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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Affaires. Elalamy tisse sa toile

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CNIA, Essaâda, Mobisud, Taslif… Depuis son retour sur le devant de la scène, Moulay Hafid Elalamy ne cesse d'élargir son groupe et de consolider ses appuis dans la sphère politico-financière. Le point sur les affaires d'un patron surdoué.


“Il est jeune, beau, riche et intelligent”. C'est la description que fait une collaboratrice de son patron : Moulay Hafid Elalamy. L'homme n'a pourtant rien d'un prince charmant ou d'un quelconque héros de conte de fées. C'est plutôt un businessman pragmatique et rusé, qui a su négocier avec brio tous les virages de sa carrière. Depuis son retour au Maroc, en 1988, à la tête de l’ex-Compagnie africaine d'assurances, jusqu'au rachat de la CNIA, en passant par la tumultueuse affaire Agma et le développement fulgurant de son groupe Saham, Elalamy a su habilement soigner son image d'homme d'affaires surdoué. “Il a le talent rare de choisir le bon timing pour décrocher la bonne affaire”, remarque un de ses proches. La meilleure démonstration en est sans doute le rachat de la CNIA. En février 2005, la compagnie d'assurances, mise en vente par le groupe Arig, est dans le collimateur de la Banque Populaire, donnée comme favorite pour cette acquisition. Mais Elalamy, se faisant jusqu'alors discret, sort de l'ombre pour coiffer la banque au poteau. Pour financer l'opération, il s'appuie sur Attijariwafa bank, devenue entre-temps la banque des “champions”. “Le concept de 'champion national' était en vogue. Ses promoteurs avaient besoin de jeunes à la tête de puissants groupes. Elalamy, malin comme il est, a su se fondre parfaitement dans ce moule”, explique notre source.

Mais le patron de Saham ne se contente pas de ce simple coup de pouce. Il sait que la frontière entre pouvoir et business, sous la nouvelle ère, est de plus en plus difficile à déterminer. Il répond alors présent à toutes les “invitations” de la société civile. Ses importantes donations à la Fondation Mohammed V lui permettent aussi d'inscrire le nom de son groupe dans la longue liste des grandes entreprises marocaines partenaires de l'ONG. Mieux encore, à la création de l'Association Lalla Salma de lutte contre le cancer, il trouve aisément sa place auprès des cadors du paysage économique que sont Ahizoune et Bendidi. “Son dynamisme et son implication personnelle dans cette association lui ont permis de voler rapidement la vedette”, raconte l'un de ses proches. La liste ne s'arrête pas là. En 2006, alors que le sujet des élections devient le centre des débats de la société civile, il se place parmi les fondateurs de “2007 Daba”, avec d'autres figures présentées comme proches du sérail. Une telle implication est-elle bonne pour le business ? À cette question, le Marrakchi perd tout sens de l'humour : “Il ne faut rien y voir d'autre qu'une sensibilité aux problèmes qui nous entourent. J'essaie d'apporter ma petite contribution via ces structures efficaces mais aussi à travers d'autres associations moins connues. Quant aux rencontres d'affaires, il y a d'autres endroits pour cela”, répond-il.

Les affaires continuent de prospérer
Cette “sensibilité” est, selon lui, la raison qui l'a poussé à accepter de prendre la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). “Le développement d'une entreprise ou d'un groupe est lié à l'évolution de l'environnement économique dans son ensemble. Penser uniquement à ses propres affaires sans se soucier de ce qui les entoure n'est pas la meilleure des approches”, explique le patron des patrons. Et de nuancer : “Je ne compte pas non plus m'éterniser dans le patronat. Cela ruine la santé et les affaires”.

