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Par Driss Bennani
Terrorisme. Les salafistes montrent patte blanche
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Récemment, les messages de
clarification, en provenance
de détenus salafistes, se sont
multipliés.
(AFP)
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Condamnation de l'attentat du 11 mars, critique de la stratégie d'Al Qaïda au Maghreb, révision de la pensée takfiriste
Les détenus salafistes ont visiblement entamé un travail d'autocritique. Démarche sincère ou simple manuvre ?
Au lendemain de l'attentat manqué du 11 mars, des communiqués signés par plusieurs groupes salafistes, détenus dans différentes prisons marocaines, ont inondé les rédactions des journaux du pays. Leurs auteurs y condamnent fermement l'acte terroriste et affirment, en substance, que ce genre d'actions est étranger à la religion |
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musulmane. Une première ? Pas vraiment. Les détenus islamistes post-16 mai saisissent depuis quelque temps toutes les occasions pour clamer leur innocence et montrer patte blanche, si on ose l'expression, analyse un observateur des mouvements islamistes au Maroc. Les communiqués, écrits à la main, sont généralement diffusés par les familles des détenus. Dans l'espoir d'une grâce ou d'une révision de peine, ajoutera naïvement la mère d'un détenu, condamné à 20 ans de prison. Et la fièvre des communiqués n'épargne personne. Même les chioukh emblématiques de la Salafia s'y mettent. Deux jours avant que Abdekfettah Raydi n'actionne sa bombe dans le cybercafé de Sidi Moumen, le fameux Abdelwaheb Rafiqi, alias Abou Hafs, réaffirmait, de sa plus belle plume sur les colonnes d'Al Ayyam, que la vie humaine est sacrée et que toute atteinte à la vie d'autrui est un péché impardonnable.
La dernière missive du genre nous vient, quant à elle, du centre pénitentiaire de Bourkaïz à Fès. Deux détenus islamistes, les dénommés Abou Oussama et Rachid Brija, y finalisent la rédaction de ce qui ressemble à un mémorandum qui se propose, d'après les termes de ses rédacteurs, de réviser et de rectifier certaines fausses idées qui pullulent dans la pensée de la Salafia Jihadia. Rien que ça ! Et entre deux communiqués, certains groupes choisissent de prendre des positions pour le moins étonnantes. C'est le cas de ce groupe de détenus de la prison de Casablanca, qui s'est solidarisé avec
Rkia Abou Ali, l'héroïne controversée de ce qui est désormais connu comme le scandale érotico-judiciaire de Khénifra (voir page 20).
Comment interpréter toute cette agitation islamiste derrière les barreaux ? Les détenus de la Salafia Jihadia seraient-ils revenus à la raison ? Reconnaissent-ils, dans ce cas, qu'ils ont été dans le tort ? Difficile de répondre avec exactitude, parce que les motivations de chaque détenu sont différentes. Mais globalement, ils savent qu'aujourd'hui, un incident comme celui du cybercafé ne fait que retarder davantage la résolution de leur dossier, analyse un acteur associatif, proche des milieux islamistes. C'est pourquoi ils essayent de temps à autre de faire entendre leur voix, histoire de ne pas se faire oublier.
Remise en question
Selon ce même acteur associatif, de nombreux détenus ont commencé leur autocritique au lendemain de la première grève nationale de la faim, qui a démarré en mai 2005. Quand l'Etat est intervenu pour disperser les chioukh et transférer certains détenus, il a quelque part brisé le mouvement de grève. À partir de ce moment, certains détenus ont commencé à se poser des questions, à se demander s'il était encore pertinent de jouer aux durs, raconte-t-il.
Depuis, les événements se sont précipités. De nouvelles cellules terroristes sont régulièrement démantelées, une première vague de détenus islamistes bénéficie de la grâce royale, tandis qu'Al Qaïda élargit son activité au Maghreb en y créant une filiale délocalisée. La prison nous a permis de prendre un certain recul par rapport aux événements. Après la grève de 2005, nous avons obtenu le droit d'accès aux bibliothèques et aux livres. Pour la première fois depuis notre incarcération en 2003, nous avons pu débattre entre nous. L'homme qui parle a écopé de 30 ans de prison. Avant le 16 mai, il était imam dans une mosquée et ses prêches ont souvent fait l'éloge des moujahidine afghans ou des vaillants combattants d'Al Qaïda. Aujourd'hui, il avoue que ce genre de prêches était motivé, à l'époque, par l'enthousiasme qu'on pouvait ressentir à défendre certaines causes, plutôt que par l'adhésion à un courant de pensée. Aujourd'hui, poursuit l'ex-imam, plusieurs grands oulémas critiquent ouvertement Al Qaïda et s'opposent à sa stratégie meurtrière. Faire son autocritique est un devoir religieux, conclut-il.
