Terrorisme. Les salafistes montrent patte blanche
Reportage. La chasse aux mendiants
Radioscopie. Le chaudron de Douar Sekouila
Enquête. Les VIP de Oukacha
Parution. Politique show
Affaires. Elalamy tisse sa toile
Tournage. Dans la peau de Ben Barka
Peinture. Corps et âmes
Hamid Zahir. Le troubadour de Marrakech
N° 267
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est



La semaine Maroc

Les transporteurs menacent
de lancer une nouvelle
grève le 3 avril.
(AIC PRESS)

Code de la route. Le niet des transporteurs

Décidément, de tous les membres du gouvernement de Driss Jettou, Karim Ghellab, ministre de l’Equipement et des Transports, est celui qui écope des négociations sociales les plus sensibles. Après son bras de fer avec les opérateurs portuaires, le ministre istiqlalien s’est littéralement fait lyncher par les transporteurs routiers, mardi 27 mars, qui ont été jusqu’à demander son départ du ministère, après l’échec des négociations sur l’application du nouveau projet de Code de la route. “Karim Ghellab, dehors ! Le ministère des Transports n’est pas à toi !”, ont scandé les participants à un sit-in à Rabat. “Ce ministre est
tout simplement fou. Il se croit en Suède et non au Maroc”, lâche un responsable du syndicat des taxis affilié à la CDT, qui en profite pour régler son compte à l’Istiqlal, désormais coupable de tous les problèmes du Maroc. Une cinquantaine d’associations et de syndicats ont également boycotté une journée d’étude organisée le même jour au Parlement. Principal grief : ce projet de loi aggrave la responsabilité pénale des transporteurs en cas d’accident et les assujettit à un système de permis à points qui peut coûter leur emploi aux chauffeurs, en cas de retrait du permis. Dans un secteur qui flirte avec l’informel, la pilule de Ghellab sera dure, voire impossible, à avaler. Et ça ne risque pas de s’arranger : les transporteurs annoncent déjà une nouvelle grève de 48 heures pour le mardi 3 avril. Reste à espérer que le mouvement ne sera pas suivi par tout le monde, vu l’anarchie qui règne au sein du secteur.


Sahara. Le Corcas hors zone

La session ordinaire du Corcas n’aura finalement pas lieu à cause… de l’Aïd Al Mawlid. Prévue, selon le règlement interne, pour les 29 et 30 mars, la session a été reportée sine die. Selon ce membre du Conseil, “la célébration de l’Aïd Al Mawlid a une connotation particulière au Sahara. En plus, le président sera en voyage en Europe durant les prochaines semaines”. Le Corcas n’en est plus à une occasion ratée près. “Au moment où la promotion du projet d’autonomie entre dans sa dernière phase, que le projet doit théoriquement être exposé dans quelques semaines à l’ONU, le Conseil, qui est censé représenter les Sahraouis, prétexte une fête pour ne pas se réunir. Ce n’est pas sérieux”, proteste un membre mécontent du Conseil.


Ils l’ont fait !
Hassan de Bulgarie


L’information, relayée la semaine dernière par l’Agence France Presse, est pour le moins surprenante. En présentant son bébé aux photographes, la princesse Kalina de Bulgarie a annoncé qu’il porterait le nom de Siméon Hassan. Siméon en hommage à son grand-père, ex-tsar de Bulgarie, et Hassan, “à la mémoire du roi défunt du Maroc et du grand attachement entre les deux familles royales (ndlr : bulgares et marocaines)”, a expliqué la princesse dans un communiqué distribué à la presse. Siméon Hassan n’aura pas le titre de tsar, en raison des origines roturières de son père, l’explorateur espagnol Antonio “Kitin” Munoz Valcarcel. Mais ça devrait quand même aller pour lui.


