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Peinture. Corps et âmes
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Jean Berry

Peinture. Corps et âmes

Florence Arnold
(JEAN BERRY)

Florence Arnold vient d’exposer à Casablanca une œuvre troublante, faite de nus à la sensualité mélancolique et de matière composite. Rencontre, par tableaux interposés.


Elle a exposé à Alger, Paris, San Francisco ou encore New York, mais elle parle de son travail avec beaucoup de simplicité. “Une toile, c’est toujours l’humeur du moment, ce sont des morceaux de son âme qu’on essaie de faire sortir”. Autodidacte approchant la quarantaine, Florence Arnold a commencé par l’aquarelle. Et très vite, elle en est venue à vouloir montrer des corps : “Des baisers, des étreintes, des mères et
des enfants… C’est la sensualité qui m’inspire. Et puis j’ai eu envie de matière”. En témoignent ces papiers d’Asie, ces bandes de plâtre et de peinture intégrées, écorchées, arrachées, débouchant finalement sur des effets de transparence, quand ne subsistent plus de ce magma que quelques fibres ténues. “Parfois on ne sait plus vraiment quel est le papier original”, poursuit l’artiste.

Ses fonds sont complexes et torturés, dans des teintes de terre, ocres, marrons, beiges et blancs, aux pastels, à l’acrylique ou au fusain. Et sur ceux-ci, des corps de femmes, empreints d’une mélancolie quasi originelle. Objet de désir, de convoitise, de réflexion ? La femme est nue, partiellement éclairée, montrée dans des positions d’abandon, plus fragile que jamais. Mais l’artiste ne cherche pas réellement à matérialiser ce choix. “On ne peut pas tout dévoiler, il faut laisser du mystère. C’est peut-être l’expression d’une certaine nostalgie, de peines de cœur… Les choses de la vie en somme”.

Obsession du corps
L’exposition montre aussi quelques corps d’homme. Des hommes fragiles, également dans des positions d’abandon, de douleur… Hassan Bourkia, avec qui Arnold peindra bientôt à quatre mains, décrit “un travail de fond, méticuleux, qui respecte le corps et l’embellit… Et qui pose des questions sur le retour des passions. On est loin de l’animalité, ses corps sont habités par la passion et l’amour de l’autre”. Comme lui, Assia Faraoui, de la galerie Nadar, qui a récemment accueilli une exposition de Florence Arnold, a été autant touchée par la personne que par l’artiste. “D’abord le sujet est inhabituel, presque personne ici ne peint des nus. C’est surtout cette sensibilité autour des corps qui m’a touchée, car finalement la plupart des toiles n’ont pas tellement l’air de nus. C’est un coup de foudre qui ne s’explique pas”.

Cette quasi-obsession autour du corps, Arnold l’assouvit aussi via la danse, qu’elle pratique depuis son plus jeune âge. “Les danses que j’ai découvertes en Afrique noire pendant mon enfance m’ont marquée. Alors que la peinture est un exercice de création introspectif et douloureux, la danse permet de se laisser aller dans un échange direct avec le public”. Réinstallée depuis cinq ans à Casablanca, elle danse en solo, entourée des chanteurs lyriques de la troupe Proarta, fondée par Johanna Rusu et Ciprian Oloï, sur du Oum Kalthoum. Quant à sa fille, Marine, elle chante Carmen début avril avec un chœur d’enfants et l’Orchestre philharmonique du Maroc. Bon sang ne saurait mentir...



Le bain, 1,40 x 50 cm, 2006.
Elle a une position de tristesse, on dirait qu’elle pleure. Pourquoi ? On ne sait pas trop, on garde du mystère, on cache certaines choses… L’idée est de montrer la féminité, mais sans dévoiler trop.


Ombrager, 145 x 55cm, 2006.
Celle-ci est presque absorbée par le fond, comme si elle était aspirée par le papier… Elle se dérobe, tout en conservant une position proche de celle d’une statue.


Corpus, 110 x 54 cm, 2006.
C’est un homme, dont j’ai cherché à représenter la fragilité. Pas sa puissance, ni sa virilité, ni même sa musculature, même si elle est visible. Il pleure, et il se voile un peu la face…


Nu en Appui, 67 x 81 cm, 2005.
Cette femme nous regarde droit dans les yeux. On ne sait pas qui elle regarde d’ailleurs, mais son regard est déterminé, elle n’a pas peur. On voit tout son visage, alors que souvent une partie reste dans l’ombre. Pendant longtemps, j’ai peint des visages aux yeux fermés, mais ils s’ouvrent de plus en plus maintenant. On ne se ment plus, on ne se cache plus…


Pleuvoir, 50 x 49 cm, 2006.
Le titre veut tout dire : elle pleure… Et puis il y a ces taches de sang. On ne sait pas d’où il vient, mais on sent qu’elle est blessée, qu’elle souffre.

 
 
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