Dangereux code de la presse
Les zones interdites ? On veut bien, mais de grâce, expliquez-nous où elles sont !
Parmi les projets de loi en instance que le Parlement sortant est en train de boucler à toute vitesse, figure le code de la presse. Avant dêtre voté, il devra dabord être validé par le Conseil de gouvernement, puis par le Conseil des ministres. Sachant que cette dernière instance est présidée par qui vous savez, autant dire que la version du texte qui en sortira sera quasiment la définitive. Le temps presse : un Conseil des ministres doit être programmé avant |
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louverture de la prochaine session du Parlement, le 13 avril. Nous vivons donc les toutes dernières semaines de lobbying avant le tomber de rideau. Cest le moment de faire le point.
Rappelons dabord lenjeu profond de cette réforme : il sagit de moderniser la loi régissant la chose journalistique, afin de la rendre plus adaptée à lépoque douverture que vit le Maroc, depuis la décès de Hassan II. Enjeux dans lenjeu : abandonner les peines de prison et clarifier les lois floues, pour que les journalistes sachent (enfin !) où se situent les fameuses lignes rouges, devenues insaisissables depuis quelques années.
Alors ? Alors cest pas gagné. Les peines de prison sont, certes, moins systématiques dans le prochain code que dans lactuel. Elles sont notamment abandonnées pour les délits commis par des journalistes étrangers (une mesure cosmétique, puisquil na jamais été question dincarcérer un journaliste étranger au Maroc, même si la loi le prévoit) et aussi cest plus notable pour les délits de publication décrits ou dimages contraires à la moralité et aux bonnes murs et de trouble à lordre public. Le malheur, cest quon ne sait toujours pas ce que ça veut dire. Cest quoi, lordre public, et quand est-ce quon le trouble ? Idem pour ce qui est contraire à la moralité et aux bonnes murs. à une époque où loccidentalisation et la réislamisation des esprits se livrent une concurrence acharnée, il est nécessaire de préciser ce quon entend par là
Larticle phare du code de la presse, lui, na pas varié. Il est toujours formellement interdit doffenser Sa Majesté le roi et les princes et princesses royaux, ainsi que de porter atteinte à la religion islamique, le régime monarchique et lintégrité territoriale. Là-dessus, nous sommes censés nous réjouir de lallégement des peines de prison et admettre sportivement que les amendes aient été adaptées aux années 2000*. Sauf que le problème est ailleurs : quest-ce que ça veut dire, offenser et porter atteinte ?? Quil y ait des zones interdites, on veut bien, mais de grâce, expliquez-nous où elles sont ! Demain comme aujourdhui, la justice pourra décider, quand ça lui chante et en fonction de paramètres parfaitement imprévisibles, de condamner des journaux et des journalistes pour des crimes quils ne pensaient pas commettre. À moins de ne jamais écrire un mot sur Sa Majesté, les princes et princesses, lislam, la monarchie et le Sahara
Est-ce à cela quils veulent nous conduire ?
Notons, enfin, linnovation majeure du prochain code de la presse : le fameux principe dautorégulation. Il est ainsi prévu dinstaurer un Conseil national de la presse (CNP), nommé à un tiers par le roi, un tiers par les éditeurs et un tiers par les syndicats, et doté de pouvoirs disciplinaires très étendus : avertissements, blâmes, interdictions de subventions publiques
mais aussi cest particulièrement scandaleux interdiction dexercer le métier (pour les journalistes) et interdiction de vendre des espaces publicitaires (pour les journaux) !! Imaginez les dégâts que peuvent faire des pouvoirs aussi exorbitants, sils tombent entre de mauvaises mains...
*pour loffense et latteinte, les journalistes seront désormais passibles de 1 à 5 ans de prison (au lieu de 3 à 5), et de 100 000 à 1 million de dirhams damende (au lieu de 10 à 100 000).
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