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Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)
États-Unis. Le retour des Démocrates
À peine les élections de mi-mandat terminées, les Démocrates américains préparent déjà la présidentielle de 2008, qui mettra fin aux années Bush. Quelles sont leurs chances ?
En novembre dernier, les démocrates américains ont remporté une victoire historique. Peut-être même un peu trop tôt. Aux élections fédérales, le parti raflait la majorité au Sénat, avec 51 sièges sur 100, ainsi quà la Chambre des représentants avec 233 sièges (contre 202 aux républicains). Le parti républicain risque dêtre sonné pour quelque temps, mais il nest pas dit quil soit moins bien placé pour la |
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présidentielle de 2008. Car cette victoire, les démocrates la doivent moins à leur propre force quaux faiblesses conjoncturelles des républicains. Les démocrates avaient le vent dans le dos et il leur a suffi dentretenir un référendum anti-Bush, sans vraiment proposer de programme. Et cest le plus inquiétant pour le parti de lâne : les démocrates ont-ils un (vrai) programme pour les présidentielles de novembre 2008 ? La réponse est non. Il reste à construire.
Ersatz de programme
Les démocrates semblent beaucoup moins organisés que létaient les républicains en 1994. Ils sont divisés et leur programme nest pas dune lisibilité à toute épreuve. Ce scénario était pourtant le pire à prévoir pour George W. Bush, critiqué de toute part pour sa guerre en Irak. Battu dans les deux chambres, Bush devient un canard boiteux (lame duck president), cantonné à la politique étrangère et à la gestion des affaires courantes. Pour contenir et surveiller le président, les démocrates ont mis sur pied, en novembre dernier, un document intitulé Une nouvelle direction pour lAmérique, dans lequel ils fustigent bon nombre dorientations républicaines. Daprès Le Figaro du 6 novembre 2006, cette plateforme didées préconise lamorce dun retrait graduel dIrak, le doublement des forces pour traquer Ben Laden et Al Qaïda, la mise en uvre de toutes les recommandations de la commission denquête du 11-Septembre, larrêt de toutes les déductions fiscales faites aux plus riches, aux entreprises qui délocalisent et aux compagnies pétrolières, lencouragement de la recherche sur les cellules souches et labandon de la privatisation, même partielle, du système des retraites.
De leur côté, les responsables démocrates des 19 commissions parlementaires vont tout passer au crible : méthodes de lutte antiterroriste, despionnage des citoyens, de traitement des prisonniers... La présidente de la Chambre des représentants et députée de San Francisco, Nancy Pelosi, a mis un point dhonneur à faire augmenter le salaire minimum bloqué depuis dix ans, de 5,15 à 7,25 dollars de lheure, réduire les taux demprunts des étudiants, les prix des médicaments mais aussi le poids des lobbyistes.
Un parti divisé
Mais voilà : le parti démocrate ne paraît pas soudé et homogène. Si George W. Bush na certes plus du tout la même marge de manuvre, il garde la main sur la politique étrangère. Sur ce point, daprès Zbiginew Brzezinski, ancien conseiller de Carter, les démocrates misent sur une hégémonie bienveillante, qui ménage les alliés, plutôt quune hégémonie coercitive, telle quelle est pratiquée par G. W. Bush. Le hic, cest quils sont divisés. Ne serait-ce que sur lIrak. Ainsi, les démocrates sont daccord pour critiquer ladministration Bush, mais divergent sur les remèdes : retrait immédiat prôné par John Murtha ou graduel, recommandé par une Hillary Clinton plus modérée ? Quid aussi du financement de leffort de guerre ? En janvier dernier, le président avait surpris son monde avec un plan offensif en Irak, jetant aux orties les recommandations du rapport Baker, pourtant sollicité par G. W. Bush lui-même ! Les démocrates se sont bien sûr opposés au nouveau plan de Bush qui prévoyait le déploiement de 20 000 hommes. Ils brandissent lépouvantail des 3100 boys tombés en Irak. Malgré cette opposition, les démocrates nosent pas voter contre les nouveaux crédits militaires, pour ne pas être accusés de laisser tomber larmée. Pourtant les démocrates devraient se souvenir que les réductions budgétaires furent lun des moyens utilisés, il y a trente ans, pour forcer un départ du Vietnam.