11 mars. Vague d’arrestations

Ayoub Raydi, le frère d’Abdelfattah Raydi, l’apprenti-terroriste du 11 mars dernier, a été arrêté lundi 26 mars dans la ville de Youssoufia. Dans la foulée, plus d’une vingtaine de suspects ont été interpellés, dont une grande partie résidait à Douar Sekouila, bidonville casablancais d’où est originaire Raydi. Les personnes arrêtées ont pour la plupart purgé des peines de prison en relation avec les attentats du 16 mai 2003. Elles furent condamnées pour leur appartenance à la cellule du dénommé Abdellatif Amrine, arrêté le 18 mai 2003 et poursuivi en tant que kamikaze de réserve.


Diplômés chômeurs. Mort au rails

Incroyable mais vrai ! Des diplômés chômeurs non-voyants ont tenté de se suicider, jeudi 29 mars, en se couchant sur les rails de la gare de Rabat-ville. Près de 176 manifestants sont descendus sur la voie ferrée sans que les agents de sécurité ne s’en aperçoivent. Alertés par les cris, ces derniers ont arrêté les trains et alerté la police qui est intervenue en force pour disperser les manifestants. Les non-voyants réclamaient des embauches dans la fonction publique, au lieu des recrutements dans le privé que leur propose le gouvernement. Le tristement célèbre slogan “la fonction publique ou la mort” a encore ses fidèles. Jusqu’à la mort !


Oukacha-Mansouri. Guerre cathodique

Le passage du ministre de l’Emploi, Mustapha Mansouri, à l’émission Tayarat de 2M, a suscité l’ire de son challenger au poste de président du RNI, Mustapha Oukacha. Ce dernier a envoyé une lettre incendiaire à Fayçal Laraïchi, patron du pôle audiovisuel public, récusant le choix de l’invité et “le complot” médiatique orchestré par le présentateur de l’émission, Abdessamad Benchrif. Pour Oukacha, il s’agit d’une campagne pré-électorale en faveur de Mansouri, qui “porte atteinte à la stabilité du parti”. Rien que cela ! Une source interne de la chaîne de Aïn Sebaâ a révélé que la lettre envoyée par Oukacha sera lue, en direct, au début du prochain numéro de l’émission. Une manière de “donner une leçon” au cador du RNI et de lui signifier que “la liberté de la presse ne dépend pas des humeurs des politiciens”.


Précisions. Circonstances atténuantes

Suite à une brève publiée dans le dernier numéro de TelQuel, nous avons reçu de nombreuses protestations du corps enseignant du lycée Massignon de Casablanca, dédouanant l’encadrant des élèves qui s’étaient retrouvés seuls dans le désert, de nuit, pendant une excursion à Merzouga. Ces derniers se seraient, précise-t-on, amusés à glisser du haut d’une dune. Ainsi coupés de leur encadrant (que nous avions taxés de “négligent”, mais dont les collègues louent unanimement la compétence et le sens de la responsabilité), les enfants ont été retrouvés 45 minutes plus tard grâce aux précautions préalablement prises par ce même encadrant : il les avait tous équipés de portables, et avait fait allumer un projecteur pour les guider. Dont acte. À noter que l’accusation accompagnant ces protestations (en gros, “TelQuel veut salir la réputation de la mission française”) est aussi ridicule qu’infondée. Sans rancune (réciproque).


Bouanani. L’hommage attendu

C’est bien Ahmed Bouanani, le cinéaste et poète, qui sera célébré à Moulay Driss Zerhoun, le 1er avril, et non Mohamed Bouanani, comme une malencontreuse erreur d’illustration avait pu le laisser croire dans le dernier numéro de TelQuel (n° 266). La célébration entre dans le cadre d’un festival de cinéma organisé par l’association des anciens élèves de Beni Ammar-Zerhoun. Des personnalités de la culture et des médias (Jean-Pierre Koffel, Abdellah Stouky, Najib Refaif, Mohamed Jibril) devront rendre hommage, à l’occasion, au grand Ahmed Bouanani. “À l’occasion, un livre dédié à Bouanani sera mis en chantier”, nous a assuré un membre du comité organisateur.


