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Par Youssef Aït Akdim,
correspondant en France
France. Le blues du remplaçant
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Vikash Dhorasso, lors dune
conférence de presse à son
arrivée au PSG. Depuis, beaucoup
de choses se sont passées
(AFP)
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Dans son film Substitute, le footballeur français Vikash Dhorasso raconte sa drôle de Coupe du monde, passée sur le banc de touche. Un journal intime tourné en Super-8, qui montre un visage méconnu du sport pro.
Vikash Dhorasso est un joueur de foot un peu particulier. Parrain du Paris Football Gay (PFG), engagé contre l'homophobie ambiante dans les stades, il n'est pas marié à une starlette et s'engage politiquement sans prendre de gants. L'homme a du caractère, et ses déboires avec ses entraîneurs successifs (Jacques Santini, Paul Le Guen et plus |
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récemment Guy Lacombe) l'ont parfois traîné sur les plateaux de télévision, mais cet enfant de la balle, qui a découvert l'art contemporain grâce à sa femme, est d'abord un authentique produit du sport professionnel. Depuis qu'il a quitté Le Havre Athletic Club, où il a passé les dix premières années de footballeur, sa carrière est une suite de transferts dans les plus prestigieux clubs européens : l'Olympique Lyonnais, avec lequel il a gagné deux titres de champion de France, les Girondins de Bordeaux, le Milan AC et enfin le Paris Saint-Germain. Un CV d'international plutôt flatteur.
Mais à 33 ans, après avoir été débarqué du PSG pour insubordination répétée, Vikash Dhorasso a déserté les commentaires sportifs pour les pages culturelles des magazines. Premier joueur licencié (par lettre recommandée) de l'histoire de la Ligue 1, Dhorasso traîne partout sa réputation de forte tête. Depuis quelques mois , il est partout à la télé, dans les journaux pour assurer la promo de son film, Substitute, co-réalisé avec le chanteur Fred Poulet. Véritable uvre d'amateur, le film a fait sensation dans les médias, moins dans les salles où sa sortie a été reportée après un début de polémique juridique sur les droits d'image. Projet loufoque au départ, le film se transforme en document décalé, au gré des circonstances particulières d'une expérience de remplaçant qui s'étale sur un mois de Coupe du monde.
Acte I. L'espoir
Les premières minutes du film plantent le décor. Fred Poulet donne une caméra Super-8 à Vikash Dhorasso, qui doit enregistrer cinq minutes par jour de sa Coupe du monde 2006. Un petit détour par la banlieue du Havre, pour montrer le quartier où le joueur a grandi. Le stade où Raymond Domenech l'a repéré, avant de le sélectionner dans l'équipe de France Espoirs. Le temps d'une réflexion sur ces frontières que se créent les jeunes de son milieu : On ne va pas à la mer, quand on habite dans les quartiers. À cet instant, Dhorasso est encore un titulaire régulier de la sélection nationale. Il a participé aux tours qualificatifs et occupe souvent la place de remplaçant de luxe d'un Zinedine Zidane qui ne finit plus souvent ses matchs. Même si la compétition est rude, Vikash joue une petite dizaine de minutes contre la Suisse et encore six pendant le deuxième match de poule contre les Coréens. Après, c'est le trou noir, ou presque. Cette première partie du Mondial, le joueur devenu spectateur la regarde surtout derrière la caméra prêtée par Fred Poulet, qui suit le bus des Bleus de Stuttgart à Leipzig, dormant chez l'habitant. L'image est floue, mais l'Allemagne semble s'amuser sous le soleil. De son côté, le remplaçant ne désespère pas de jouer à nouveau. Il est même content de son deuxième match, qu'il commente après coup, évoquant ce ballon qui est passé à dix, vingt centimètres du poteau.
