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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ben Larbi

Partis.
RNI. Le bal des prétendants

Ahmed Osman, président du RNI,
et Mustapha Oukacha, son probable successeur.
(TNIOUNI / NICHANE)

Alors que le congrès national du RNI est prévu pour fin mars, aucun des prétendants à la succession d'Ahmed Osman n'arrive à prendre l'avantage. Pire : à côté de Aujjar, Oukacha et Mansouri, de nouveaux candidats pointent leur nez.


“Les moments qui nous séparent du Congrès national de fin mars à Bouznika seront intenses”. Salaheddine Mezouar, ministre RNI de l'Industrie et du commerce, ne croyait pas si bien dire lorsqu'il commentait la tenue du comité central du Rassemblement national des indépendants, début février. La guerre des tranchées, entamée depuis
quelques mois au sein du parti, n'est pas près de s'achever. Bien au contraire, les tractations, calculs et autres tensions ne s'estompent que pour donner lieu à de nouveaux bras de fer. Objet de toutes les discordes : la présidence -le principe comme le poste- du parti. Nouvelle arène, les congrès régionaux et provinciaux entamés le week-end dernier et censés préparer le terrain du congrès national. À Rabat, Fès, Meknès, Settat, El Jadida… le décor extérieur est presque immuable. Seul sur l'estrade, Ahmed Osman s'adonne à son exercice favori, celui des élans lyriques, devant un parterre de choix composé de ses ministres, l'élite locale du parti et une partie de la “base”. Les rares partisans de Osman y voient une influence grandissante du président. D'autres, et ils sont nombreux, parlent plutôt de son inéluctable isolement.

Dans les coulisses, chaque clan y va de ses manœuvres. Parmi les candidats pressentis à la succession de Osman (Mustapha Oukacha, Mohamed Aujjar et Mustapha Mansouri), aucun n'a encore clairement déclaré ses intentions. Mais la machine à rassembler les voix est d'ores et déjà déclenchée. Casablanca et Rabat, villes dont l'élite du parti est issue, sont devenues le théâtre d'un vrai chassé croisé, où les principaux candidats testent leurs adversaires respectifs et comptent leurs “amis” parmi les membres du comité central et au bureau exécutif. Ce dernier organise le congrès national, mais valide aussi, et surtout, les candidatures à la présidence.

Lutte de clans
Certains vont même jusqu'à tenir des réunions séparées, à la même heure, le même jour et dans la même ville. C'était le cas en janvier dernier, lorsque Osman réunissait à son domicile les coordonnateurs provinciaux du parti. Certains d'entre eux n'ont pas hésité à s'excuser pour aller rejoindre Oukacha, qui avait à son tour convié les siens à une réunion quelques kilomètres plus loin. Ce dernier en était sorti grandi. Du coup, dans bien des cercles, on ne parle que de lui pour succéder à Osman et mener le parti, via une période transitoire, à l'après-élections 2007. C'était aussi le cas le week-end dernier, lors du congrès provincial de la capitale et du congrès régional de Fès. Mohamed Aujjar (d'abord protégé puis fils maudit de Osman) a retiré ses “troupes” avant de se rendre compte que celles-ci étaient bien minoritaires. Dans le Nord, une autre voix commence à faire parler d'elle, celle Rachid Talbi Alami, ministre des Affaires économiques et générales. Dimanche dernier, dans son fief tétouanais, il s'en est directement pris au président, faisant valoir une mobilisation anti-Osman dans toute la région. Le plus discret de tous reste Mustapha Mansouri. Il n'en bénéficie pas moins de l'appui de la majorité des parlementaires et des ministres RNI, selon une source interne.
Mais c'est compter sans un président dont le calme n'a d'égal que son influence dans les régions, dont il désigne lui-même les coordinateurs. Censée apaiser les esprits, l'éventualité du départ de Osman a fini par susciter “trop de convoitises”, pour reprendre l'expression d'un membre du bureau politique. Au risque de conforter les chances de maintien de Osman, perçu comme le seul garant de l'unité du parti. “Il réussit à créer un certain consensus, même contre lui”, ironise notre source. “Tout le monde est pour le changement. Mais nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord sur la forme et le rythme auxquels les réformes au sein du parti doivent être menées”, avoue une militante. Et d'ajouter que dans tous les cas, “Osman a beaucoup donné. Il mérite une sortie honorable”. Celle-ci a un nom : président d'honneur.