Télévision. Histoires “dial l’maghrib”

“Hikayat Maghribia” (histoires marocaines). C’est l’intitulé d’une nouvelle émission hebdomadaire que la chaîne américaine Al Hurra diffusera à partir du 3 avril prochain. Présenté et préparé par Sanaa El Younssi, le programme raconte des tranches de vie de Marocains. Le même concept a déjà été tenté en Egypte, où il aurait bien marché. “Al Hurra veut faire oublier son image de chaîne élitiste et toucher le citoyen marocain de base”, explique El Younssi. Le premier épisode a suivi des harraga, mais également des émigrés qui relatent leur expérience à l’étranger. Si tout se passe bien, Hikayat Maghribia devrait se transformer en Hikayat Magharibia, avec une dimension maghrébine.



3 questions à
Mohamed Essoulami
[Président du Centre des libertés des médias pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.]


Vous venez de publier une étude très critique sur le nouveau code de la presse que le Gouvernement s’apprête à adopter. Pourquoi ?
Ce projet est décevant. Alors qu’il devait donner un nouveau souffle à la presse marocaine, il ne fait que la handicaper davantage. Il va aussi à l’encontre de la tendance internationale à la décriminalisation de la diffamation et à l’abolition des peines de prison pour les journalistes. À ce titre, même la Jordanie fait mieux que nous : elle vient d’annuler cette aberration. Enfin, l’interférence de l’Etat dans la profession reste considérable.

Vous faites référence à la prochaine mise en place d’un Conseil national de la presse ?
Tout à fait. Ce Conseil, qui doit être le résultat d’un dialogue entre les représentants de la profession, n’a en fait rien d’indépendant ni de démocratique. Et c’est le roi qui choisit le tiers de ses membres. En plus, les pouvoirs attribués à ce Conseil sont arbitraires, comme l’interdiction d’exercer pour les journalistes ou celle de recevoir de la publicité pour les publications.

Qu’envisagez-vous alors de faire dans l’avenir ?
Nous allons d’abord élargir le débat à une plus grande frange de la société civile, puis entamer un dialogue avec le ministère de la Communication. Ensuite, nous ferons un travail de lobbying auprès des groupes parlementaires pour les sensibiliser au danger de ce projet, qui limite considérablement la liberté de l’ensemble des Marocains.


Pensions. Les “indigènes” enfin récompensés

C’est par le biais d’un communiqué, publié la semaine dernière, que l'Ambassade de France au Maroc a annoncé la revalorisation effective des pensions perçues par les anciens combattants marocains de l'armée française, et ceci “à partir du versement des échéances d'avril à juillet 2007, avec effet au 1er janvier 2007”. En septembre 2006, le président français Jacques Chirac avait décidé la revalorisation des pensions pour les anciens combattants étrangers de l'armée française, pour les mettre au niveau de celles de leurs compagnons d’armes français. Cette mesure, très médiatisée, va enfin se traduire concrètement sur le terrain.


Farce. La chasse aux Ben Laden

Depuis une semaine, les m’roud ont été investis d’une mission de première importance : traquer Oussama Ben Laden, jusque dans les ruelles de Derb Ghallef, où l’homme le plus recherché de la planète a été vu… en plusieurs dizaines d’exemplaires. En fait, les éléments des Forces auxiliaires, flanqués de moqaddems, devaient saisir des masques en caoutchouc à l’effigie du chef d’Al Qaïda sur les étals des magasins du marché aux puces casablancais. Les jouets, qui semblent connaître un joli succès, ont été importés de Taïwan par un mystérieux négociant. On attend toujours l’avis de recherche, et la récompense qui va avec…


