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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Samir Achehbar

Politique.
Abdelkrim Benatik. Après les jeunes, les femmes


Abdelkrim Benatik, secrétaire
général du Parti travailliste.
(TNIOUNI / NICHANE)

Le Parti travailliste a choisi de rassembler un échantillon de 6000 femmes vierges de toute expérience politique pour discuter de la gestion des affaires publiques. Son secrétaire général s’explique sur les raisons de cette initiative singulière.


Votre parti a déjà organisé un “forum des jeunes” en décembre 2006. Quel est le sens de ce “forum des femmes” ?
Nous faisons de la politique. Et la politique n’est pas concevable sans les jeunes, sans les femmes. Au-delà du Parti travailliste, si les Marocaines sont plus engagées politiquement, si elles sont plus
intéressées à la gestion des affaires de leur pays, c’est tout le Maroc qui ira mieux. Nous comptons donc sur la présence de 6000 participantes à notre forum. Nous ciblons de parfaites nouvelles venues, des femmes qui n’appartiennent à aucune structure politique existante.

Comment avez-vous procédé pour “recruter” ces nouvelles venues ?
En faisant le travail qui devrait revenir à tout parti politique : la proximité. C’est un travail de terrain que nous avons entrepris au lendemain de notre forum des jeunes. Près de trois mois ont été nécessaires pour rendre la rencontre de demain possible.

Votre action ne risque-t-elle pas de faire doublon avec celle de 2007 Daba ?
C’est un faux débat. Nous sommes un parti politique et notre rôle, de facto, est d’encadrer la population, de nous rapprocher des gens autant que possible. C’est le b.a.-ba de la politique. 2007 Daba fait son boulot, nous faisons le nôtre. Dans un pays où la démobilisation reste la règle, ce n’est pas de trop. Si un journal réalise de bons dossiers politiques, on ne va quand même pas l’accuser de gêner l’action de 2007 Daba ou du Parti travailliste ?

Certains vous accusent d’être déjà en campagne électorale…
Et alors ? Nous sommes dans une année électorale et il est normal que nous cherchions à nous donner de la visibilité. Tous les partis font ou devraient en faire autant (ndlr : le PJD n’a pas attendu les recommandations de Benatik pour lancer sa “Caravane de la lampe”). Entendons-nous bien : la loi ouvre la voie à la campagne électorale quinze jours avant le jour du scrutin. La question est de savoir ce qu’il est possible de faire avant. Personne n’a le droit de rester les bras croisés, pour ne se réveiller que le jour du vote, ou alors il faut abandonner la politique et faire autre chose. Je le répète, dans une année électorale, le rôle d’un parti est de mobiliser les gens. C’est ce que nous essayons de faire avec nos moyens.

Faire rencontrer des femmes des quatre coins du royaume doit coûter de l’argent. Quel a été votre budget ?
C’est très simple : nous n’avons aucun budget ! Nous avons chargé nos futurs candidats aux élections, une quarantaine de personnes pour le moment, de ratisser le terrain, notamment dans les milieux associatifs. Ce sont donc nos candidats potentiels qui ont pris sur eux d’assurer l’encadrement et la prise en charge des participantes au forum. C’est un effort à faire, pas un défi impossible à relever. Pour la salle qui abritera les événements (ndlr : la salle Ibn Yassine à Rabat), c’est un local qui appartient à la ville et qui se loue généralement à 5000 DH. Et sérieusement, si nous ne sommes pas capables d’organiser une telle opération, autant oublier que nous sommes un parti politique.

Que direz-vous, concrètement, à vos invitées ?
Nous leur parlerons du Maroc d’aujourd’hui, des enjeux actuels. Et nous les écouterons. Nous sommes un parti nouveau, nous n’avons donc rien à vendre, ni de promesses à donner. Mais nous avons à mieux connaître les gens, à les comprendre. Tant pis si cela ressemble à un discours de circonstance, mais je le répète encore une fois : nous faisons de la politique et nous sommes dans une année électorale. Moi, je suis dans mon rôle. Les choses iraient mieux si chacun, à son niveau, en faisait autant.



Communication. Le jeu des questions-réponses

“Allez-vous obliger les femmes à porter le hijab si vous accédez au pouvoir ?”, “Quelle est votre relation avec le mouvement Attawhid Wal Islah ?”, “Le PJD est-il un parti islamiste ?”… Non, ce ne sont pas des questions extraites d'une interview accordée par un responsable du PJD. Il s'agit en fait des principales interrogations que suscite une éventuelle participation du parti au prochain gouvernement, opportunément listées (avec les réponses) sur le site web du PJD (www.pjd.ma). “Pour choisir les questions, nous n'avons pas effectué de sondage. Nous avons tout simplement récapitulé les principales craintes véhiculées par la presse et la rue”, explique un cadre du PJD. Objectif de cette communication “préventive” : débarrasser le PJD de son image d'épouvantail.
Les réponses ? Non, le PJD n'obligera aucune femme à porter le voile, mais ne poussera pas celles qui le portent à l'enlever. Le parti se démarque catégoriquement du mouvement de prédication Attawhid Wal Islah, mais partage avec lui certains cadres. Le PJD n'a aucune relation avec le journal Attajdid, mais estime en être proche. En somme, des réponses politiquement correctes, qui ne dissipent pas forcément les craintes suscitées par les zones d'ombre qui entourent le parti. Reste que la publication de ces questions constitue en soi une première dans la communication politique marocaine. Les partis “démocratiques” devraient peut-être en prendre de la graine...

 
 
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