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N° 267
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Bravo, Majesté !

Ahmed R. Benchemsi
Cette séance de photos avec la presse marocaine est plus efficace que tous les poncifs officiels réunis !


C’est une première, qu’il convient de saluer chaudement : le roi Mohammed VI a reçu, au palais de Rabat, deux équipes de journalistes marocains, celles des magazines mensuels féminins Citadine et Nissaa Min Al Maghrib. Ce faisant, il a rompu avec une “tradition” (comme quoi, il y en a de mauvaises) qui consistait, pour la famille royale marocaine, à n’accorder ses faveurs qu’à la presse étrangère. Bravo, Majesté, pour cet acte de patriotisme journalistique ! D’ores et déjà, la
haute tenue des reportages des deux magazines - photos impeccables, mises en pages élégantes, textes soignés - démontre ce que nous avions toujours écrit, sur ces mêmes colonnes : la presse marocaine est suffisamment mûre et professionnelle pour faire des reportages people de qualité, qui n’ont rien à envier à ceux de Paris Match.

Dès le lendemain de la naissance de la princesse Lalla Khadija, les propriétaires des deux mensuels ont été contactés par le protocole royal pour leur “proposer” (bel euphémisme !) un reportage-photo complet de la famille royale. Le jour de la prise de vues, Mohammed VI, apparemment décontracté, s’est adressé aux photographes pour “discuter” (sympathique euphémisme, là encore) des angles de vue. On imagine nos confrères tétanisés, mais non ! L’un (ou l’une) d’entre eux a même suggéré, pendant la séance de pose, que Moulay Hassan fasse un bisou à Lalla Khadija. Ce à quoi le roi s’est gentiment opposé, au motif qu’il était “trop tôt” pour demander ce geste à un petit garçon encore jaloux de l’attention générale portée à sa sœur. On a même appris, dans la même veine, que la première activité publique du jeune prince, 4 ans (il était aux côtés de son père, pendant une audience officielle), intervenue 5 jours après la naissance de Lalla Khadija, était un acte pédagogique royal – l’équivalent, chez les gens normaux, du “cadeau que la petite sœur a amené avec elle, du ventre de sa maman”. Un petit garçon qui a d’ailleurs promis, face aux journalistes, qu’il “partagerait ses jouets avec sa sœur”. Pas encore conscient de la réalité de sa condition, le jeune prince ne sait pas qu’il a assez de jouets pour les partager avec la moitié des enfants marocains, mais bon… La scène est indiscutablement touchante, et participe, infiniment mieux que tous les poncifs officiels, à adoucir l’image de la famille royale. Dans le même registre, l’image du roi enlaçant tendrement son épouse (ses doigts sont visibles sur sa hanche et son épaule !) fait particulièrement plaisir à voir. “Sacrés”, ces gens ? Peut-être, mais finalement humains, comme tout le monde. Ça, c’est de la com’ intelligente ! Et quel bonheur, qu’on fasse (enfin) confiance à des Marocains pour la réaliser…

Parce que tout ça, évidemment, c’est de la com’, pas du journalisme. Que nos consœurs de Citadine et Nissaa ne nous en veuillent pas : il ne s’agit absolument pas d’une critique. Au contraire, le ton laudateur est la règle, dans ce genre d’exercice – Paris match, d’ailleurs, ne fait pas autre chose. Aujourd’hui, on a la preuve que les Marocains aussi peuvent faire du (bon) “people royal”.

On attend, maintenant, la prochaine étape : pour parachever ce nouveau cycle de confiance qui s’ouvre entre la royauté et la presse nationale, le roi doit accorder une interview politique à des journalistes marocains. C’est un exercice différent du people, parce qu’il suppose moins de déférence, et plus de questions pointues, voire embarrassantes. Quand ? C’est au roi de décider, et il prend manifestement son temps. On attendra, même si ça doit être Le Matin, et même si le protocole royal écrit les questions et les réponses ! L’essentiel est de marquer un pas. Il y a des jours, comme ça, où on a envie d’être optimiste...

 
 
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