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N° 265
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Pour Zakaria Boualem, il apparaît clairement que nous sommes mal barrés.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, comme tout le monde, a vécu une semaine pénible marquée par des histoires de bombes, de Sidi Moumen, de cyber qui explose et d'appartement plein d’explosifs. Rien de bien réjouissant, donc. Complètement saturé d'informations, notre homme tente de réfléchir, et c'est difficile. Dans son esprit confus, il y a dans cette affaire de bonnes et de mauvaises nouvelles. Les voici, en vrac, sans souci de cohérence puisque, c'est bien connu, c'est leur aspect décousu qui fait le charme des pensées de notre étrange héros. Bonne nouvelle : il y a des bombes et on le sait. ça veut dire qu'on a arrêté - espérons-le définitivement - de nous prendre pour des crétins prépubères. Rappelons qu'il y a encore quelques mois, notre ministre de la Justice envisageait de punir quiconque tentait de nous déprimer avec de mauvaises nouvelles. La vitesse avec laquelle les infos, même officielles, ont circulé, prouve que la ridicule injonction de monsieur Bouzoubaâ appartient au passé. Aujourd'hui, à l'heure d'Internet, il n'y a plus que la Tunisie qui continue à essayer de cacher les mauvaises nouvelles à ses citoyens (ils ont le moral sensible, les pauvres).

Mauvaise nouvelle : il y a encore des gens dont la conception de la construction d'un monde meilleur consiste à vouloir se faire exploser. C'est bien entendu catastrophique, et ce n'est pas vraiment une surprise, ce qui est encore plus catastrophique.

Bonne nouvelle : ces personnes mentionnées plus haut, les kamikazes pour faire simple, sont toujours aussi maladroits. Globalement, ils ont quand même beaucoup de mal à réaliser leur projet. Ils s'y prennent comme des manches, ce qui nous sauve la vie. Heureusement que les fous sont un peu bêtes, sinon, on obtiendrait Hitler.

Bonne nouvelle : nous avons au Maroc d’authentiques héros. Le gérant du cyber, par exemple, a sauvé des vies, tout comme le chauffeur de taxi qui avait neutralisé le kamikaze hésitant de l'hôtel Farah en 2003. Ces authentiques héros, disions-nous, ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes, ils se jettent à l'eau, sans maillot comme on dit, et moulaha rabbi...

Mauvaise nouvelle : le héros mentionné plus haut, s'il avait été américain, aurait eu droit à un film hollywoodien ou deux. On imagine déjà la bande-annonce, avec de gros plans sur son visage qui transpire au ralenti, sur fond de ballade lacrymale à la Mariah Carey, et une grosse voix saturée de testostérone qui annonce : “Parfois, il suffit d'un homme pour faire renaître l'espoir... Voici l'histoire de l'homme qui a dit non au terrorisme. Sortie le 27 Juin dans les salles, et le 26 à Derb Ghallef”. Hélas, chez nous, ce héros va plonger dans l'oubli, il n'aura pas de film - ce qui est peut-être finalement une bonne nouvelle -, pas de place, pas d'avenue ni même d'impasse. C'est comme ça.

Mauvaise nouvelle : il apparaît de plus en plus clairement que nous sommes très mal barrés. Nous sommes devant une génération à la fois manipulable et désespérée, une combinaison catastrophique. On pourra toujours faire de Sidi Moumen un endroit moins abominable, à coups d'enveloppes spéciales, encore qu'il est légitime de se demander pourquoi on ne l'a pas déjà fait. On pourra toujours construire des espaces verts, des logements décents, des éclairages publics, etc. Aura-t-on réglé le problème ? Comment fait-on pour former des cerveaux en état de fonctionner ? (et en accéléré de préférence, vu l'urgence du problème) ? Comment apprendre aux gens à résister au lavage de cerveau islamiste alors qu'on les a formés pendant des années à ne pas se poser de questions, à avaler tous les discours ? Comment fait-on pour faire reculer la haine alors que l'on tolère depuis des années un discours fasciste dans les journaux populistes, lesquels se répandent à longueur de colonnes en discours paranos sur les sionistes, alliés des satanistes, eux-mêmes sponsors des prostituées et de Bush lui-même ? Zakaria Boualem ne sait pas...

 
 
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