Attentat du 11 mars. L'Intérieur reconstitue le puzzle (ou presque)
Mairie de Casablanca. Petits bavardages entre ennemis
Pouvoir. Ces ponts et chaussées qui nous gouvernent
El Othmani. "Nous n'avons pas besoin des voix d'Al Adl Wal Ihsane "
Lycée français / Lycée Public. Le choc des classes
Égypte. Moubarak seul contre tous
11 Septembre. Le "cerveau" passe à table
Patrimoine des Habous. Un trésor, un gâchis
Cinéma. Le joli coup de Tétouan
Alifi Hafid. Au revoir et merci
Driss Bouissef Rekab. Mes années (à l'ombre de Lalla Chafia)
N° 266
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Ahmed Bouanani
(AIC PRESS)

Hommage. Ahmed Bouanani, enfin !

Moulay Driss Zerhoun, petite cité paisible du centre-est marocain, abrite un festival à l’intitulé quelque peu exotique : le cinéma et le village. Détrompons-nous car le contenu est, bien entendu, intéressant. Au menu, en effet, quatre longs métrages marocains, aussi variés que possible : “Soif” de Saâd Chraïbi, “Badis” de Abderrahmane Tazi, “Tassaout” de Latif Lahlou et, surtout, le cultissime “Assarab” de Ahmed Bouanani. En plus d’être situés dans un cadre rural, les quatre films offrent, en fait, un panorama à la fois vaste et représentatif de l’histoire de la cinématographie marocaine. Les films ont été réalisés
sur une période de près de quarante ans (Tassaout remonte aux années 1960, alors que Soif date des années 2000). Surtout, ces films ont une portée politique certaine : Soif et Badis, par exemple, racontent le Maroc sous occupation, alors que Assarab dépeint, en filigrane, l’aliénation d’un Marocain en pleine période dite des années de plomb. Assarab, donc, reste le seul film réalisé par cet artiste hors pair qu’est Ahmed Bouanani. Monteur à la base, Bouanani a été formé au prestigieux Idhec (aujourd’hui Femis), la meilleure école de cinéma en Europe. Et il a pratiquement tout fait, mais toujours dans l’ombre, loin des regards indiscrets. Car, en plus d’être cinéaste (réalisateur, scénariste, monteur), l’homme est avant tout poète. Et même l’un des tout meilleurs que le Maroc indépendant ait connus. C’est cet homme-là, qui vit reclus à Demnate depuis la perte tragique de l’une de ses deux filles, qui sera l’invité d’honneur du festival de Moulay Driss Zerhoun. Une occasion rare de voir, de plus près, celui qui refuse tous les hommages et n’accepte plus de se laisser filmer par les caméras…

Festival de Moulay Driss Zerhoun, 3ème édition, les 31 mars et 1er avril.



Sortie. Un mythe version 3D

Des muscles, du sang, des effets spéciaux et un mythe au bout. Celui du roi Léonidas et ses 300 soldats spartiates qui, par leur courage face à la terrifiante Perse ennemie, ont rallié toute la Grèce à leur cause et vaincu. Pour résumer le fond de l’histoire: une épopée à la gloire d’une certaine démocratie –trop à droite-, adaptation de la BD de Frank Miller et mise en boîte par un abonné aux effets visuels et à la 3D…Question forme, Zack Snyder a tout misé sur l’emballage et l’esthétique. Résultat ? On se croirait dans un jeu virtuel à force, littéralement ébloui. Pour le coup, 300 est une prouesse technique qui ne mérite que le grand écran. L’histoire, quand à elle, est pour le moins impersonnelle. La version papier de Franck Miller a donné mieux en matière d’équilibre. Et puis surtout, elle n’a pas le temps –ni la performance des acteurs d’ailleurs - de se faire sa petite place dans cet enchaînement infernal de plans, de coups d’épée et de torses bronzés.

300. Au Mégarama.



Cérémonie. Hip pi pip Awards !

Cette fois-ci, c’est la bonne. Reportés une première fois, les Mghrib Music Awards auront finalement lieu le 31 mars à 19h30 tapantes, au Théâtre Mohammed V de Rabat. Le contretemps aura eu au moins un effet bénéfique : rallonger la période des votes. Appelés à choisir les meilleurs artistes de la scène alternative, les internautes ont jusqu’au 24 mars pour cliquer sur leurs choix sur www.nextline.ma, webzine organisateur de l’évènement. Déjà plus de 41 000 suffrages au compteur. Pour assister à la cérémonie, il faudra par contre bouger un peu plus que son index.

Les billets sont en vente au guichet du Théâtre Mohammed V de Rabat. Prix : 70, 130 et 180 DH.