Quel candidat ?
La victoire des démocrates provoque la fin dun style de gouvernement, mais certainement pas celle de linfluence de G. W. Bush. Se dirige-t-on vers une guerre entre démocrates et républicains ? Deux options sont possibles. La première serait que Bush lâche du lest et shabitue au compromis, ce qui est plutôt contraire à son instinct. Jusque-là, son administration sétait peu souciée de forger un consensus bipartisan. Le Bush intransigeant céderait alors la place à un Bush plus rassembleur, par nécessité. Il avait dailleurs esquissé un virage dans ce sens en limogeant Donald Rumsfeld, le secrétaire national à la Défense. Si le Président adopte le choix de la coopération, il réussirait sa fin de mandat. Cest lhypothèse la plus vraisemblable. Deuxième choix : une guerre de deux ans sinstaure entre le président et les démocrates. Bush ne reculerait pas dun pouce, ne saisirait pas la main tendue. Il resterait inflexible et userait du droit de veto
mais son camp y laisserait des plumes. Les démocrates, de leur côté, demeurent tiraillés entre une branche progressiste (Nancy Pelosi, Barack Obama et Edward Kennedy), une branche conservatrice (coalition des Blue Dogs) et une branche centriste (Bill et Hillary Clinton, Joe Biden, Joseph Lieberman). Cette dernière souhaite concurrencer les républicains sur le terrain des valeurs et réorienter les positions du parti sur le droit à lavortement ou la laïcité, pour arriver à regagner notamment le Sud et lOuest conservateurs. Pour lheure, la course à linvestiture démocrate est ouverte. Hillary Clinton semble être la candidate la plus sérieuse. Sénatrice de lEtat de New York en 2000 et 2006, elle a gagné de nombreux soutiens, principalement pour son implication dans la défense des droits de la femme. Dabord en faveur de la guerre en Irak, elle en est devenue ensuite une farouche opposante. Jy suis et jy suis pour gagner, a-t-elle dit. Mais pour simposer, lex-first lady devra affronter plusieurs candidats de son propre camp : lex-sénateur John Edwards, mais surtout le sénateur noir de lIllinois, Barack Obama. Fils dun ancien étudiant kenyan et dune native du Kansas, ce diplômé de Harvard se fixe comme challenge de récupérer le vote noir capté par Hillary Clinton, en souvenir de Bill. Un pari difficile : les Noirs (10 % de lélectorat) ne font pas vraiment confiance à ce leader charismatique mais inexpérimenté, trop jeune (45 ans) pour avoir participé aux grandes luttes pour les droits civiques des années 60. |
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Candidats. Et si Al Gore
Et si la surprise venait dAl Gore ? Le candidat malheureux de lélection présidentielle de 2000 est en train de réaliser un miraculeux come-back. Depuis la présentation au dernier Festival de Cannes, de son film An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange), on le voit partout. De plus, il devrait bientôt signer un livre plus politique, intitulé Un assaut contre la raison et attendu cette année. Au lendemain de sa défaite électorale, lhomme avait investi dans une télévision alternative, à San Francisco. Aujourdhui, son film, plaidoyer écologique, a eu un succès et un retentissement planétaires. Le monde sarrache Al Gore. On lui déroule le tapis rouge en France, on laccueille en tant que maître de conférences dans les universités
Pour autant, franchira-t-il le pas en politique ? Se lancera-t-il dans linvestiture démocrate en vue des présidentielles de 2008 ? Lhomme de 58 ans jure quil ne sagit là que de convictions et nenvisage pas de retour en politique. Il sait pourtant quil a des contacts et des liens étendus et quil pourrait rassembler tous les mécontents du couple Clinton. Il sait aussi quil est le seul à pouvoir présenter une candidature didées. À 20 mois des présidentielles, tout est encore possible. |
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