Acte II. La déprime
Après le huitième de finale contre l'Espagne, le récit bascule. Vikash a compris qu'il ne jouerait plus. Dans les rares images de (fin de) match du film, on le voit étrangement isolé dans la liesse de la victoire. Un accéléré le montre furtivement traverser la pelouse du stade de Hanovre pour saluer Fred Poulet. Au même moment, ses camarades fêtent le triomphe de Zidane, qui a survolé le match de son talent - plus tard, certains le diront dopé - mais aussi le premier but en sélection de Franck Ribéry, nouvelle coqueluche des Bleus. À ce moment-là, Dhorasso réalise que sa Coupe du monde est finie : Je commence à en avoir marre d'être en Allemagne. Ma Coupe du monde est ratée. Il hésite un moment à s'en ouvrir au sélectionneur de l'équipe nationale, le père qui l'a trahi comme il le dit dans le film. C'est comme si un père avait entraîné son fils à gravir une montagne pendant deux ans et que, au moment de gravir la montagne, il prend le fils du voisin (...). J'ai été trahi. C'est pas humain.... Fixé sur son sort de remplaçant, au terme d'une réunion avec Domenech, il décide de saccrocher à la caméra et à ce film, qui deviennent dès lors son refuge. Sur la bande sonore, les Who chantent But I'm a substitute for another guy. Dhorasso n'est plus le remplaçant de luxe de Zizou, il s'est glissé dans un nouveau rôle.
Acte III. La routine
Le lendemain du quart de finale contre le Brésil, seul dans sa chambre, Vikash Dhorasso vide son sac. Il n'a pas joué depuis deux semaines, a lu tous les livres qu'il a emportés, en a assez de regarder des parties de poker sur le câble. Vikash s'ennuie. Face à la glace, il se filme caméra au poing. Voix off : Je ne suis pas spectateur, je ne suis pas supporter, je suis joueur de foot. Au téléphone, il s'explique avec son complice Fred, qui vient le fournir en pellicules, et récupérer celles qui serviront au montage. On fait un film, ça au moins j'y crois (
). J'ai été privé de dessert. Ce film, c'est mon fondant au chocolat, commente Dhorasso. Au fil des victoires du onze français, le remplaçant essaie pourtant de positiver. Solidaire de l'épopée de l'équipe de France, il confie : Il faut que j'arrive à m'approprier un petit bout de médaille. Je ne sais pas comment. Le montage fait grimper l'émotion d'un cran, en fin de film, avec une vue inédite de la finale. On n'y voit pas le coup de boule de Zidane sur Materazzi, repassé en boucle sur toutes les chaînes de télé. Dhorasso filme la détresse des vestiaires. Un plan sur Vieira, abattu avant un retour sur sa bonne bouille à lui, le Substitute. L'il malicieux. Pas mécontent du tout de saisir les derniers moments dans les couloirs du stade. Après 1h10, clap de fin. |
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Carrière. L'adieu au foot ?
Lété dernier, Vikash Dhorasso se mettait en congé de l'équipe de France. À 33 ans, il savait qu'il ne jouerait pas avec les Bleus lors des prochaines grandes échéances (Euro 2008, Coupe du Monde 2010). À l'occasion de l'annonce de son départ, il confiait : Pour moi, l'équipe de France, c'est fini. Après la Coupe du Monde
Ça ne m'intéresse plus. Je ne refuserai pas une sélection, mais ce n'est pas ça le problème. Je n'ai plus très envie. Je n'annonce pas ma retraite internationale car tout le monde s'en fout. Retraite professionnelle tout court, disent les mauvaises langues. Car depuis son départ du PSG, en octobre dernier, le milieu de terrain polyvalent n'a toujours pas joué de match officiel. Durant le mercato d'hiver, il était pressenti chez le club anglais de Fulham. Manque de chance : Vikash s'est assez sérieusement blessé lors de ses tests physiques. Aujourd'hui, il dit ne pas encore avoir envie de raccrocher ses crampons. Mais il semble tenté par un ailleurs. Son film, Substitute, a été primé au Festival de Belfort, avant d'être sélectionné pour celui de Berlin. Et s'il se trouvait là, cet ailleurs ? |
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