Patrimoine. Pour l’amour de Casa

Le 25 mars 2007, L’association Casa mémoire invite qui veut bien, à une visite guidée dans le centre de Casablanca. Le circuit – périple à pied, naturellement - prendra le départ à la cathédrale du Sacré- Cœur, et se terminera à Hassan Sghir. L’association, adossée au Conseil de la ville pour l’opération, bouclera ainsi son week-end de militantisme pour les perles architecturales de sa ville dans le cadre de la deuxième journée méditerranéenne du patrimoine récent. Le 24 mars, un séminaire autour de “La réhabilitation des ensembles urbains du XXème siècle” introduira la journée de sensibilisation. Au programme également, une exposition de photos historiques sorties tout droit de la collection du passionnément casablancais Mohamed Tangi, le long du boulevard Mohammed V. Un projet de réhabilitation de cette avenue sera en outre exposé pendant l’événement.

Le 24 mars à 15h00 à la coupole Parc de la ligue arabe. Casablanca.



Portail. Rocma pour le rap

Après avoir cosigné quelques skeuds avec Mafia-C, puis en solo, lancé sa propre marque de streetwear, M7a-k pour ne pas la citer, Mc Jo s’est trouvé un nouveau gaga : un portail rap marocain. Comme raptiviste.net, serait-on tenté de dire. Mais non. Monsieur a trouvé le petit plus pour se distinguer de ses frères d’armes – et futurs partenaires au passage : “Entre autres, des sessions de chat direct avec les têtes d’affiche de la scène rap marocaine. Nous avons quelques accords de principe dont Bigg, qui est partant pour une demi-heure de chat”, développe le rappeur. Second argument de Mc : il recevra, en exclusivité, toutes les productions du label funky noise, une semaine avant leur sortie officielle. Le but derrière ce développement virtuel ? Créer une base de données complète et exhaustive sur les rappeurs marocains: bios, photos, mp3s, ou vidéos… www.rocma-rap.ma sera en ligne début avril.


Concert. La bête, le cactus et une BA

Il est des mélanges déconseillés, et d’autres plus opportuns. Celui-là est, on ne peut plus, recommandé. El Bicho, littéralement la bête, et Darga, le cactus made in Casa. Les premiers, pionniers de la fusion espagnole, mêlent flamenco, rock, hip hop et afro-beat assaisonnés de rumba, ou relevés avec des castagnettes et leurs cousines qraqeb. Les seconds, diplômés en world music, option Maghreb, mélangent reggae, funk, tagnaouite ou ska, remontés par une jolie session cuivre. Il a fallu s’y mettre à trois, entre L’boulevard, le Cervantes, et la ville de Casablanca, pour faire monter les deux bands sur scène. Le concert, prévu au stade de la Casablancaise, a frôlé l’annulation après le désistement du sponsor, et a fini au théâtre Mohammed VI -mention spéciale à la ville pour le sauvetage. Les recettes seront versées à l’association ASIDD pour financer la construction d’une deuxième école et d’un dispensaire dans l’Atlas de Béni Mellal.

Le 1er avril au théâtre Mohammed VI, à Casablanca.



Documentaire. La biennale à votre service

Pour le baptême de la Semaine du documentaire, l’Institut français de Fès l’a joué stratégique. Le temps d’apprivoiser le public – et d’installer la culture documentaire chez lui - la première édition tournera uniquement autour d’hommages ; au documentariste Jean-Pierre Thorn, et à la Biennale des cinémas arabes de Paris. Laquelle a mis sa décennie de documentaires à la disposition de la manifestation. A la bonne heure ! Le passage au mode festival –donc à la compétition– attendra la deuxième édition. Rappelons pour l’anecdote qu’à la biennale, discrimination positive aidant, seuls les films réalisés par des cinéastes arabes sont admis. Dans ce contexte, on regrettera tout de même de devoir attendre 2008 pour apprécier un El Ejido de Khalid Jawad ou encore La couleur du sacrifice de Mourad Boucif.

Du 13 au 20 avril a l’if de fès.



Album. Rap éducatif

Rappeur “auto-koulchi”, comme il aime à se définir, Mc Hamid s’auto-produit, s’auto-distribue et, depuis quelques semaines, s’auto-organise des concerts, pour la promotion de son premier opus Kayne khalal. Un album musclé avec ses 14 pistes de rap “éducatif et instructif”, dixit le Mc lui-même. C’est que l’unique survivant du combo VFF, groupe révélation du Boulevard 2003, est resté fidèle aux axiomes de son acronyme - vérité, fidélité, fraternité. Ce sera donc terrorisme, haschichisme, perte de valeurs, imposture… Les textes brassent large et réussissent le passage du 0% gros mots. Côté son, variété en perspective et instrus en renfort, ça va du rap au ragga en passant par quelques samples de chez nous. Intéressant.