Cette remise en cause est-elle pour autant sincère et, surtout, générale ? Rien n'est moins sûr, de l'avis de plusieurs spécialistes de la question. Hormis la barbe et le kamiss, rien ne fédère aujourd'hui les détenus islamistes dans les prisons. Il s'agit de gens qui viennent de divers horizons et qui ont des vécus différents. Il y a les wahhabites, les jihadistes, les takfiristes
Ceux qui ont incité à commettre des actes violents et d'autres qui faisaient simplement leurs prières dans la même mosquée, fait remarquer un chercheur spécialiste de courants islamistes. Nous ne sommes donc pas devant un mouvement de pensée qui révise ses fondements ou qui corrige ses orientations. Nous sommes devant de simples individus qui, souvent, n'ont même pas les capacités intellectuelles pour se remettre en question, ajoute-t-il.
Casse-tête islamiste
Même les quatre chioukh de ce qu'on appelle génériquement la salafia jihadia ont apparemment perdu de leur aura. Les Fizazi, Haddouchi, Abou Hafs et Kettani n'encadrent plus grand-monde. Dans certaines prisons, on ose même aujourd'hui les contredire ouvertement ou leur répondre sans tact. Ce sont pourtant les seuls habilités intellectuellement à donner une certaine profondeur et une certaine légitimité à ce courant d'autocritique, explique un observateur. Du coup, de nouveaux leaders (plus jeunes et moins instruits) sont apparus dans certains centres de détention. Mais l'essentiel de leur action reste orienté vers des requêtes basiques, comme le droit à la promenade, aux visites et au mariage.
Reste alors une question : cette autocritique, même conjoncturelle, servira-t-elle à quelque chose ? Lors d'une récente rencontre avec la presse, Fouad Ali El Himma a déclaré que l'attentat du 11 mars est un incident isolé, qui ne remettra pas en cause le processus des grâces royales. Problème : presque la totalité des détenus condamnés à de petites peines ont déjà été graciés. De source officielle, les autres ne peuvent, au meilleur des cas, rêver que d'une révision de leur procès. Qu'adviendra-t-il dès lors des centaines de détenus islamistes qui peuplent les prisons du pays ? Mohamed Bouzoubaâ, ministre de la Justice, n'a-t-il pas reconnu publiquement avoir été dans l'incapacité de trouver les bons profils pour débattre avec nos barbus emprisonnés ? Autocritique ou pas, quatre ans après les attentats du 16 mai, le dossier des détenus salafistes continue de donner des insomnies aux responsables sécuritaires du pays. |
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Risque. Bombes (humaines) à retardement
La question se pose avec de plus en plus d'insistance depuis l'attentat du 11 mars : les détenus salafistes constituent-ils un danger une fois libérés ? Cet acteur associatif sourit avant de répondre : La question aurait été légitime si l'Etat avait tenté quelque chose pour rectifier le comportement de ces gens. Mais que peut-on attendre de personnes qu'on a torturées, violées, et emprisonnées dans des conditions dégradantes ?. Notre acteur associatif en est convaincu : à leur sortie de prison, les détenus ont évidemment envie de se réintégrer dans la société. Mais ils découvrent qu'ils ont accumulé en eux tellement de haine que cela les empêche de le faire. Certains ont été touchés dans leur dignité, parfois dans leur virilité. Du coup, le désir de vengeance reste très fort chez eux. La solution ? Créer des centres de réhabilitation pour les plus fragiles, améliorer les conditions de détention des autres et entamer des débats intellectuels et religieux avec ceux qui le souhaitent. Ce vent d'autocritique, même s'il n'est pas généralisé, peut être un bon prétexte pour démarrer une action de ce genre, affirme un observateur. |
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