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N° 267
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB n'est pas de ceux qui pensent que rien ne bouge chez nous. Bien au contraire.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem est tombé sur un spot étonnant, diffusé sur nos chaînes nationales que Dieu les assiste. On y voyait un couple étrange, engagé dans un puissant dialogue. En gros, l'homme grognait parce qu'il n'avait pas de travail ou de logement, ou quelque chose comme ça. Sa femme lui répondait qu'il était trop impatient et qu'il fallait savoir attendre et, qu'en attendant d'attendre, il fallait voter en 2007. Sur ce, elle lui annonce qu'elle est enceinte et il en profite pour lui proposer un taxi. Finalement, ils prennent tous les deux le bus, et c'est la fin du spot. C'est pas très précis comme description, mais bon, Zakaria Boualem l'a regardé en mangeant et de toute façon, il n'a pas besoin d'en savoir plus pour commenter cette production. Ce spot est très bizarre. Passons rapidement sur les couleurs saturées, c'est la nouvelle mode chez nous, et c'est pour montrer qu'on sait faire de belles images. Passons également sur cet étrange langage - vous savez, celui que la télé prend lorsqu'elle désire se faire comprendre des Marocains. C'est une attitude tellement inhabituelle chez elle qu'elle ne sait pas comment faire, la pauvre. Du coup, on a droit à de braves comédiens qui ânonnent courageusement un texte qui semble interminable dès le premier mot. On ne sait pas trop si ce sont les comédiens qui sont lents ou le texte qui est lourd, s'il y a un problème de langue ou de rythme, mais on s'en fout, ce n'est pas le sujet. Oublions également ce magnifique bus vide et propre, et intéressons-nous au message : le spot explique à Zakaria Boualem qu'il ne faut pas être impatient. On imagine une réunion de nos
dirigeants, tenue dans l’un de ces bureaux qu'on nous montre à la RTM, c'est-à-dire avec des bouteilles de Sidi Ali et des gens qui font semblant de prendre des notes.

Dirigeant 1 : “Zakaria Boualem s'impatiente, le peuple aussi !”.
Dirigeant 2 : “C'est vrai, le peuple s'impatiente”.
Dirigeant 1 : “Les réformes n'avancent pas, le peuple ne voit pas concrètement le résultat de notre travail”.
Dirigeant 2 : “C'est vrai, il faut peut-être qu'on accélère le rythme des travaux, qu'on construise les stades qu'on a promis, puis le métro de Casa dans la foulée. Il faut peut-être qu'on aille plus vite sur les réformes légales, et qu'on se bouge un peu pour faire reculer la corruption. Il verra des résultats, et s'impatientera moins...”.
Dirigeant 3 : “Pas du tout ! Il y a plus simple : nous allons faire un spot télé expliquant à Zakaria Boualem qu'il ne faut pas s'impatienter”.
Dirigeants 1 et 2, à l'unisson : “Oh oui, quelle bonne idée !”.

Donc, il ne faut pas que Zakaria Boualem s'impatiente. Il faut qu'il n'attende rien de spécial, mais il faut qu'il vote quand même. Quel étrange message ! Zakaria Boualem souhaite rassurer nos dirigeants et en particulier ceux qui ont pensé à ce spot. Zakaria Boualem n'est pas de ceux qui pensent que rien ne bouge chez nous. Il est au contraire convaincu que tout bouge dans tous les sens. Mais il a juste l'impression que tout le monde ne bouge pas au même rythme, ni d'ailleurs dans la même direction. En général, dès que l'Etat est impliqué, le rythme ralentit légèrement. Ce n'est pas une statistique officielle, mais une impression coriace. On nous demande de voter pour des parlementaires qui, aussitôt élus, vont s'endormir devant les caméras pour se reposer des gros efforts de la campagne. Lorsqu'ils vont se réveiller, ils vont s'étonner de l'impatience de ceux qui les ont élus, et ils vont confectionner un nouveau spot pour leur demander de voter en 2012 sans s'impatienter. En résumé, rien n'énerve plus Zakaria Boualem que le paternalisme avec lequel notre système nous traite. Cette façon de nous expliquer qu’“il faut savoir attendre”, que “tout arrive à son heure”, est particulièrement insupportable. Cette culture du renoncement, cette façon de tuer l'utopie, c'est tout simplement affreux. Zakaria Boualem pense que les Marocains sont trop patients. Et qu'en leur demandant de l'être encore plus, on se fout de leurs gueules.

 
 
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