusement, tout n'a pas été noir pendant la durée du tournage. Les policiers, pour ne parler que d'eux, ont bien voulu coopérer pour les besoins du film (costumes, armes, etc), au point que l'un d'eux a assumé le rôle de conseiller technique. Voilà, c'était la note optimiste pour boucler ce bref survol des Anges de Satan qui, malgré ses limites et lacunes, reste un produit largement regardable.

(Les Anges de Satan est actuellement en salles à Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir et Tanger).

 
 
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