Pourtant, question affaires, son implication dans l'organisation patronale semble pour le moment lui porter chance. Quelques mois après s'être installé dans son fauteuil de président, il réalise une nouvelle acquisition. Il reprend la compagnie Essaâda, appartenant à la famille Ouazzani, qui allait droit vers la faillite. Saham se retrouve désormais numéro 3 du secteur des assurances, en détenant environ 16% de parts de marché. Seulement, pour certains de ses proches, l'opération est loin d'être une affaire en or. “Les dégâts découverts ont été plus importants que prévu”, confient-ils. À cela, Elalamy rétorque en toute confiance : “Essaâda sera assainie comme ce fut le cas pour la CNIA”. La compagnie est d'ailleurs en bon chemin vers le redressement. Elle vient récemment de décrocher le marché pour l'assurance maladie obligatoire des imams (33 000 contrats, si l'on en juge par le nombre des mosquées). De plus, l'aide financière pour le redressement via le fonds de solidarité propre au secteur des assurances est quasiment acquise. “Nous avons présenté un plan et nous attendons la réponse de la Direction des assurances”, explique-t-il.

L'expansion du groupe Saham touche aussi les télécoms. Là encore, il réalise une opération spectaculaire. Associé à Maroc Telecom avec une participation de 18% dans Mobisud, Elalamy ne se gêne pas pour créer une nouvelle société, Saham Téléphonie, dédiée à la distribution des produits… du concurrent Wana. “Je suis aussi partenaire de Méditel, puisque j'utilise son réseau de distribution pour commercialiser les lunettes et les montres de la marque Ego”, explique le patron de Saham. Pour les proches du dossier, c'est toute une autre version qui est avancée : “Mobisud, c'est son idée et son projet monté dans un premier temps avec SFR. C'est Maroc Telecom qui est venu se greffer et prendre le contrôle de cet opérateur virtuel, vu ses liens avec le groupe Vivendi”.
Les acquisitions se poursuivent aussi à travers la récente opération sur Taslif. La société de financement, appartenant à l'homme d'affaires Saïd Alj (groupe Sanam), passe désormais sous le contrôle du groupe Saham. Ce dernier vient de décaisser 40 millions de dirhams pour racheter 15% du capital et devrait réinjecter près de trois fois plus en augmentation de capital, ce qui lui permettra d'atteindre la majorité. “L'opération est intéressante financièrement et les synergies par rapport aux autres enseignes du groupe, que ce soit pour la distribution ou les assurances, sont importantes. De plus, nous avons des relations privilégiées avec le groupe Sanam, qui a rejoint récemment le tour de table de la CNIA”, explique Moulay Hafid Elalamy. Le marché se fait aussi l'écho d'une nouvelle acquisition dans le même secteur de crédit à la consommation. Les tractations sont bien avancées et l'annonce serait imminente. Un épisode de plus dans la saga Elalamy.



CGEM. Un président fédérateur

On ne sait par quel miracle Moulay Hafid Elalamy, qui traînait une réputation de trublion du monde des affaires, est arrivé à faire l'unanimité auprès de ses pairs, pour se présenter comme unique candidat à la présidence de la CGEM. Ce qui est certain, c'est qu'une fois en poste, le nouveau patron des patrons a confirmé sa capacité à resserrer les rangs au sein de l'organisation patronale. La constitution de son conseil d'administration marque le retour en force des grands groupes et surtout l'implication personnelle des grands patrons dans les différentes commissions. “C'est la réconciliation des grands groupes avec la Confédération, après une longue période de rupture, qui a duré le long du deuxième mandat de son prédécesseur, Hassan Chami”, souligne un observateur. Pour Elalalmy, cela n'a rien de miraculeux. “Tous les patrons ne demandent qu'à s'impliquer. Nous sommes tous conscient que le Maroc ne peut se permettre le luxe de perdre davantage de temps”, explique-t-il. L'opération charme ne s'arrête pas là : Moulay Hafid Elalamy joue la proximité en organisant chaque conseil d'administration de la Confédération dans une ville différente. Côté dossiers en revanche, il n'y a rien à signaler pour l'heure, si ce n'est de vagues propositions pour une réforme fiscale et le lancement d'un label social. Mais à la décharge du nouveau président, il est encore tôt pour établir un premier bilan.

 
 
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