En vente au Beverly Hills (Twin Center).



Come-back. Elam Jay ressuscite

Trois ans après sa double entrée ratée dans la production et la chanson, Elam Jay refait surface, les ambitions revisitées, mais des projets en tête, néanmoins. Un studio d’enregistrement pour faire tourner la machine, et des titres pour… le plaisir ? Toujours est-il qu’il ose le double album pour consommer le comeback. Le premier, en finalisation, entièrement en anglais, est destiné au marché US. Et le second, 100% arabe, a pour cible le Moyen-Orient. Il sera dans les bacs le 15 mai. “Aujourd’hui, on peut créer une industrie du disque, produire des artistes et développer un système de distribution, argumente l’artiste. Même si ça va être difficile d’avoir des retours financiers au début, il faut tenter le coup”…


Le livre.

Publié en 1975 et devenu, depuis, un classique de la littérature turque contemporaine, ce récit nous ramène aux heures sombres de la dictature militaire. Dans ce portrait d'une génération martyre qui a affronté, dans la solitude mais aussi dans la solidarité, la répression parce qu'elle croyait encore à son idéal de liberté, le narrateur puise parfois dans les mémoires de son  enfance, mais surtout dans sa jeunesse révoltée. Paradoxe d'une chronique de la mort toujours proche et d'un hymne à la liberté et au courage d'un auteur – il a également traduit Nazim Hikmet – au style volontiers provocateur : “Je pense peu de bien des jeunes gens qui n'entrent pas dans la vie l'injure à la bouche. Beaucoup nier à vingt ans, c'est signe de fécondité”

Nedim Gürsel, Un long été à Istanbul, Gallimard ; (L'Imaginaire)




Humeur.
Les experts

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

A chaque attentat, les médias marocains sortent d’on ne sait où de nouveaux spécialistes ès-terrorisme estampillés Al Qaïda Morocco. À chaque fois, ils prouvent que le Maroc s’est doté de moyens scientifiques pour traquer les kamikazes : test ADN et paire de baffes. C’est devenu indispensable depuis que les bombes humaines travaillent en réseau avec les fidèles de Ben Laden. Une nébuleuse de suicidaires lâchée sur le Net. Les spécialistes tiennent toujours ces infos de source sûre, de préférence proche d’un uniforme. Et puis, il y a eu l’attentat raté de Sidi Moumen. Au vu des photos publiées dans la presse, la police a en réalité une conception très démocratique et pas très scientifique de la sacro-sainte scène du crime. Ouverte aux quatre vents, les chemkara y volent des pièces à conviction à même le cadavre. Paparazzis de la barbaque humaine et curieux y baguenaudent à leur aise. On se doutait bien que Les experts de Sidi Moumen ne mettaient pas de gants blancs. On les savait aussi moins psychologues et sexy que Zineb, l’officier de la police scientifique d’Al Kadia sur 2M. Plutôt profilers obtus : toi barbu, toi pas barbu. Mais dans ce cyber miteux à 3 dirhams de l’heure, ça fleurait clairement l’amateurisme et pas du tout Traque sur Internet. Des Sancho et Pancho déjouant des attentats par hasard, à la faveur d’une fracture numérique. Une connection poussive, un MSN qui coince, un kamikaze qui s’autokamikaze à huis clos. Résultat : des vies innocentes sauvées par inadvertance. Qui doit-on remercier ? Les sécuritaires ou Maroc Telecom ?



Bigg family
Abîmé la semaine dernière par quelques fans surexcités lors du concert des Hoba Hoba Spirit, le complexe Zefzaf a un deadline pour se remettre d’aplomb. Le 30 mars, il accueillera Bigg and Family - Loubna, 9mm, et Mastro - et bien sûr Dj Key. Billets à L’IF de Casablanca.


Electro-Casbah
La scène électronique, toujours unis pour le trip, squattent la Casbah de Casablanca pour leur soirée “Underground Hound”. Dj Mood&Daox se font épauler cette fois-ci par le US Dj Breakthru. Amateurs de trance&co, rendez-vous est pris le 24 mars.


Un hommage à Belyazid
Le Festival du film oriental de Genève rend hommage à Farida Belyazid, et ouvre sa troisième édition, le 26 mars, par la projection de La Chienne de vie de Juanita Narboni. Autre invitée de la manifestation, tournée cette année vers le cinéma féminin dans le monde arabe, Narjiss Nejjar avec Les yeux secs.

 
 
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