Mode. Caftan déménage

Pour sa 11ème édition, prévue le 5 mai 2007, Caftan migre de Marrakech vers Agadir. Et sur la plage s’il vous plaît. La raison, “de plus en plus de difficultés à trouver des chambres sur Marrakech pour loger une équipe de 150 personnes”, explique Aïcha Sakhri, directrice de publication du magazine Femmes du Maroc, organisateur de l’évènement. “La prestation réalisée à Caftan Paris en 2006 nous a fait prendre conscience du fait que le succès de Caftan ne dépendait pas du lieu où il se déroulait”, ajoute-t-elle. Autre nouveauté : parmi les jeunes talents conviés à faire leur preuves lors des présélections, qui se tiendront la semaine prochaine, seule une personne, et non plus trois comme lors des précédentes éditions, aura le privilège de rejoindre les grands noms de la couture traditionnelle lors du show gadiri.



Humeur. Deux Maroc

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info

Le Maroc n’est pas un mais deux. Il y a le pays qui se radicalise à fond, et celui qui vit pleinement sa movida. Je crois que jamais les deux pays, ainsi présentés, n’ont été aussi éloignés l’un de l’autre, jamais ils n’ont été aussi spectaculaires dans leurs formes d’expression. D’un côté, les kamikazes qui poussent comme des champignons, de l’autre, une scène underground qui chante le hip-hop comme d’autres lançaient la culture punk il y a trente ans : avec des gros mots ! C’est fascinant. Les deux pays s’ignorent mais se renvoient des chants de guerre. Bigg d’un côté, Zemzemi de l’autre. Le premier chante l’amour et deux ou trois trucs de rue, le deuxième chante que Ben Barka est plus un athée qu’un martyr. Version optimiste, on peut se féliciter que les deux continuent de s’exprimer, d’exister, du moment qu’ils ont un auditoire et que personne n’est obligé d’apprendre leurs chansons par cœur, au garde-à-vous ou à genoux. Liberté d’expression oblige. Version sceptique, Bigg et Zemzemi sont deux extra-terrestes parachutés, le premier du Bronx, le deuxième des déserts d’Arabie du 19ème siècle. Je connais des gens qui sont capables de prendre peur devant le spectacle de la prière du vendredi et de crier : “Mais c’est quoi ce Maroc ?”. J’en connais d’autres qui considèrent que la musique est haram, que le cinéma et les arts plastiques aussi, et que tous ceux qui ne sont pas musulmans (chrétiens, juifs, animistes, etc.) iront directement en enfer. Jamais les uns et les autres ne m’ont semblé aussi hypertrophiés, gonflés, au bord de l’apoplexie. Je vois bien entre les deux une Najat Atabou, en fédératrice, poussant son célèbre refrain : “Wara lafoute menni machi mennek (c’est de ma faute, pas de la tienne)”. De Tanger à Lagouira (ou ce qu’il en reste), le Maroc est deux. Et je ne sais même pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.



VITES !

Marrakech la jet-setteuse accueille ce week-end des touristes d’un tout autre genre : les oulémas. En effet, à l’occasion de l’Aïd Al Mawlid, dont la veillée religieuse se tient pour la première fois depuis l’avènement de Mohammed VI en dehors de Casablanca ou de Rabat, des centaines d’entre eux sont attendus dans la cité ocre.


Des unités de fabrication de produits chimiques sont placées sous surveillance policière, notamment à Casablanca. Les services de police et de la gendarmerie ont mis à leur disposition des équipes spécialisées, chargées d’escorter les transports de produits sensibles et de les protéger d’une éventuelle attaque terroriste.


“Nous allons poursuivre notre grève de la faim jusqu’au bout et ils pourront toujours conduire nos cadavres au tribunal pour les juger” ! C’est ainsi qu’a commenté l’un des membres présumés de la Jamaâ Ansar Al Mehdi la décision collective du groupe d’entrer dans une grève de la faim, pour protester contre le troisième report de leur procès, renvoyé au 25 mai.
 
 
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