Une chose est tout aussi sûre : “L'avenir du parti sera tranché à l'issue du congrès et pas avant”, dit-elle. Un avenir qui se jouera décidément avec Osman. La majorité au sein du bureau exécutif n'en a pas moins obtenu une petite victoire. Le congrès, prévu les 30 et 31 mars à Bouznika, sera un congrès ordinaire. Cela suppose une lecture dans la gestion passée et actuelle du parti. Et tout y sera matière à débat, y compris le principe de la présidence. Selon les réformateurs, la restructuration des instances et la mise à niveau des programmes du parti commencent par l'élection d'un secrétaire général, issu du bureau exécutif ou choisi parmi les coordinateurs régionaux élus. Le caractère extraordinaire de l'événement, auquel tenait Osman, aurait limité celui-ci à la fameuse et simpliste adaptation des règlements internes du RNI à la loi sur les partis. “Il nous faut passer à une autre phase. Et commencer d'abord par respecter les dates de tenue des congrès”, dit-on. Jusque-là, le parti n'a tenu que deux congrès… en trente ans d'existence. Et le dernier remonte à 1983.

Un congrès décisif
Le congrès aura également à tracer un nouveau positionnement du RNI au sein d'une scène politique où il compte peu d'amis, mais où des alliances restent possibles. La principale formation centriste devra, selon bien des militants, moins tirer profit de la dualité ayant opposé Pouvoir et partis de gauche, pour se placer en facteur d'équilibre entre la gauche et les islamistes.

Il pourra capitaliser en cela sur les classes technocrates et d'affaires qui ont toujours fait sa force. Mais l'issue est d'autant plus incertaine que les divisions risquent de s'aggraver. Pour preuve, l'émergence de nouveaux acteurs plaidant pour un secrétaire général qui soit issu des salons casablancais. Certains avancent même que des scissions au sein des Bleus ne sont pas exclues. Mais aucune ne semble envisagée pour l'heure, bien qu'Aujjar, tout aussi isolé que son mentor d'antan, soit le plus enclin à faire cavalier seul.

Quel que soit le scénario retenu, le parti continuera à traîner quelques casseroles. À commencer par les dépassements financiers. Le blocage que connaît le dossier des imprimeries et journaux du parti (Al Mitaq et Al Maghrib), fermés, en sont l'illustration. Les jugements prononcés en Première instance et par la Cour d'appel, sommant la direction du RNI d'indemniser les 67 anciens salariés du groupe, sont restés lettre morte. Au lieu de passer à la caisse, Osman a opté pour une liquidation judiciaire qui lui épargnerait le paiement de quelque 7 milliards de centimes. L'affaire est portée devant le Tribunal de commerce de Rabat qui devra statuer le 15 mars. À quelques encablures du fameux congrès...



Conjectures. Avec ou sans Jettou ?

Parmi les pistes évoquées dans le scénario de la succession de Osman à la tête du RNI, celle du premier ministre Driss Jettou aura été la plus intéressante. Démentie en bloc par le concerné, cette « rumeur » s'explique par l'implication de Jettou dans la réélection de Mustapha Oukacha à la tête de la Chambre des conseillers, après les retraits de Abdelhak Tazi (Istiqlal) et de Mohamed Fadili (Mouvement populaire). Plusieurs conseillers y avaient vu un engagement de Jettou en faveur des Bleus. Le caractère technique de l'action du premier ministre et sa casquette d'homme d'affaires doublé de « politique » en avaient également fait le candidat idéal. Sans oublier son influence auprès du patronat, classe chère au RNI. Cette éventualité, bien qu'elle ne se soit traduite par aucune action concrète, en dit cependant long sur la nature d'une formation ayant depuis toujours fait office d'arrière-cour du Pouvoir. Elle rappelle comment le parti a été créé par le roi Hassan II et comment Osman est arrivé à sa tête, pour ensuite devenir premier ministre. Les chemins sont certes aujourd'hui inversés, mais ils mènent dans les deux cas aux coulisses du Palais.

 
 
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