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Par Chadwane Bensalmia
Tournage. Dans la peau de Ben Barka
Fiche technique.
Réalisateur. Jean-Pierre Sinapi.
Budget. 5,4 millions deuros.
Diffusion. France 2.
Avec. Atmen Kélif, Simon Abkarian, Olivier Gourmet, Hippolyte Girardot, Gilbert Melki, Edouard Baer, Jalil Lespert, Bernard Lecoq |
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Atmen Kélif, qui joue le rôle de
Mehdi Ben Barka dans
le nouveau téléfilm.
(DR)
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La semaine dernière sachevait le tournage de Laffaire Ben Barka, troisième film français autour de la disparition de lopposant marocain, et le premier à mettre en scène son assassinat. Coulisses dun tournage mouvementé.
Ce soir, le sort de Mehdi Ben Barka sera scellé. Dans une villa à Rabat, siège de ses réunions secrètes, le ministre de lIntérieur, Mohamed Oufkir, a rassemblé ses proches collaborateurs. Ordre du jour de cette assemblée occulte : préparer lenlèvement du leader de gauche. Mohamed Achâachi, patron du Cab 1, Antoine Lopez, agent des services |
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français, un agent de la CIA et Oufkir lui-même réfléchissent à un énième stratagème pour lattirer dans leur piège. La proposition de Francfort, en Allemagne, comme théâtre des opérations, est rapidement écartée par Achâachi, qui y oppose son choix : Alger. Cest là quil faut agir. Nous avons nos hommes là-bas. Et il est plus facile de se fondre dans le décor. La suggestion de lhomme semble convaincre. Et puis Francfort, la bière, la saucisse, cest pas votre culture !, ironise lagent de la CIA. Lassistance rit de bon coeur. Sauf Achaachi, qui reste imperturbable. Un petit détail qui suffit à deviner la psychologie rigide du patron des services marocains. Tapi dans son fauteuil de réalisateur, Jean-Pierre Sinapi guette les imperfections de sa prise. La séquence est tournée une bonne dizaine de fois, avant quil ne se déclare satisfait de la justesse du ton. Il tient à rendre la psychologie des personnages et le senti des atmosphères. Et plus que tout, ajoute-t-il entre deux consignes, je veux raconter le personnage Ben Barka. Je ne dis pas que mon film retrace la vérité sur cet homme. Il sagit plus dune fiction inspirée de la réalité et construite autour du personnage de Ben Barka : lêtre humain, sa pensée, son parcours
et bien sûr son enlèvement. Il est au centre du scénario. Traduction sur pellicule : Laffaire Ben Barka - téléfilm en deux parties de 90 minutes - part de lenlèvement de lopposant devant la brasserie Lipp à Paris, plonge dans les coulisses du complot, scrute la vie de Mehdi Ben Barka et finit par mettre en scène la mystérieuse disparition de son corps
pour la première fois. Pour la première fois également, une partie du tournage se déroule au Maroc.
Un tournage et des histoires
Mercredi 21 mars. Dans une villa de location à Sidi Messaoud, en périphérie casablancaise, élue QG fictif dOufkir, la suite du tournage se fait au gré des éclaircies. Après une infinité de coups de fil, le matin même à la direction de la météorologie, léquipe a désespéré dobtenir des prévisions. Vous savez, nous nen sommes pas à une contrariété près. Hier, on a égaré la chaussure dOufkir, raconte, farceur, Driss Laraki, le régisseur général. Sérieusement, le plus dur est derrière nous. Le plus dur, cétait en effet deux semaines plus tôt. À son arrivée à Casablanca, léquipe du film baignait encore dans lincertitude : les autorités marocaines navaient toujours pas donné leur accord pour filmer devant et dans lenceinte de la commune du Méchouar. Au final, Jean-Pierre Sinapi devra se contenter de prises de vue extérieures. Cest déjà beaucoup, commente-t-il. Je naurais jamais cru pouvoir tourner ici. Cest un signe que le Maroc est prêt à regarder son passé en face. Ce qui est loin dêtre le cas de la France. Pendant le tournage à Paris, en effet, la production sest vu successivement refuser des prises de vue aux abords du Sénat, lusage darmes réelles - chargées à blanc - sur le tournage et, plus tard, le transport darmes factices en avion pour le Maroc. Javais absolument besoin dun fusil à lunette pour une scène de lattentat, raconte Sinapi. Résultat, jai dû payer 1600 euros la confection dun fusil en caoutchouc, que jai caché dans mes bagages. Et une fois au Maroc, jai fait faire la lunette par un artisan. Petites contrariétés et grandes paniques
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Depuis le premier clap, en janvier dernier à Paris, jusquau dernier plan, filmé la semaine dernière à Casablanca, léquipe du téléfilm a dû en permanence jongler avec la susceptibilité des autorités françaises, courir après les autorisations du côté marocain, tout en tentant de garder le mystère complet sur le tournage
le plus longtemps possible. Mission accomplie. Le secret a été si bien gardé que la famille Ben Barka, elle-même, na pas pu en savoir plus que le maigre synopsis repris dans la presse hexagonale : Le 29 octobre 1965, peu après 12h30, le chef de file de lopposition de gauche au roi du Maroc, Hassan II, Mehdi Ben Barka, est interpellé devant la brasserie Lipp par deux policiers français. Plus jamais on ne reverra publiquement Ben Barka vivant. Trois jours plus tard, la presse annonce lenlèvement et la disparition du leader marocain. Lun des plus grands scandales de la Vème République a commencé. En fait, faire limpasse sur le témoignage de la famille a été un parti-pris du metteur en scène lui-même. Jai opté pour une version de sa disparition (ndlr : la dissolution de son corps dans lacide) qui risque de ne pas leur convenir, se défend-t-il. Je nen avais pas besoin.
Un certain Mehdi Ben Barka
Ce mercredi 21 mars, après trois mois de tournage, Atmen Kélif quittait enfin la peau de Mehdi Ben Barka. Un certain Ben Barka, sempresse-t-il de préciser. On ne peut pas reproduire lhomme. Cela reviendrait à déterrer un corps pour vérifier si lADN correspond. Jai tout juste essayé de rendre un Ben Barka vivant comme le voulait le réalisateur. Je crois dailleurs que cest là que réside toute la force du téléfilm de Sinapi. Contrairement aux deux précédents films qui lui ont été consacrés (ndlr : Lattentat, dYves Boisset et Jai vu tuer Ben Barka, de Serge Le Péron), dans Laffaire Ben Barka, la mort du leader nocculte pas sa vie, conclut lacteur. Simon Abkarian, qui a campé le rôle du leader de gauche dans Jai vu tuer Ben Barka, se retrouve dans le téléfilm de Sinapi dans celui de Mohamed Oufkir. Au final, on peut imaginer autant de scénarii, tourner autant de films quil peut y avoir de points de vue, de protagonistes, et de personnages dans cette affaire. Et chaque lecture a son intérêt, commente-t-il. Ceci dit, jai aimé la subtilité et le souci du détail de Jean-Pierre Sinapi. Un scénario ambitieux, un casting relevé, Laffaire Ben Barka aurait pu être éligible au grand écran. Au regret de Sinapi, son uvre ne sera quun téléfilm à gros budget (5,4 millions deuros) : Le cinéma daujourdhui nest plus preneur des histoires politiques. Il est devenu de plus en plus commercial, conclut-il. |
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