Le 28ème choix
Oui, il faut voter. Mais il ne faut pas se leurrer non plus : ça na quune portée symbolique.
Lassociation 2007 Daba a publié un fascicule engagé, tiré à 500 000 exemplaires et intitulé Guide du citoyen. Objectif : sensibiliser à limportance du vote et donc lutter par ricochet contre labsentéisme électoral. 2007 Daba lavoue avec une lucidité quil faut saluer : Aujourdhui, le constat est alarmant : les Marocaines et les Marocains, dans leur majorité, se désintéressent des élections. Lutter contre ce désintérêt est un objectif noble, qui participe sans aucun |
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doute à la démocratisation du Maroc. Le Guide citoyen propose donc, pour que chacun puisse exprimer son choix en toute connaissance de cause, une ample présentation des 27 partis politiques qui cherchent à vous séduire. Ça vous fait donc 27 choix possibles. Et cest là où je ne suis plus daccord avec la démarche.
Au Maroc, le militantisme institutionnel a une (grosse) limite : celle de la crédibilité des institutions quil promeut. Pourquoi voterons-nous, le 7 septembre ? Pour envoyer 325 nouveaux représentants au Parlement, oui, mais au-delà ? Dixit le Guide citoyen, cest en votant et en choisissant leurs représentants que les citoyennes et citoyens influent sur le développement économique et social de leur pays. Avec tout mon respect pour M. Noureddine Ayouch, acteur associatif de premier plan et animateur en chef de 2007 Daba, je nen crois pas un mot. Dans la mesure où le Maroc est une monarchie absolue de droit divin, de par la force de la Constitution, cest au Palais royal, et nulle part ailleurs, que se décident le rythme et les modalités du développement. Si développement il y a. Hormis quelques ministres qui se comptent sur les doigts dune main, et qui nont quun rapport très équivoque avec les partis dont ils portent formellement les couleurs, le gouvernement ne joue pour ainsi dire aucun rôle dans le développement de ce pays. Il se contente de coiffer une administration qui tournerait tout aussi bien (cest une image) sans lui. Et qui, dans le meilleur des cas, nentrave pas (trop) la dynamique de développement impulsée par une poignée de technocrates, colorés ou pas, en étroite liaison avec le seul véritable cercle dinfluence de ce pays : lentourage royal. Quant au Parlement, il vaut mieux en rire. Pourriez-vous, chère lectrice, cher lecteur, citer une seule loi qui vous ait marqué(e), et qui ait été initiée par des députés ? Moi non plus. Les seules lois sérieuses (mais pas forcément pertinentes) qui sont votées à lhémicycle proviennent à tous les coups du crypto-makhzénien Secrétariat général du gouvernement, dun ministre proche du Palais ou, sans détours, du Palais lui-même. Voilà le véritable mode de fonctionnement du régime marocain. Les élections ny changeront rien et cest justement pour ça que les Marocaines et les Marocains sen désintéressent.
Oui, il faut voter. Mais il ne faut pas se leurrer non plus. En létat actuel des choses, la seule portée du vote est dordre symbolique : il sagit, en quelque sorte, dun acte de foi en le principe démocratique. Et pourquoi pas dun acte despoir, signifiant que nous aimerions voir (un jour) ce principe pleinement appliqué au Maroc. Sans bouffonnerie. Dici là, si je puis me permettre, moi aussi, dy aller de ma suggestion citoyenne : et si on votait blanc ? Cest le 28ème choix, le seul pertinent, à mon humble opinion. Imaginez un seul instant que des associations aussi dynamiques, vertueuses et richement dotées que 2007 Daba fassent la promotion du vote blanc, en tant que geste démocratique. Et y mettent les mêmes moyens formidables. Je mettrais ma main à couper que le parti blanc emporterait les élections haut la main, peut-être même à la majorité absolue des votes. Ça, ce serait un message. Et pour une fois, cest le peuple qui inviterait lélite à réfléchir... |