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N° 264
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Le premier ennemi de la femme, ce n’est pas Zakaria Boualem, c’est d’abord la femme.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem a laissé passer, la semaine dernière, le numéro spécial consacré à la femme par négligence.

Il va se rattraper sans plus attendre, en espérant que les responsables de cet estimable magazine ne l’obligent pas à rédiger une nouvelle chronique imposée à l’occasion de la Semaine du cheval. Donc, la femme… Zakaria Boualem se réjouit, bien entendu, de constater que la femme, ces dernières années, a démontré avec éclat au monde entier qu’elle était l’égale de l’homme. Voilà, c’est dit, c’est même écrit, et cela va même être prouvé dans les lignes qui suivent.

Première information : le 5 mars 2007, un match de football dégénère entre deux équipes françaises. La bagarre se poursuit à la gare ferroviaire, et un coup de boule sévère porté par un spectateur envoie une joueuse à l’hôpital. Au fait, c’était du foot féminin, et le spectateur aussi était une spectatrice.

Seconde information : l’astronaute Lisa Nowak, qui s’était illustrée en devenant une des premières femmes dans l’espace, vient d’être virée par la Nasa. Le motif ? Elle a agressé une rivale en amour - on hésite à écrire ce mot. Elle a été arrêtée alors qu’elle s’apprêtait à l’enlever et on a découvert sur elle “une perruque et deux imperméables à capuche, un couteau à grande lame pliable, six paires de gants en
latex, un marteau, des sacs poubelle, un pistolet à gaz ressemblant à un 9 mm et une bombe lacrymogène”. Détail important : elle a parcouru les 1500 kilomètres qui la séparaient de sa rivale d’une seule traite et avec des couches pour adultes afin d’éviter les pauses pipi.

Troisième information : une équipe de foot féminin belge a perdu un match 50 à 1. Ce n’est pas le plus surprenant, bien sûr. Tenez-vous bien : à la fin du match, les perdantes ont expliqué qu’elle comptaient porter réclamation devant la fédération à cause d’une erreur administrative sur la feuille de match et qu’elles espéraient bien, grâce à cet artifice, gagner le match sur tapis vert.

La simple compilation de ces informations sélectionnées, avec une rare mauvaise foi, prouve qu’en matière de débilité, de violence et - justement - de mauvaise foi, les femmes sont devenues les égales des hommes. Est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Pour Zakaria Boualem, l’homme est de fait agressif et violent. C’est pour cela que toutes les jérémiades habituelles des artistes qui s’engagent courageusement à la télévision “pour qu’on se donne la main comme des frères”, juste avant de se demander “pourquoi la haine ?” le font ricaner. Ça n’a rien à voir avec la culture ou l’agriculture, c’est juste un fait, l’homme est violent. Tout ce qu’on peut faire, à la limite, c’est de le calmer un peu avec des lois, sinon il se laisse aller à égorger son voisin parce qu’il est sunnite ou qu’il a un plus grand jardin que lui. Il y a la violence masculine, on la connaît, elle remplit les flashs d’Al Jazeera tous les jours. Elle remplit aussi régulièrement cette chronique sans que personne ne crie au racisme anti-homme. Mais il y a aussi la violence féminine, et celle-là, on en parle assez peu. Pourtant, chez nous elle fait des ravages. Zakaria Boualem connaît des femmes qui ont consacré leur vie entière à pourrir celle de leur belle-mère, de leur belle-fille ou de leur belle-sœur. Zakaria Boualem connaît des femmes qui vont voir des copines juste pour pouvoir dire du mal de la façon dont elles ont été accueillies. Elles sont capables de déclencher une guerre civile juste pour un verre de thé mal servi ou une bise faite de biais. Il connaît aussi des femmes qui, après avoir milité pour obtenir l’égalité des droits, s’amusent à terroriser leurs filles sur des thèmes aussi modernes que la virginité ou le compte en banque de leurs prétendants. C’est une violence dont il ne faut pas parler, sinon on est un affreux macho. Au Maroc, le principal ennemi de la femme, ce n’est pas Zakaria Boualem, c’est d’abord la femme. Bon, voilà, c’est dit. Je ne sais pas si ces pensées vont aller dans le sens de la commande des patrons de cet estimable magazine, mais il a semblé à Zakaria Boualem que c’était la seule façon d’apporter quelque chose au débat… Sans rancune, et merci.

 
 
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