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N° 264
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Le 28ème choix

Ahmed R. Benchemsi
Oui, il faut voter. Mais il ne faut pas se leurrer non plus : ça n’a qu’une portée symbolique.


L’association 2007 Daba a publié un fascicule engagé, tiré à 500 000 exemplaires et intitulé “Guide du citoyen”. Objectif : sensibiliser à l’importance du vote et donc lutter – par ricochet – contre l’absentéisme électoral. 2007 Daba l’avoue avec une lucidité qu’il faut saluer : “Aujourd’hui, le constat est alarmant : les Marocaines et les Marocains, dans leur majorité, se désintéressent des élections”. Lutter contre ce désintérêt est un objectif noble, qui participe sans aucun
doute à la démocratisation du Maroc. Le Guide citoyen propose donc, “pour que chacun puisse exprimer son choix en toute connaissance de cause”, une ample présentation des 27 partis politiques qui cherchent à vous séduire. Ça vous fait donc 27 choix possibles. Et c’est là où je ne suis plus d’accord avec la démarche.

Au Maroc, le militantisme institutionnel a une (grosse) limite : celle de la crédibilité des institutions qu’il promeut. Pourquoi voterons-nous, le 7 septembre ? Pour envoyer 325 nouveaux représentants au Parlement, oui, mais au-delà ? Dixit le Guide citoyen, “c’est en votant et en choisissant leurs représentants que les citoyennes et citoyens influent sur le développement économique et social de leur pays”. Avec tout mon respect pour M. Noureddine Ayouch, acteur associatif de premier plan et animateur en chef de 2007 Daba, je n’en crois pas un mot. Dans la mesure où le Maroc est une monarchie absolue de droit divin, de par la force de la Constitution, c’est au Palais royal, et nulle part ailleurs, que se décident le rythme et les modalités du développement. Si développement il y a. Hormis quelques ministres qui se comptent sur les doigts d’une main, et qui n’ont qu’un rapport très équivoque avec les partis dont ils portent formellement les couleurs, le gouvernement ne joue pour ainsi dire aucun rôle dans le développement de ce pays. Il se contente de coiffer une administration qui tournerait tout aussi bien (c’est une image) sans lui. Et qui, dans le meilleur des cas, n’entrave pas (trop) la dynamique de développement impulsée par une poignée de technocrates, “colorés” ou pas, en étroite liaison avec le seul véritable cercle d’influence de ce pays : l’entourage royal. Quant au Parlement, il vaut mieux en rire. Pourriez-vous, chère lectrice, cher lecteur, citer une seule loi qui vous ait marqué(e), et qui ait été initiée par des députés ? Moi non plus. Les seules lois sérieuses (mais pas forcément pertinentes) qui sont votées à l’hémicycle proviennent à tous les coups du crypto-makhzénien Secrétariat général du gouvernement, d’un ministre proche du Palais ou, sans détours, du Palais lui-même. Voilà le véritable mode de fonctionnement du régime marocain. Les élections n’y changeront rien – et c’est justement pour ça que les Marocaines et les Marocains s’en désintéressent.

Oui, il faut voter. Mais il ne faut pas se leurrer non plus. En l’état actuel des choses, la seule portée du vote est d’ordre symbolique : il s’agit, en quelque sorte, d’un acte de foi en le principe démocratique. Et pourquoi pas d’un acte d’espoir, signifiant que nous aimerions voir (un jour) ce principe pleinement appliqué au Maroc. Sans bouffonnerie. D’ici là, si je puis me permettre, moi aussi, d’y aller de ma suggestion citoyenne : et si on votait blanc ? C’est le 28ème choix, le seul pertinent, à mon humble opinion. Imaginez un seul instant que des associations aussi dynamiques, vertueuses et richement dotées que 2007 Daba fassent la promotion du vote blanc, en tant que geste démocratique. Et y mettent les mêmes moyens formidables. Je mettrais ma main à couper que le “parti blanc” emporterait les élections haut la main, peut-être même à la majorité absolue des votes. Ça, ce serait un message. Et pour une fois, c’est le peuple qui inviterait l’élite à réfléchir...

 
 
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